La multipolarité dépendra de la victoire militaire russe sur le front ukrainien contre les mondialistes

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Karine Bechet

Lors du sommet des BRICS en Inde, le président russe s’est prononcé pour une réforme des institutions internationales, afin de renforcer leur efficacité. Pour Karine Bechet, l’inefficacité objective de l’ordre international vient du fait qu’il ne correspond, en effet, plus à la réalité des forces géopolitiques.

Le système international dans lequel nous vivons est issu de la Seconde Guerre mondiale. Il a pris en compte un rapport bipolaire des forces internationales, le Bloc de l’Est et celui de l’Ouest, ce qui lui donnait un certain équilibre politique. À la chute de l’URSS et avec la disparition conséquente du Bloc de l’Est, l’Occident s’est retrouvé en situation de monopole international, ce qui a fait basculer le monde dans la mondialisation.

Les institutions internationales sont formellement restées les mêmes, mais leur logique de fonctionnement a été profondément affectée par ce basculement géopolitique. D’organes « inter-nationaux », c’est-à-dire « entre les nations », elles sont devenues des instruments de gestion de la mondialisation, ne défendant que l’intérêt des élites mondialistes, qui les ont dès lors politiquement dominées.

Or, si le système de la mondialisation est toujours présent, il est désormais contesté et de nombreux pays ne veulent plus être contraints de soumettre leur intérêt national à un intérêt extérieur, celui des mondialistes, qui leur serait supérieur.

Comme l’a souligné le président Vladimir Poutine, l’évolution vers un monde multipolaire se heurte à la résistance de pays «habitués à penser en termes coloniaux», qu’il accuse de recourir aux droits de douane, aux sanctions et à la «force brute» pour contenir des concurrents en pleine ascension.

La mondialisation est effectivement un système néo-colonial, dans le sens direct du terme. Des élites extérieures utilisent les ressources – humaines, industrielles, énergétiques, naturelles d’autres pays, dans leur propre intérêt, sans reconnaître le droit de ces pays à défendre leur intérêt national.

Tout refus d’allégeance totale à la suprématie mondialiste conduit d’abord à la menace, si cela n’est pas suffisant à la répression (sanctions, droits de douane) et quand les élites nationales ne se plient pas, au conflit armé, comme nous le voyons au Moyen-Orient contre l’Iran ou en Ukraine contre la Russie.

De plus, les organisations, comme le FMI ou la Banque mondiale, qui sont censées soutenir le développement des pays en difficulté, conditionnent souvent leur soutien financier à la réalisation de réformes institutionnelles néolibérales, ou conduisent, par une politique axée sur le monétarisme, ces mêmes pays à des difficultés financières chroniques.

Le monde bascule vers la multipolarité et les institutions internationales n’en tiennent pas compte. Si elles ne peuvent imposer la résolution d’un conflit militaire, puisque justement les États sont souverains, elles peuvent en revanche donner plus de poids aux pays non-occidentaux. C’est la position de la Russie, qui soutient une réforme du Conseil de sécurité de l’ONU, l’organe qui détient le plus de pouvoir en son sein, allant dans le sens d’un élargissement vers les pays en voie de développement, afin de refléter la nouvelle réalité de répartition des forces internationales.

La Russie ne veut pas faire table rase du système international, elle veut qu’il redevienne « inter-national », c’est-à-dire qu’il permette une représentation des États, compris comme des sujets internationaux égaux, souverains, et non pas soumis au diktat d’une élite extérieure – quel que soit le passeport de ses représentants nationaux.

C’est pourquoi le président russe continue, malgré les déviances de l’ONU, de considérer que la Charte de l’ONU est le fondement du droit international et doit le rester.

Le problème n’est pas l’existence d’organes internationaux. Le problème est leur logique de fonctionnement et leur représentativité.

Ce sont les hommes qui font vivre les institutions, qu’elles soient nationales ou internationales. Or, aujourd’hui, ces élites, à tous niveaux, sont des élites mondialistes. Le premier enjeu pour permettre une normalisation du fonctionnement des institutions internationales, et donc de l’ordre international, est un changement des élites.

Un passage à des élites « nationales », c’est-à-dire des élites qui défendent les intérêts nationaux et reconnaissent la souveraineté des pays, est essentiel. Sans ce premier pas, aucune réforme institutionnelle internationale ne sera véritablement possible, ni ne permettra d’atteindre le but fixé : une meilleure représentation de la nouvelle réalité géopolitique en gestation.

Ces pôles politiques doivent d’abord exister. Cela implique la transformation de pôles économiques en sujets politiques, ce qui n’est pas encore le cas, mais le processus est en cours.

La transformation institutionnelle de l’ordre international doit se préparer, se penser aujourd’hui, pour pouvoir être réalisée demain. En ce sens, les BRICS y travaillent, notamment dans leur déclaration commune condamnant les sanctions internationales en dehors du système de l’ONU, marquant un recours à la force au lieu de la discussion diplomatique.

Petit à petit, la multipolarité avance et beaucoup dépendra in fine de la victoire militaire russe sur le front ukrainien contre les mondialistes. Si celle-ci est franche et incontestable, ces élites seront suffisamment affaiblies pour devoir faire évoluer le système international vers plus d’équité. Sinon, elles n’en verront pas l’intérêt.

RT