Ne laissez pas l’accord de paix au Liban donner raison au Hezbollah

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Par Jean Aziz, conseiller du président de la République libanaise, Joseph Aoun.

Des véhicules militaires israéliens sont stationnés près de maisons détruites par des frappes israéliennes dans le sud du Liban, vus depuis un point situé de l’autre côté de la frontière, en Haute-Galilée, au nord d’Israël, le 8 septembre 2026. Israël a durement frappé de vastes zones du sud du Liban pendant la guerre au Moyen-Orient qui a éclaté à la suite des frappes conjointes américano-israéliennes contre l’Iran, et ses forces continuent d’occuper ce qu’il appelle une « zone de sécurité ». L’une des frappes menées pendant la nuit a touché un bâtiment dans la ville de Kfar Rumman, tuant 12 personnes, dont deux enfants et quatre femmes. (Photo de Jalaa MAREY / AFP via Getty Images)

À peine six semaines après la conclusion entre le Liban et Israël de leur accord le plus important depuis des décennies, le processus commence déjà à battre de l’aile. Les dernières négociations menées à Rome sous l’égide des États-Unis se sont achevées sans qu’un accord ait été trouvé sur l’extension des « zones pilotes » d’où les forces israéliennes sont censées se retirer pour laisser les Forces armées libanaises prendre le contrôle. Israël exige que l’armée libanaise démontre qu’elle exerce un contrôle effectif dans les zones déjà transférées, parallèlement à des progrès dans le désarmement du Hezbollah, avant de céder davantage de territoire. La position du Liban est que l’armée ne peut pas se déployer pleinement sur un territoire que les forces israéliennes continuent d’occuper.

Il s’agit là de bien plus qu’un simple différend sur l’ordre des étapes. C’est une contradiction qui menace la logique politique de l’accord dans son ensemble.

Le cadre était censé permettre une transition progressive dans le sud du Liban : les forces israéliennes se retireraient, l’armée libanaise étendrait son autorité, les civils reviendraient, la reconstruction commencerait et l’État s’attaquerait à la question de la persistance d’armes échappant à son contrôle. Chaque étape de ce processus était destinée à faciliter la suivante.

Au lieu de cela, Israël considère de plus en plus le retrait comme quelque chose que le Liban doit d’abord mériter en démontrant son contrôle sur un territoire qu’il ne possède pas encore pleinement. Pendant ce temps, les opérations militaires se sont poursuivies. Deux soldats israéliens ont été tués cette semaine dans une explosion alors qu’ils opéraient au Liban, à la suite de quoi Israël a lancé des frappes dans tout le sud ; la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) a recensé 113 projectiles israéliens en une seule journée, le niveau le plus élevé depuis le 21 juin.

C’est précisément le genre de dynamique que l’accord était censé mettre fin.

C’est également la raison pour laquelle la visite du président Joseph Aoun à Washington, le 21 juillet, revêtait une importance particulière. Cette visite n’était pas importante en raison de son caractère protocolaire, mais parce qu’elle semblait établir le soutien politique américain nécessaire pour rendre possible une transition libanaise extrêmement difficile. Le président Donald Trump a promis que les États-Unis aideraient considérablement le Liban, tandis que Joseph Aoun cherchait à obtenir un soutien américain continu en faveur des Forces armées libanaises et à faire pression pour un retrait israélien complet.

Cet accord est désormais mis à l’épreuve.

Le Liban souhaite que l’État étende son autorité sur l’ensemble de son territoire et que les Forces armées libanaises assument les responsabilités en matière de sécurité qui, depuis des décennies, sont réparties entre l’État, les armées étrangères et les organisations armées. Il souhaite également régler la question des armes du Hezbollah par le biais d’un processus qui rétablisse à terme le monopole de l’État sur la force.

Mais la volonté politique seule ne suffit pas pour y parvenir. L’État libanais ne peut pas demander de manière crédible aux communautés de soutenir le désarmement tant que les forces israéliennes restent sur le territoire libanais et que les opérations militaires se poursuivent autour d’elles.

C’est là que doit commencer le débat sur le désarmement du Hezbollah.

Le désarmement ne se résume pas à la simple collecte des armes. En termes politiques concrets, il s’agit de mettre fin à la fonction protectrice que ces armes prétendent remplir. Au Liban, le Hezbollah justifie depuis longtemps son arsenal en partie par l’argument selon lequel l’État ne peut protéger le territoire libanais contre Israël ni contraindre Israël à se retirer des terres occupées.

Un processus sérieux visant à mettre fin au rôle militaire du Hezbollah doit donc prendre en compte cet argument, et non se contenter de le dénoncer.

Cela ne confère pas au Hezbollah un droit illimité à conserver une structure armée échappant à l’autorité de l’État. Cela reconnaît quelque chose de plus fondamental : si l’État libanais veut se substituer à la logique de la résistance armée, il doit démontrer que les institutions étatiques sont capables d’assurer les résultats en matière de sécurité que la résistance prétend que seules les armes détenues par le Hezbollah peuvent garantir.

Cela devient considérablement plus difficile lorsque le retrait lui-même est subordonné à une action préalable de la part du Liban.

L’enchaînement actuel des événements risque donc de créer un cercle vicieux. Israël invoque les armes du Hezbollah pour justifier son maintien sur le territoire. Le Hezbollah invoque la présence continue d’Israël pour justifier le maintien de son armement. Entre les deux se trouve un État libanais à qui l’on demande de démanteler un côté de cette équation sans lui donner les moyens d’éliminer l’autre.

Si cette situation perdure, l’accord n’affaiblira pas le discours de résistance du Hezbollah. Il lui fournira au contraire de nouveaux arguments.

L’État doit remplacer bien plus que des armes

Aucune analyse sérieuse du Hezbollah ne peut le traiter uniquement comme un problème militaire externe alimenté par des tiers.

Ses capacités se sont construites au fil des décennies grâce au soutien financier, militaire et idéologique de l’Iran, en particulier du Corps des gardiens de la révolution islamique. Cette relation a lié la sécurité libanaise à une stratégie de dissuasion régionale élaborée en grande partie en dehors du Liban, souvent avec des conséquences dévastatrices pour le pays.

Mais le Hezbollah s’est également ancré au sein de la société libanaise. En quatre décennies, il a mis en place des institutions politiques, des réseaux sociaux et des systèmes de protection sociale au sein de communautés où l’État était souvent faible, voire absent. De nombreux Libanais – en particulier au sein de la communauté chiite – l’ont soutenu pour des raisons idéologiques, mais aussi parce que le parti offrait des formes de sécurité et d’assistance que les institutions publiques ne pouvaient pas fournir. Ainsi, toute transition sérieuse visant à mettre fin au rôle armé du Hezbollah doit garantir aux partisans du parti au sein de la communauté chiite que leur protection, leur poids politique et leurs intérêts socio-économiques ne seront pas compromis une fois que les armes du parti auront été intégrées à l’État.

Le président Aoun lui-même a reconnu cette complexité. C’est l’une des raisons pour lesquelles la question ne peut être réduite de manière crédible à un simple ordre de remise des armes.

Le Liban a plutôt besoin d’un processus global de désarmement, de démobilisation et de réintégration. L’objectif n’est pas de préserver l’autonomie militaire du Hezbollah sous un autre nom. Il s’agit de veiller à ce que la fin de cette autonomie renforce la République plutôt que de générer un nouveau cycle d’instabilité.

Cela implique de créer les conditions permettant aux institutions de l’État de remplacer effectivement les fonctions assurées jusqu’à présent par des structures parallèles.

Un combattant qui quitte une organisation armée a besoin d’un avenir civil crédible. Les communautés qui ont dépendu d’institutions liées au Hezbollah ont besoin de services publics et d’une administration locale qui fonctionnent. Les villes du Sud, maintes fois dévastées par la guerre, ont besoin de reconstruction, d’emplois et d’activité économique. Les citoyens à qui l’on demande de confier leur sécurité exclusivement à l’État doivent constater que celui-ci est capable de les protéger.

Vu sous cet angle, le retrait total d’Israël n’est pas une exigence diplomatique distincte venant s’ajouter au désarmement. C’est l’une des conditions qui rend le désarmement politiquement crédible.

L’engagement de Washington doit désormais se traduire en politique

C’est également la raison pour laquelle les engagements pris lors de la visite du président Aoun à Washington importent désormais davantage que la visite elle-même.

Le Liban a indiqué la voie qu’il souhaite suivre. Il souhaite que les Forces armées libanaises étendent l’autorité de l’État. Il souhaite que les armes soient placées sous le contrôle d’institutions légitimes. Ce qui lui manque, ce sont certaines des conditions matérielles et politiques nécessaires pour mener à bien cette transition.

Les États-Unis peuvent influencer ces deux aspects.

La promesse de Trump de soutenir le Liban et les Forces armées libanaises (FAL) doit désormais se traduire par une aide militaire soutenue, une formation et un soutien institutionnel à la mesure de ce qu’on demande à l’armée d’accomplir. Les FAL sont censées se déployer sur les territoires contestés, faire respecter un nouvel ordre sécuritaire, faciliter le retour des civils et, à terme, assumer les responsabilités auparavant exercées par le Hezbollah. Cela ne peut être réalisé simplement en déclarant que l’armée est l’acteur légitime en matière de sécurité et en espérant que les capacités suivront.

La question militaire ne peut pas non plus être dissociée de celle de la reconstruction.

Des années de conflit ont endommagé les habitations, les routes, les commerces et les infrastructures publiques, en particulier dans le sud du Liban. Les municipalités s’efforcent de répondre aux besoins des populations qui reviennent, tout en évoluant dans une économie qui subit encore les conséquences d’années d’effondrement financier. Si l’on attend de l’État qu’il devienne la principale source d’autorité au sein de ces communautés, alors les institutions par lesquelles les citoyens entrent en contact avec cet État doivent fonctionner.

Cela nécessite des fonds pour la reconstruction, des municipalités compétentes, des réformes économiques et des institutions publiques capables de fournir des services sans replonger les citoyens dans des systèmes de dépendance partisane. Il ne s’agit pas là de questions de développement accessoires liées à un accord de sécurité. Elles déterminent si le transfert de l’autorité loin d’un mouvement armé peut perdurer.

Le soutien américain aux FLA n’est donc qu’un élément de l’engagement pris par Washington en juillet. Le second est d’ordre politique.

On ne peut pas laisser Israël transformer le retrait en une récompense reportée indéfiniment en fonction des performances du Liban. L’armée libanaise doit avoir accès au territoire qu’on lui demande de contrôler, et le gouvernement libanais doit démontrer à sa propre population que le choix de l’autorité de l’État se traduit par une véritable souveraineté.

Washington a contribué à l’élaboration de l’accord précisément parce qu’aucune des deux parties ne pouvait résoudre seule ce problème de séquence. Son rôle ne peut pas prendre fin une fois le cadre signé.

Un accord ne peut survivre sans réciprocité

L’impasse actuelle est particulièrement dangereuse car le Liban tente cette transition dans le contexte d’une confrontation plus large impliquant Israël, l’Iran et les États-Unis, qui reste profondément instable.

La politique libanaise a été à maintes reprises submergée par des conflits régionaux sur lesquels le pays n’a guère d’emprise. Le processus de négociation actuel entre le Liban et Israël, mené sous l’égide des États-Unis, était précieux précisément parce qu’il offrait un moyen possible de soustraire la sécurité libanaise à ce schéma en redonnant à l’État le pouvoir de décision en matière de guerre, de paix et de défense territoriale.

Une présence israélienne prolongée ferait évoluer le Liban dans la direction opposée.

Les détracteurs de l’accord pourraient faire valoir que Beyrouth a accepté des obligations substantielles tandis qu’Israël conservait le contrôle territorial et la liberté d’action militaire. Le Hezbollah affirmerait que les négociations n’ont pas abouti au retrait israélien et que sa présence armée reste donc essentielle à la sécurité libanaise. L’Iran aurait tout intérêt à encourager cette conclusion.

Washington se trouverait alors confronté à un résultat presque parfaitement contraire à ses objectifs déclarés : un accord destiné à renforcer l’État libanais et à réduire le rôle militaire du Hezbollah reproduirait au contraire les conditions dont tire sa force politique la revendication de résistance armée du Hezbollah.

Pour éviter ce résultat, il faut une réciprocité dans les faits, et pas seulement sur le papier.

Le Liban a besoin d’institutions plus solides, d’une armée compétente, de réformes économiques et d’un processus sérieux, mené sous l’égide nationale, permettant enfin de régler la question des armes échappant à l’autorité de l’État. Les États-Unis doivent maintenir leur soutien à ces institutions et user de leur influence pour faire avancer le retrait israélien. Israël doit céder le territoire libanais plutôt que d’utiliser la poursuite de son occupation comme moyen de pression pour imposer des résultats politiques internes au Liban.

Il ne s’agit pas là d’exigences contradictoires. Ce sont les conditions sans lesquelles l’accord ne peut fonctionner.

Une voie vers la paix existe déjà

La demande d’un retrait israélien complet ne doit pas non plus être confondue avec un rejet de la paix.

Le Liban s’inscrit toujours dans une position arabe qui propose depuis longtemps une voie négociée vers un règlement plus large. L’Initiative de paix arabe, adoptée à Beyrouth en 2002, a établi le principe d’une normalisation des relations avec Israël dans le cadre d’un retrait des territoires arabes occupés et d’un règlement juste de la question palestinienne.

Sa pertinence aujourd’hui ne réside pas dans la nostalgie d’un document diplomatique rédigé il y a près d’un quart de siècle. Elle tient au fait qu’une paix durable nécessite toujours de s’attaquer à l’occupation plutôt que de la gérer indéfiniment.

La paix et la sécurité du Liban ne peuvent être totalement dissociées de ce règlement plus large. Pas plus qu’un Liban souverain ne peut se construire autour d’un cycle permanent dans lequel l’action militaire israélienne est invoquée pour justifier l’usage d’armes en dehors de l’État, et où ces armes sont ensuite invoquées pour justifier la poursuite de l’action militaire israélienne.

L’accord signé cet été offrait une occasion rare de commencer à briser ce cercle vicieux. Cette opportunité n’a pas disparu, mais pour que cette transition aboutisse, les citoyens libanais doivent constater que l’État est capable de récupérer des territoires par la voie diplomatique, de les défendre grâce à ses institutions nationales et d’offrir une alternative plus durable que le discours du conflit sans fin que le Hezbollah souhaite remettre au goût du jour.

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