Une attaque inutile contre le Yémen, ordonnée par Trump, a été annulée

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Moon Of Alabama

Samedi soir, des rumeurs circulaient sur Internet concernant des frappes américaines imminentes contre le Yémen ou l’Iran. Des bombardiers à longue portée B-1 auraient décollé de Grande-Bretagne. Plusieurs avions ravitailleurs survolaient l’Arabie saoudite.

L’Arabie saoudite avait annoncé une riposte musclée suite à une attaque d’Ansar Allah, lancée depuis le Yémen, contre un aéroport situé près de Riyad :

La riposte de l’Arabie saoudite aux attaques houthistes en provenance du Yémen sera « massive » et coordonnée avec les partenaires de la coalition, a déclaré à Al Jazeera Nawaf Obaid, chercheur senior au King’s College de Londres.

Des flammes et une épaisse fumée ont été observées près du principal aéroport de la capitale saoudienne après que les autorités ont lancé samedi des alertes signalant un danger potentiel aux alentours de Riyad.

Il semblait à ce moment-là que les États-Unis se joignaient aux Saoudiens.

Le commandement opérationnel militaire conjoint iranien a mis en garde contre des attaques de représailles visant les positions et les intérêts américains dans la région :

Dans un communiqué publié dimanche, le quartier général central de Khatam al-Anbiya a déclaré que si les États-Unis « commettaient la moindre erreur » à l’encontre de l’Iran, « toutes leurs bases et tous leurs intérêts dans la région, sans aucune limitation ni considération, seraient la cible d’attaques soutenues, efficaces et douloureuses ».

« D’après les informations reçues, l’Amérique criminelle, […], a une nouvelle fois décidé, avec le feu vert de certains pays de la région, lors d’une réunion conjointe dans l’un des pays européens, de reprendre ses actions contre la République islamique d’Iran », indiquait le communiqué.

Tout le monde s’attendait à une nouvelle vague de conflits. Cependant, aucune attaque américaine ou saoudienne n’a suivi.

Selon le New York Times, Trump s’est (une nouvelle fois) dégonflé (archivé) :

Jeudi : le prince héritier Mohammed ben Salmane, dirigeant de facto du royaume et allié majeur dans la guerre contre l’Iran, a appelé le président pour l’implorer, une nouvelle fois, d’intervenir afin d’aider à freiner la progression rapide du groupe, ont déclaré des responsables de l’administration.

M. Trump avait rencontré ses conseillers la veille et leur avait dit qu’il n’était pas favorable à des frappes. Mais après s’être entretenu avec le prince héritier saoudien, il est revenu sur sa position et a demandé au Pentagone de se préparer à des frappes aériennes contre les Houthis.

Mais dimanche midi, le président semblait avoir de nouveau changé d’avis. Il n’y aurait pas de frappes aériennes américaines contre les Houthis — du moins pas pour le moment, selon des responsables de l’administration.

Il semble que, pour une fois, l’entourage de Trump l’ait retenu :

La plupart des membres du cercle restreint du président étaient soit profondément sceptiques, soit carrément opposés à l’idée de se joindre à la lutte saoudienne contre les Houthis, selon un haut responsable de l’administration.

La décision de M. Trump de renoncer, ou du moins de reporter, les frappes contre des cibles houthistes est intervenue alors que les commandants avaient approuvé les listes de cibles, que les troupes chargeaient des bombes à bord des avions de combat américains sélectionnés pour les missions et que la vague d’attaques était sur le point de commencer, selon deux personnes informées de l’opération.

Il sera intéressant de savoir qui ou quoi a eu le plus d’influence sur la décision de Trump.

Une campagne contre les « Houthis » aurait presque certainement entraîné de nouvelles frappes contre l’Iran, qui aurait riposté.

Il est également inutile de bombarder Ansar Allah.

(Ansar Allah ne sont pas les « Houthis ». Houthi est le nom du clan de l’ancien chef de la révolution contre le gouvernement Saleh à Sanaa. Ansar Allah (Ansarullah), qui gouverne certaines régions du Yémen, est une coalition – un mouvement regroupant de nombreuses tribus, courants religieux et partisans qui ne sont pas « houthis » – qui s’est développée après la révolution).

Depuis 2014, les Saoudiens tentent de contraindre le gouvernement d’Ansar Allah à renoncer à ses revendications de reconnaissance par des frappes aériennes. Leurs frappes ont tué des milliers de Yéménites. Avec les Émirats arabes unis, les Saoudiens avaient recruté des mercenaires, des djihadistes locaux et certains venus du Soudan, pour combattre au sol les soi-disant Houthis. Aucune de ces campagnes n’a abouti. Début 2025, les États-Unis s’étaient joints à l’Arabie saoudite et avaient bombardé les positions d’Ansar Allah pendant plus de 50 jours sans obtenir aucun résultat.

Ansar Allah ne peut être vaincu par des frappes aériennes. Les opérations terrestres dans l’ouest montagneux du Yémen, où vit la majorité de la population, sont extrêmement difficiles. Ansar Allah dispose de moyens modernes – missiles, drones et défenses aériennes – qui lui permettent de riposter. C’est par pure stupidité que les Saoudiens ont provoqué une nouvelle guerre avec eux en bombardant l’aéroport de Sanaa en juillet de cette année.

Il est raisonnable que les États-Unis ne s’immiscent pas (à nouveau) dans ce bourbier :

Des diplomates et des commandants américains, en poste ou à la retraite, ayant servi au Moyen-Orient, ont exprimé leur scepticisme quant à la capacité d’une campagne de bombardements américains limitée à contraindre les Houthis – qui ont résisté à près de huit semaines de bombardements américains l’année dernière – à négocier et à renoncer à leurs revendications les plus radicales.

Ces responsables ont également émis des doutes quant à l’efficacité du soutien apporté à une force yéménite dysfonctionnelle qui s’est effondrée dès le premier affrontement majeur avec les Houthis ces dernières semaines.

« La coalition anti-Houthis est en réalité un Frankenstein constitué de tous les groupes restants au Yémen qui ne sont pas les Houthis », a déclaré Gregory Johnsen, chercheur non résident à l’Arab Gulf States Institute de Washington, à propos des forces terrestres yéménites que la campagne aérienne est censée soutenir. « Les différents groupes yéménites ont des objectifs très divergents, voire dans certains cas diamétralement opposés, quant à ce qu’ils souhaitent pour le Yémen ; ils passent donc plus de temps à se battre entre eux qu’à combattre les Houthis. »

La guerre menée par Trump contre l’Iran a entraîné le blocus du détroit d’Ormuz et une forte baisse des approvisionnements mondiaux en pétrole. L’attaque saoudienne contre le Yémen n’a fait qu’aggraver ce dilemme.

Les prix record de l’essence et du diesel ne baisseront pas tant que les États-Unis et l’Arabie saoudite n’auront pas mis fin à leurs guerres et fait la paix avec leurs adversaires. Parallèlement, l’huile moteur et les lubrifiants se font rares (archivé) :

La pénurie mondiale d’huile moteur s’aggrave, les prix des lubrifiants pour moteurs automobiles atteignant de nouveaux sommets, les ateliers de vidange étant à court de stock et un groupe de distribution américain rationnant les ventes aux clients bricoleurs.

La flambée du coût de l’huile de base utilisée pour l’huile moteur entièrement synthétique, indispensable à de nombreux modèles de voitures récents, dépasse de loin les fortes hausses des prix du pétrole brut, de l’essence et du diesel. Aux États-Unis, le prix de l’huile de base dite « de groupe III » a presque quadruplé depuis février pour atteindre vendredi un niveau record de 12,45 dollars le gallon, selon Argus Media.

La chaîne de distribution Costco Wholesale a augmenté le prix de 10 quarts d’un type d’huile moteur entièrement synthétique à 57,99 dollars et limite désormais les achats à un par client, selon son site web. Cette marque se vendait environ 30 dollars l’année dernière.

L’approvisionnement en huiles de base a été perturbé pour la première fois après qu’une frappe iranienne, en mars, a endommagé une immense usine de liquéfaction de gaz de Shell au Qatar, en représailles à la guerre menée par les États-Unis et Israël contre la République islamique. Cette usine est l’un des principaux producteurs d’huiles de base du groupe III.

MOA