L’empire : hébété, désorienté, vaincu.

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Le Premier ministre britannique a fait une déclaration importante aux médias, indiquant qu’il travaillait avec le président Donald Trump à la mise en place d’une vaste coalition militaire regroupant 30 pays afin de forcer l’ouverture du détroit d’Ormuz.

J’ai eu une discussion avec le président Trump hier soir… nous avons passé la majeure partie de notre entretien téléphonique à évoquer le plan concret qui sera nécessaire pour rétablir la navigation dans le détroit, ainsi que le rôle joué par le Royaume-Uni. Depuis quelques semaines déjà, nous mettons sur pied une coalition de pays – qui en compte désormais plus de 30 – en travaillant sur un plan politique et diplomatique, mais aussi en examinant les capacités militaires et, concrètement, la logistique nécessaire pour faire passer les navires dans le détroit. C’était le sujet principal de notre discussion hier soir.

Tout cela semble rassurant, comme au bon vieux temps de l’hégémonie coloniale occidentale, lorsque la Grande-Bretagne organisait de grandes coalitions et que les États-Unis débarquaient avec leurs gros jouets militaires pour tout mettre en pièces et créer sur le terrain la réalité de leur choix.

En effet, la déclaration du Premier ministre devrait être très rassurante pour les marchés, sauf que : cette « nuit dernière », c’était le 9 avril 2026, et le Premier ministre en question n’était pas ce nouveau venu (j’oublie sans cesse son nom), mais le précédent, Sir Keir Starmer. Six mois exactement après sa discussion avec M. Trump, aucune grande coalition n’a été mise sur pied, et le détroit d’Ormuz est toujours fermé.

Responsables américains : Ormuz est plus ouvert que jamais !

Au cours des dernières semaines, plusieurs hauts responsables américains ont publié des déclarations affirmant avec insistance que le détroit d’Ormuz est ouvert, fermement sous contrôle américain, et que des milliards de barils de pétrole brut sont acheminés depuis le golfe Persique pour répondre à la demande mondiale. Les chiffres qu’ils ont cités… En fait, selon leur version des faits, le détroit pourrait même être plus ouvert aujourd’hui qu’il ne l’a jamais été auparavant.

Le ministre des Finances, Scott Bessent, a mené la charge, affirmant que les forces américaines (et non une coalition minable de 30 pays) faisaient sortir « entre 10, 15, parfois 17 millions de barils par jour », dont environ 3 millions transitaient par des itinéraires alternatifs. En d’autres termes : on en est presque exactement au même point qu’avant l’opération « Epic Fury », couronnée d’un succès spectaculaire. Dans une déclaration à FOX News le 27 septembre, il a indiqué que les flux s’élevaient en moyenne à 15 à 22 millions de barils par jour – soit jusqu’à 110 % du niveau d’avant l’opération « Epic Fury ». Et pas une goutte de ce pétrole n’était iranien : voilà à quel point toute cette opération a été couronnée de succès !

Les déclarations de M. Bessent ont été corroborées à 60-70 % par le secrétaire d’État Marco Rubio. Le 22 septembre, il a déclaré à NBC que le volume de pétrole transitant par Ormuz s’élevait à 60-70 % de ce qu’il était avant l’opération « Epic Fury ». Plus tard, il s’est corrigé en affirmant qu’« il y a aujourd’hui presque autant de pétrole qui transite par le détroit qu’avant ce conflit, à l’exception du pétrole iranien, qui ne parvient pas à sortir ». M. Rubio a insisté sur le fait que l’Iran avait « perdu tout contrôle » du détroit.

Le secrétaire à l’Énergie, Chris Wright, s’est également exprimé, indiquant que plus de 17 millions de barils avaient quitté le golfe en une seule journée, et que la moyenne mobile avoisinait les 13 millions de barils. Au final, même si Bessent, Rubio et Wright n’ont pas mis leurs notes en commun, leur message est essentiellement le même : les beaux jours sont de retour !


Peut-être ne disent-ils pas la vérité…

Selon d’autres rapports, le détroit d’Ormuz est toujours fermé, et la semaine dernière a enregistré le plus grand nombre d’attaques contre des navires traversant le détroit depuis le début du conflit. Cela laisse craindre que l’Iran dispose toujours de la capacité militaire nécessaire pour perturber le flux de pétrole et contrôler le trafic entrant et sortant du golfe Persique. Nous savons également que les navires militaires américains n’escortent pas les pétroliers à travers le détroit et qu’ils se sont repliés loin dans le golfe d’Oman pour rester hors de portée des missiles antinavires du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI).

Quelqu’un ne dit pas la vérité et ce quelqu’un, probablement, c’est le gouvernement américain qui a de solides raisons de mentir. Pour commencer, c’est lui qui a créé toute cette situation en attaquant l’Iran le 28 février, malgré les multiples avertissements selon lesquels, s’il était attaqué, l’Iran fermerait le détroit d’Ormuz. Comme nous l’avons vu dans « Bonds Armageddon – L’acte 2 a commencé », l’opération « Epic Fury » a permis aux rendements des bons du Trésor américain (et aux cours du pétrole) de retrouver leur niveau d’antan.

Et maintenant, les instigateurs de cette opération au succès spectaculaire doivent faire face aux électeurs américains lors des élections de mi-mandat ; ils doivent donc inventer une réalité alternative. Certes, les taux d’intérêt ont atteint leurs plus hauts niveaux depuis 20 ans et le prix du diesel a atteint des sommets historiques, mais tout cela devrait rapidement redescendre puisque les forces américaines ont pleinement le contrôle, que le pétrole coule à flots comme jamais auparavant et que, sans les missiles lancés par Volodymyr Zelensky sur les raffineries russes, tout irait pour le mieux…

L’empire : étourdi, désorienté, impuissant

En effet, le président Trump lui-même a laissé entendre que Zelensky était responsable et est allé jusqu’à l’avertir publiquement de ne pas frapper les raffineries russes. Il existe de nombreuses autres cibles valables, et frapper les raffineries ne fait que maintenir le prix du diesel à un niveau élevé. Pourtant, moins d’une semaine après l’avertissement de Trump, l’Ukraine a frappé une raffinerie près de Moscou. Si votre propre vassal, qui dépend largement de votre soutien et de votre aide pour survivre et qui est pris dans les griffes d’une défaite militaire face à la Russie, défie ouvertement votre avertissement, votre pouvoir d’imposer un ordre mondial n’existe plus.

La déclaration de Sir Keir Starmer, faite il y a six mois, pourrait revêtir une importance encore plus grande en tant que signe que l’empire est désormais totalement impuissant, réduit à faire pression sur des mandataires réticents comme le Pakistan et la Turquie pour qu’ils mènent ses combats autour des points d’étranglement du commerce maritime. Si les États-Unis et le Royaume-Uni ont été incapables, pendant six mois, de mettre sur pied leur grande coalition et de soumettre l’Iran, on peut raisonnablement supposer qu’aucune cavalerie ne viendra à leur secours et que la guerre est perdue. Le message publié par Trump sur TruthSocial, à peine quatre jours avant sa conversation avec Sir Keir, ne laisse pas penser qu’il ait été particulièrement serein face à toute cette affaire :

Six mois plus tard, ce ne sont encore pour l’essentiel que des propos provocateurs, sans aucun coup gagnant sur l’échiquier. En réalité, chaque coup pourrait cacher un nouveau désastre potentiel. Trump a perdu ; l’Empire occidental a été stratégiquement vaincu et ces jours (mal)heureux ne reviendront plus jamais. Une grande transition s’annonce et les gagnants se trouvent à Téhéran, Moscou et Pékin, et non à Londres, Paris et Washington.

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