Poutine met en garde l’Occident : la Russie est prête

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Larry C. Johnson

Cela fait un certain temps que je n’ai pas écrit sur la Russie et la guerre en Ukraine, mais le discours prononcé mardi 23 juin par Vladimir Poutine devant les diplômés des grandes académies militaires et des institutions de sécurité russes (cadets et officiers) au Kremlin mérite notre attention, car il contient un avertissement indirect mais profond à l’adresse de l’Occident.

Il s’agissait d’une cérémonie annuelle traditionnelle au cours de laquelle Poutine s’est adressé aux meilleurs diplômés intégrant les forces armées et les services de sécurité. Plus de 600 diplômés des académies militaires ayant obtenu les meilleurs résultats, accompagnés de leurs professeurs et des responsables des agences concernées, se sont réunis dans la salle Saint-Georges du Grand Palais du Kremlin. Les diplômés représentaient non seulement le ministère de la Défense, mais aussi le ministère des Situations d’urgence, le FSB, le Service fédéral de garde, la Garde nationale, le ministère de l’Intérieur, le Comité d’enquête et le Service pénitentiaire fédéral.

Je m’attarde sur la partie du discours consacrée à la menace occidentale, car elle indique que la Russie, en réaction aux actions occidentales, est prête à une guerre de plus grande ampleur. Le discours suivait une structure cohérente en quatre parties : l’Occident fabrique la menace ; il accuse ensuite la Russie de l’avoir créée ; il s’agit d’un schéma qui se répète historiquement depuis 1941 ; et la réponse de la Russie consiste à la fois en une préparation militaire et en une vision alternative de l’ordre mondial fondée sur des principes. Ce qui a rendu ce discours particulièrement marquant, c’est l’affirmation explicite selon laquelle l’OTAN est passée du soutien par procuration à une préparation ouverte à une guerre directe — une affirmation escalatoire calibrée pour rappeler aux diplômés, ainsi qu’à un public plus large, les enjeux de leur service.

L’argument central de Poutine était de nature structurelle plutôt que lié à des événements spécifiques. Il a décrit le plan d’action de l’Occident comme très simple : d’abord, il crée des menaces pour la Russie, la forçant à prendre les mesures nécessaires pour se défendre et se protéger, puis il accuse immédiatement la Russie de tous les péchés capitaux afin de justifier la poursuite de sa politique agressive et de ses actions hostiles à son encontre. Ce cadrage — la Russie comme réagissant perpétuellement, jamais comme initiatrice — est l’affirmation fondamentale sur laquelle reposent tous les autres arguments du discours.

Poutine a établi une distinction très nette entre le comportement passé et actuel de l’Occident, dans le but manifeste de signaler qu’un nouveau seuil avait été franchi. Il a déclaré que, alors que par le passé les pays de l’OTAN s’étaient contentés de soutenir le régime de Kiev — qu’il a qualifié d’être arrivé au pouvoir illégalement par la force des armes et un coup d’État —, l’Occident parle aujourd’hui ouvertement de se préparer à une guerre contre la Russie et renforce ses budgets militaires offensifs. Le chancelier allemand Mertz, par exemple, s’est montrée très virulente à cet égard.

Poutine a fait valoir que, pour justifier ces dépenses et la militarisation radicale de leurs pays, les chefs d’État de l’OTAN et de l’UE mentent de manière éhontée (selon mes propres termes) au sujet de la prétendue menace militaire russe.

Le souvenir de la Grande Guerre patriotique planait sur ce discours… Celui-ci a été prononcé au lendemain du 85e anniversaire de l’opération Barbarossa. Poutine a établi un parallèle explicite et sans ambiguïté. Il a fait valoir que même après l’attaque perfide contre l’Union soviétique le 22 juin 1941, l’Occident et l’Allemagne hitlérienne avaient tenté d’accuser l’Union soviétique et Staline d’agression contre ce que nous appelons aujourd’hui l’« Occident collectif », et qu’il est surprenant que certains milieux quasi-scientifiques continuent d’en tenir sérieusement compte. Poutine ne se contentait pas d’invoquer la nostalgie de la Seconde Guerre mondiale à des fins de communication interne. Il formulait une affirmation épistémologique spécifique — à savoir que le discours occidental sur l’agression russe aujourd’hui est structurellement identique à l’argument de la propagande nazie selon lequel l’Union soviétique était l’agresseur en 1941, et que les deux sont faux selon la même logique.

Après avoir identifié la menace, Poutine a proposé son alternative idéologique. Il a souligné que la Russie a toujours défendu une sécurité égale et indivisible pour tous, et que cet objectif ne peut être atteint que par la création d’un système multipolaire de relations internationales et en garantissant de manière fiable la sécurité militaire de chaque pays. Soit dit en passant, je note que la Russie et la Chine s’emploient actuellement à promouvoir une réorganisation systémique de l’ordre mondial s’éloignant de l’unipolarité occidentale dans le golfe Persique.

Poutine n’a pas mâché ses mots… Il a déclaré que la Russie était prête à répondre rapidement et de manière appropriée à toute menace externe ou interne, et que, conformément au Programme d’armement de l’État, la Russie s’attachait à moderniser sa triade nucléaire et son armée, ainsi qu’à renforcer les capacités de combat des Forces aérospatiales et de la Marine. La mention explicite de la triade nucléaire, juste après l’évocation des préparatifs occidentaux en vue d’une guerre contre la Russie, constituait un message sans équivoque adressé à Donald Trump et au reste de l’OTAN.

En évoquant la menace occidentale, Poutine a indirectement critiqué l’inefficacité des pressions économiques occidentales. Il a déclaré que toutes les avancées technologiques et militaires sont réalisées grâce aux capacités scientifiques et technologiques propres à la Russie, et que tout cela est soutenu par un financement régulier rendu possible par l’économie stable et résiliente du pays. Il a rappelé aux cadets que les efforts occidentaux visant à paralyser la Russie avaient échoué et que la Russie avait relevé ce défi de front en augmentant sa production, en fabriquant de nouvelles armes et en modifiant les systèmes existants pour faire face aux nouvelles menaces.

Je pense que le discours de Poutine constituait un avertissement à l’Occident : la Russie ne commettra pas les mêmes erreurs qui ont rendu possible l’opération Barbarossa, et elle est prête à affronter et à vaincre l’OTAN si celle-ci persiste à faciliter les attaques contre le peuple russe.

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