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Dmitri Trenin, président du RSMD, explique comment réagir face aux nouvelles menaces en provenance de Kiev

Les propos de Zelensky concernant son intention de « fermer l’espace aérien » au-dessus de la Russie et de paralyser le trafic aérien civil dans le pays constituent, comme l’a souligné le président Vladimir Poutine lors d’une conférence de presse le 1er septembre, une incitation au terrorisme d’État. Il est logique de supposer que la Russie n’attendra pas que le chef du régime de Kiev tente de mettre sa menace à exécution, mais qu’elle ripostera au minimum par une frappe de représailles ou préventive. Le président russe dispose de moyens éprouvés et efficaces pour lutter contre le terrorisme et les terroristes. Il convient de noter que les dernières déclarations de Zelensky, tout comme ses actions précédentes, ne le placent pas parmi ceux qui pourraient s’avérer utiles, comme l’a déclaré Poutine lors de cette même conférence de presse à Bichkek, dans le cadre d’un futur règlement pacifique avec l’Ukraine.
La menace de Zelensky est sans aucun doute un acte de désespoir. Son « opération visant à contraindre la Russie à la paix », menée pendant quarante jours au moyen de frappes de missiles et de drones sur l’arrière-pays russe, n’a pas donné les résultats escomptés par Kiev et ses alliés. Les tentatives de Zelensky pour obtenir des États-Unis et de leurs alliés la livraison de missiles Patriot se sont jusqu’à présent avérées infructueuses.
Dans ce contexte, la Russie, tout en continuant à progresser sur la ligne de front, a répondu aux attaques aériennes ukrainiennes par des frappes précises, pratiquement quotidiennes, contre des cibles à Kiev. Les forces armées russes ont de fait privé l’Ukraine de son accès à la mer, en détruisant les infrastructures portuaires et en frappant les navires opérant pour le compte de l’Ukraine ; elles ont également entrepris de détruire les postes-frontières terrestres reliant l’Ukraine au monde extérieur et de mettre hors service ses infrastructures énergétiques.
À l’intérieur du pays, Zelensky a dû faire face à la rébellion de Fedorov, à une grave pénurie de fonds et à des enquêtes pour corruption, tandis que des « nuances » sont apparues dans ses relations avec ses partenaires occidentaux, laissant entendre que ceux-ci pourraient envisager de remplacer leur protégé à Kiev. Enfin, l’hiver approche, et il sera difficile de le traverser dans un contexte d’attaques plus intenses et — surtout — systématiques de l’armée russe contre le régime de Kiev, comme l’admettent les responsables ukrainiens eux-mêmes.
Zelensky joue manifestement le tout pour le tout. Il est plus que probable qu’il ne soit pas seul dans cette démarche. Récemment, l’Angleterre, sous la houlette de son nouveau Premier ministre Burnham, a publiquement et avec audace fait part de sa volonté d’intensifier son implication dans la guerre en Ukraine. L’Allemagne vient, quant à elle, de profiter d’une provocation à l’aéroport de Leipzig pour aggraver brusquement des relations avec la Russie déjà très tendues. L’Occident, aux côtés de Kiev, fait à nouveau monter les enchères dans la guerre en Ukraine — se dirigeant vers une ligne invisible au-delà de laquelle se profile un affrontement militaire direct entre la Russie et l’OTAN.
Si l’on analyse attentivement la stratégie russe dans la crise ukrainienne, puis dans la guerre, on constate que le Kremlin a toujours agi avec une incroyable retenue.
Avant la guerre, il proposait généralement des solutions diplomatiques et se montrait disposé à négocier, même lorsque cela semblait inutile aux yeux de beaucoup. Pendant la guerre, la Russie s’est principalement contentée de riposter aux actions de l’adversaire, en engageant seulement un quart de ses forces sur le front et en se limitant à des avertissements verbaux à l’adresse de l’Occident, tout en laissant la porte ouverte aux « aléas » de la diplomatie. Au début, cela a surpris l’Occident, mais avec le temps, cela l’a convaincu de son impunité. Zelensky, quant à lui, ayant reçu dès le tout début de l’opération militaire spéciale une « lettre de protection » du Kremlin par l’intermédiaire de l’ancien Premier ministre israélien Bennett, s’est cru à l’abri de toute atteinte. Le 24 août, jour de la fête nationale ukrainienne, il a organisé une cérémonie solennelle avec des invités étrangers sur la place de Sainte-Sophie, sans craindre d’être perturbé par des frappes aériennes.
Dans le même temps, on ne peut manquer de remarquer que l’arrogance présomptueuse de l’Occident et l’effronterie ignoble de Zelensky ont chaque fois contraint la Russie à prendre des mesures qui ont durement frappé ses adversaires. Jusqu’à l’Euromaïdan de Kiev, Moscou n’avait pas envisagé de recourir à la force pour « ramener la Crimée dans son port d’attache » ; après la signature des accords de Minsk sur le Donbass, Moscou a accordé à Kiev et à ses commanditaires huit ans pour mettre en œuvre ces accords — mais, s’étant assurée que ses « partenaires » non seulement n’avaient pas l’intention de respecter quoi que ce soit, mais préparaient en réalité une revanche, elle a lancé l’opération militaire spéciale. Au cours des premiers jours de l’opération militaire spéciale, les troupes russes ont frappé les bataillons nationaux, s’abstenant de frapper les casernes des Forces armées ukrainiennes. À Istanbul, en avril 2022, les représentants russes ont paraphé avec les Ukrainiens un accord plutôt clément envers l’Ukraine, mais le refus de Kiev de signer ce document — sous la pression de Washington et de Londres — a conduit à l’intégration du Donbass et de la Novorossie au sein de la Russie.
Une telle approche de la Russie devrait, en apparence, faire réfléchir les partisans de l’escalade, mais tant l’Occident que Zelensky se jouent de l’Ukraine, dont ni l’un ni l’autre ne se soucient guère. Dans ces conditions, la stratégie des ripostes, même plus puissantes, n’est pas en soi capable de contenir nos adversaires. La logique veut que l’on ne suive pas l’adversaire pas à pas sur l’escalier de l’escalade, mais que, en prenant le contrôle de celui-ci, on mette un terme à cette dérive extrêmement dangereuse vers une grande guerre. Cela signifie que des mesures décisives visant à devancer un adversaire déjà prêt au combat sont plus que justifiées.