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Education Nationale, François Hollande, indéboulonnable et figée, La Fabrique du crétin, Najat Vallaud-Belkacem, Natacha Polony
Par Natacha Polony
Mais par la grâce de cette Une se renouvelle l’effet miraculeux de celle consacrée il y a un an à Christiane Taubira. Najat Vallaud-Belkacem était une icône de la gauche (pour les mêmes raisons qui la font détester par Minute: parce qu’elle est une femme, parce qu’elle est issue de l’immigration) ; elle est désormais une victime.
Et quiconque osera une critique sera immédiatement assimilé aux excités semi-fascistes. Voyez Valeurs actuelleset sa une: «L’Ayatollah». Quoi qu’on pense de la focalisation de Valeurs actuelles sur Najat Vallaud-Belkacem, elle n’a rien à voir avec le racisme affiché de Minute.
Ainsi donc, mettre en doute les compétences de la brillante xyloglotte devient un crime, ce qui va au-delà des espérances d’un gouvernement qui a choisi la tactique du chiffon rouge pour endormir son peuple: voyez combien nous sommes de gauche, puisque la droite et l’extrême droite nous attaquent. Se focaliser, donc, sur Najat Vallaud-Belkacem, ou même sur ses ABCD de l’égalité, revient à jouer les idiots utiles. Oui, ce programme était parfaitement consternant, oui, il relève, du moins chez la ministre, d’une idéologie imprégnée des gender studies américaines et de leur fantasme de réinventer l’individu par la négation du corps. Mais est-ce vraiment le plus grave?
Jean-Paul Brighelli ouvre son (excellent) dernier livre, Tableau noir, par une citation de Jacques Juillard: «L’Histoire dira que le plus grand échec de François Hollande ne fut ni le secteur économique, ni le secteur social, mais celui dont il avait à juste titre proclamé la priorité: l’Éducation nationale.» («Pour en finir avec le bac», Marianne no 895, 13-19 juin 2014). L’auteur de La Fabrique du crétin souligne à longueur de pages combien, des rythmes scolaires aux ABCD de l’égalité, on nous tend des hochets pour détourner l’attention de l’essentiel: l’abandon définitif de toute ambition de transmission des savoirs et de récompense de l’effort.
Alors, pour sauver ce qui peut encore l’être, il est urgent de pouvoir dire que la ministre, comme d’ailleurs son prédécesseur (pas de sexisme en cela), n’a pas démontré la moindre compétence sur les questions d’éducation, n’a jamais tenu le moindre propos qui laisse imaginer qu’elle puisse avoir une vision de ce que doit être l’école dans une République en voie de déliquescence. Pas grave, diront certains: les choix, rue de Grenelle, sont le fait d’une administration indéboulonnable et figée dans son idéologie depuis le début des années 1980. Mais justement, on aurait pu rêver d’un ministre qui rendît à la politique ses droits. D’un ministre qui s’attaquât aux véritables problèmes, l’évaluation des méthodes d’apprentissage, la formation pluraliste des professeurs, la mise en avant du mérite et de l’effort Eh bien, à cause de sinistres crétins, l’école, la République, les enfants et la France attendront.
Source: lefigaro.fr publié le 06/09/2014