Guerre contre l’Iran : – Le « Borg » reconnaît avoir perdu le contrôle au Moyen-Orient

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Moon Of Alabama

Au moins une partie de l’establishment de la politique étrangère américaine est parvenue à la conclusion que les États-Unis ont perdu leur rôle prépondérant au Moyen-Orient. Il semble y avoir peu d’envie de regagner cette position.

L’objectif de cet article est de rassembler ces voix.

Marc Lynch écrit dans Foreign Affairs :

La fin du Moyen-Orient américain – L’Iran et les derniers soubresauts d’un ordre en faillite (archivé) – Foreign Affairs, septembre/octobre 2026

Le Moyen-Orient américain est fini. L’ordre régional qui prévalait depuis 1991 a été l’une des nombreuses victimes de la guerre américano-israélienne contre l’Iran. L’échec des États-Unis et d’Israël à renverser le régime de Téhéran a prouvé la faillite de décennies de sanctions et de violence. L’incapacité des États-Unis à protéger leurs alliés du Golfe contre les attaques iraniennes ou à maintenir le détroit d’Ormuz ouvert a fatalement sapé le pacte de sécurité fondamental qui justifiait leur réseau de bases militaires dans la région. Et l’attitude de plus en plus menaçante d’Israël, ainsi que son abandon de toute prétention à vouloir parvenir à un accord avec les Palestiniens, ont mis fin à la mission menée depuis des décennies par Washington visant à rassembler ses alliés arabes et Israël au sein d’un partenariat de sécurité durable.

Néanmoins, fin mars, Lynch, en tant qu’interventionniste libéral, plaide en faveur d’une « propagation de la démocratie » au Moyen-Orient au nom des « droits de l’homme ». C’est ce que dicte l’instinct des « libéraux » au sein du Parti démocrate. C’est la raison pour laquelle les démocrates, s’ils devaient reprendre le pouvoir, soutiendraient probablement une prolongation de la guerre contre l’Iran.

Dans The Atlantic, le néoconservateur Robert Kagan s’interroge sur les conséquences de la défaite américaine :

L’Iran déchaîné – La puissance dominante au Moyen-Orient ne sera désormais plus les États-Unis ni Israël, mais l’Iran. (archivé) – The Atlantic, 23 août 2026

Pendant des années, l’Iran a dû faire face à un rapport de forces au Moyen-Orient qui lui était défavorable. La région était dominée par une superpuissance américaine hostile, un Israël doté de l’arme nucléaire et militairement supérieur, ainsi que par d’importants acteurs locaux – l’Égypte, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis – qui étaient stratégiquement et économiquement alignés sur les États-Unis.

Aujourd’hui, l’Iran se trouve dans une situation totalement nouvelle. Il s’est mesuré à la superpuissance et à Israël, a résisté à un déluge de leurs armes les plus sophistiquées, et a fait bien plus que simplement survivre. En conséquence, l’Iran a, avec l’aide des États-Unis, complètement redéfini la structure du pouvoir au Moyen-Orient et dans le golfe Persique. La puissance dominante dans la région sera désormais l’Iran, et non plus les États-Unis ni Israël. Les pays voisins s’adaptent déjà à cette nouvelle réalité. Les puissances plus éloignées en feront de même. Pendant des années, le monde a eu affaire à un Iran contraint. Il va désormais découvrir à quoi ressemble un Iran libéré de toute contrainte.

Kagan affirme que l’Iran n’a pas besoin d’un protocole d’accord, ni d’aucun autre accord avec les États-Unis. Il n’a même pas besoin d’armes nucléaires. Les sanctions contre l’Iran ne serviront à rien :

le contrôle par l’Iran du détroit d’Ormuz est un instrument de pouvoir plus utile qu’une arme nucléaire ne le serait. Une arme nucléaire pourrait dissuader une attaque, mais le contrôle du détroit donne à l’Iran un moyen de pression quotidien sur des dizaines de pays. Grâce à lui, l’Iran peut récompenser ses amis, punir ses ennemis, générer des revenus, forcer l’assouplissement des sanctions et inciter les gouvernements à y réfléchir à deux fois avant de s’opposer à la politique iranienne. Il peut faire tout cela sans tirer un seul coup de feu, tout en conservant la capacité de menacer de recourir à la violence si nécessaire.

La stratégie de sanctions qui, pendant des décennies, a servi à isoler l’Iran reposait sur la coopération internationale. Les nations qui dépendent de l’accès au détroit — le Japon et la Corée du Sud, par exemple — devront choisir entre l’accès à un approvisionnement énergétique fiable et la participation aux sanctions soutenues par les États-Unis. Choisiront-elles la solidarité avec Washington — ce Washington-là — plutôt que leurs intérêts économiques ? Dans le nouvel ordre que l’Iran est en train de créer, un régime mondial de sanctions risque fort d’être intenable.

Dans une tribune publiée dans le New York Times, Rosemary Kelanic, de Defense Priorities, avance un argument économique en faveur de la levée du blocus contre l’Iran et de l’autorisation donnée à ce dernier de percevoir des droits de passage auprès des navires transitant par le détroit :

Laissons l’Iran contrôler le détroit d’Ormuz – NY Times, 24 août 2026

Sur le plan financier, les droits de transit constituent une meilleure solution pour les États-Unis et le monde entier qu’une semi-fermeture prolongée du détroit. … Si l’impasse d’Ormuz provoque une flambée des prix du pétrole, les dommages économiques pourraient être graves, en particulier pour les États-Unis, dont l’économie est bien plus dépendante du pétrole que celles d’autres grandes puissances comme la Russie et la Chine.

Aussi embarrassantes que puissent être les taxes d’Ormuz pour les États-Unis et pour M. Trump personnellement, la monétisation du droit de passage encouragerait l’Iran à laisser passer autant de navires que possible afin de percevoir davantage de péages. Et si l’Iran devient dépendant des recettes tirées de la gestion du détroit, il lui sera plus difficile de le fermer à l’avenir pour des raisons politiques.

Le général McCaffrey (à la retraite), un faucon qui avait ordonné le massacre de l’« autoroute de la mort » pendant la guerre de 1991 contre l’Irak, déplore la nécessité d’un retrait américain :

Barry R McCaffrey @mccaffreyr3 – 23 h 54 UTC · 22 août 2026

À mon avis, les forces armées américaines ont probablement perdu définitivement l’accès à 15 bases du golfe Persique. L’Iran est désormais en passe de contrôler l’accès aux États du Golfe. Les États-Unis devront négocier de nouveaux accès dans l’ouest de l’Arabie saoudite, en Israël et dans le sud de l’Europe.

Le Financial Times pose donc la question suivante :

Vaut-il la peine de reconstruire les vastes bases américaines du Golfe ? (archivé) – FT, 24 août 2026

« La reconstruction de certains de ces sites n’a pas beaucoup d’intérêt », a déclaré Nate Swanson, ancien directeur chargé de l’Iran au Conseil national de sécurité américain, qui a souligné que la nécessité de financer la reconstruction d’installations par ailleurs indésirables pourrait accélérer les tendances existantes. « Je serais très surpris s’il n’y avait pas un mouvement vers l’ouest. »

Renoncer à ces bases va au-delà d’une simple décision militaire. Cela implique une perte de contrôle :

« C’est une situation où les impératifs militaires et diplomatiques vont dans des directions opposées », a déclaré M. Brands, de l’université Johns Hopkins. « Il faut lutter contre l’impression que l’on bat en retraite. »

« La doctrine Carter semble bel et bien s’être effondrée », a déclaré Gregory Brew, historien et analyste au sein de l’Eurasia Group, ajoutant qu’on avait le sentiment que Washington avait bouclé la boucle. « La révolution islamique a imposé la doctrine Carter, et c’est la guerre avec l’Iran qui a provoqué son effondrement », a-t-il ajouté.

La doctrine Carter, qui menaçait de recourir à la force américaine pour contrôler le golfe Persique, était une réponse à l’invasion soviétique de l’Afghanistan. Le danger qu’elle était censée combattre n’existe bien sûr plus.

La « menace chinoise » est trop vague pour justifier les coûts extrêmement élevés de sa remise au goût du jour.

Il est donc probable que les États-Unis, sans doute après quelques escarmouches supplémentaires, soient contraints de battre en retraite.

MOA