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Discours de Nicolas Sarkozy au dîner annuel du Crif
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs,
C’est une grande émotion pour chacun ici, et je suis sûr que c’est une grande émotion pour tous les Français, quels qu’ils soient, que Gilad Shalit soit sur le territoire de la République française. Nous l’espérions. C’est toute la France qui s’est mobilisée. De nombreuses mairies, parmi lesquelles la Mairie de Paris, avaient mis le portrait de Gilad sur la façade. Partout des gens qui ne connaissaient pas Gilad, qui ne connaissaient pas sa famille se sont mobilisés.
Pourquoi ? Pas simplement parce que Gilad est juif, parce qu’il était soldat d’Israël. Parce que Gilad a été persécuté, maltraité, torturé.
A 20 ans, il rentre dans sa geôle, il en sort dans sa 26e année. Je disais à Noam et Aviva qu’on leur a enlevé un enfant de 20 ans et qu’on leur a rendu un héros. Parce que qui ici peut dire qu’il serait debout, heureux de vivre après l’expérience qu’a vécue Gilad Shalit ?
Honte à ceux qui ont fait cela ! Honte à tous ceux à travers le monde qui pensent que quelqu’idée que ce soit puisse justifier ce comportement barbare. Aucune idée, aucune idéologie, aucune situation ne peut justifier ce qui a été fait à Gilad Shalit.
J’ai dit, dès le jour de mon élection, que Gilad était français comme Ingrid Bettencourt ou les infirmières bulgares. Ce n’était pas une façon de retirer à Gilad sa nationalité israélienne. C’était une façon de dire que la mission de la France, c’est d’être aux côtés de tous les Gilad Shalit, dans les geôles de Gaza ou ailleurs dans le monde. Quand un homme est persécuté, quand un homme est humilié, quand un homme est torturé, quand ses tortionnaires où qu’ils se trouvent pensent qu’il est seul, la mission de la France, c’est de dire que cette victime persécutée, elle est française.
Elle est française, pas par la nationalité, pas par les papiers, mais elle est française parce qu’elle souffre, parce qu’elle est seule.
Et je voudrais dire à Noaam et Aviva qu’à travers le drame qu’ils ont vécu, tous les enfants de France devaient se dire : quelle chance d’avoir un père et une mère si dignes, si courageux qui n’ont jamais renoncé, qui n’ont jamais baissé les bras. Je veux également saluer, comme l’a fait Noaam, le courage du Premier ministre Netanyahou et je veux m’en expliquer.
Nous en avons parlé le Premier ministre Netanyahou et moi. Et je veux en parler devant vous dans ce diner du Crif parce que je sais que certains se disent : 1000 contre 1, 1000 contre 1, est-ce que cela a un sens ?
1000 contre 1, cela n’a pas de sens pour les tortionnaires, pour les terroristes, pour les extrémistes mais pour la démocratie israélienne, pour les démocrates qui considèrent que la vie et sacrée, qu’une vie vaut tout, que la vie de Gilad Shalit ne se compte pas en centaines ou en milliers d’unités, mais qu’elle est un tout en soi et que tout doit être fait pour qu’il soit sauvé.
C’est la marque qu’Israël est une démocratie, justement parce que dans une démocratie on attache du prix à une vie et pas simplement à mille.
J’ajoute que, contrairement aux craintes que pouvait avoir le Premier ministre qui a fait un choix courageux, l’ensemble de la population israélienne a approuvé ce choix. Pour une raison simple, c’est que chaque famille d’Israël sait qu’elle peut avoir un Gilad Shalit en puissance, et que ce qui a été fait pour la famille Shalit pourrait être fait un jour pour son fils ou pour sa fille, son enfant pris dans la même tragédie.
Mes chers amis, j’avais préparé un discours mais je préfère une fois de plus vous parler librement. Vous parler sincèrement et sans détours. D’abord, le Président a parlé de l’Europe, de l’Allemagne et de ce que cela a représenté dans le monde.
Vous avez eu raison, Monsieur le Président, d’évoquer cet exemple. Qui s’est plus détesté, qui s’est plus affronté à travers l’histoire de l’humanité, que les Français et les Allemands ? Où y a-t-il eu les conflits les plus barbares, les plus sanglants ? Où s’est déroulée la Shoah ? En Europe.
En Europe, pas au Moyen-Orient, en Europe avec des Européens, pas au Moyen-âge, au XXème siècle. Hier, hier, on s’est entretué, on s’est détesté, on s’est envahi, on s’est déchiré, on s’est massacré. Les Européens ont eu l’idée folle de la Shoah, la France et l’Allemagne.
Je veux que vous compreniez que pour moi cette amitié entre la France et l’Allemagne, elle est sacrée parce qu’il y a eu quelques hommes de génie qui ont dit : la haine cela suffit. Le passé, ça suffit, c’est l’avenir qui compte. Ce sont nos enfants qui comptent, c’est la paix qui compte. La géographie et le destin nous ont mis côte à côte, Français et Allemands, désormais non seulement nous allons nous supporter, mais nous allons construire la paix. Non seulement nous allons essayer de nous comprendre, mais nous allons converger et construire une amitié indéfectible parce que les peuples n’ont pas de choix : ils divergent ou ils convergent.
Au bout de la divergence, il y a l’affrontement. Au bout de la convergence, il y a la paix. Mon choix est clair : nous sommes les héritiers d’Adenauer et de de Gaulle, de tous ceux qui ont compris que si on laissait le cœur des hommes sans règle, sans limite, que si on s’en remettait à ces seules passions, que si on n’était pas capable de construire des compromis, alors la guerre recommencerait encore et encore. Chaque fois plus forte, chaque fois plus haineuse, chaque fois plus destructrice et c’est sur ce constat là, sur les ruines de l’Europe, sur le désastre de l’humanité que des hommes et des femmes se sont élevés et ont dit « l’amitié entre la France et l’Allemagne, c’est sacré ». Et je dis qu’elle est sacrée cette amitié et que tout propos, toute idée germanophobe, est une insulte au passé glorieux de ceux qui ont fait la paix en Europe.
Puissiez-vous mes cher amis, Israéliens et Palestiniens, comprendre que quand le destin met deux peuples voisins l’un de l’autre, quelles que soient les passions, quelles que soient les peurs, quelles que soient les haines, il faudra apprendre à vivre ensemble, il faudra parler, il faudra se comprendre.
Je ne pense pas que la haine vienne des peuples. Je pense que la haine vient de dirigeants de circonstance qui utilisent les peurs au service de la haine. Mais les peuples qui vivent depuis si longtemps ensemble, pourquoi voudriez-vous qu’ils continuent à se haïr ? L’Europe peut montrer le chemin pour Israël et pour les Palestiniens. Là-dessus, il faudrait évoquer toutes les questions comme l’a fait le Président et je le remercie.
La France ne transigera pas avec la sécurité d’Israël. Je l’ai dit à deux reprises au nom de la France à la tribune des Nations-Unies. La France ne transigera pas avec la sécurité d’Israël, parce qu’Israël c’est un miracle. Sur les décombres, cette démocratie est née. C’est un symbole considérable qui va au-delà de ce petit pays par le nombre d’habitants et par le nombre de kilomètres carrés. Israël, c’est un miracle. Des fous, des assassins, ont voulu faire disparaître les Juifs. Et de cette volonté folle, génocidaire, est né ce miracle. Une démocratie : Israël. La disparition d’Israël, ce serait un drame qui irait bien au-delà d’Israël, ce serait un recul effrayant de l’histoire. Et lorsque Ahmadinejad, Monsieur Khamenei, parlent de rayer Israël de la carte, Israël doit savoir qu’elle ne sera pas seule dans ce combat pour la sécurité que la France n’acceptera jamais que l’on remette en cause la sécurité d’Israël.
L’acquisition de l’arme atomique par l’Iran est inacceptable et la diplomatie française, François Fillon, Alain Juppé ont joué un rôle moteur pour convaincre les 27 pays européens de ne plus acheter une goutte de pétrole aux Iraniens, le pétrole représentant les deux tiers de ce pays. Il ne s’agit pas naturellement de faire souffrir une population qui n’y est pour rien mais de renforcer des sanctions pour éviter le drame, le drame d’un conflit militaire qui ne résoudrait rien et qui compliquerait tout. De la même façon, nous avons fait prendre la décision qu’il n’y aurait plus de relations avec la banque centrale iranienne. Ce que nous voulons, c’est que ces dirigeants de ces pays comprennent qu’ils ont franchi la ligne rouge et ce que nous voulons, c’est rassurer les dirigeants israéliens pour que l’irréparable ne soit pas commis.
Mes chers amis, mes chers compatriotes, la solution n’est jamais militaire, la solution est politique, la solution est diplomatique, la solution est dans les sanctions.