Étiquettes
Par Dominique Jamet
« À l’évidence, les appels à la confiance de Manuel peinent à convaincre. C’est un euphémisme tant le mur de scepticisme, de défiance ou de rejet auquel il se heurte est épais. » Où donc, direz-vous, sont parues ces quelques lignes de simple bon sens ? Eh bien, non, ce n’est pas dans Les Échos.
« La France à la traîne dans une Europe fragile. » Encore perdu, ce n’était pas le titre de une de L’Opinion.
« Pourquoi le système politique français est à bout de souffle… Impopularité, absence de résultats, polémique, Hollande et Valls plus affaiblis que jamais. » Mais non, il ne s’agit pas de la couverture du dernier numéro de Valeurs actuelles.
« Non seulement François Hollande n’a pas su enrayer la dévitalisation démocratique de la France, mais il n’a fait que l’aggraver. » Ce jugement sévère n’est pas dû à Christophe Barbier ou Franz-Olivier Giesbert, qu’alliez-vous croire ?
« Depuis un demi-siècle, la fonction, le rôle et l’image du chef de l’État n’ont cessé de se dégrader. François Hollande est l’incarnation la plus aboutie de ce déclin. » On ne serait pas autrement étonné que Jacques Julliard ait signé ce réquisitoire dans Marianne…
Seulement voilà, toutes les citations que vous venez de lire sont extraites du dernier journal où l’on se serait attendu à les trouver. Elles sont reprises d’un article de Gérard Courtois, d’une manchette de première page, d’une enquête de Françoise Fressoz, et enfin, sous la signature de Thomas Wieder et de David Revault d’Allonnes, de la suite de cette enquête qui aura six volets. Elles sont parues dans les numéros du Monde datés du mardi 14 et du mercredi 15 octobre 2014…
Le Monde s’adonnant au sport actuellement le plus à la mode, à savoir le « Hollande bashing » ! Le phare du politiquement correct cessant d’éclairer l’ennemi de la finance ! La boussole de la gauche n’indiquant plus le Parti socialiste ! Le grand quotidien du soir poignardant dans le dos la baudruche sociale-libérale ! Rome n’est plus dans Rome, nos certitudes vacillent, nous sommes menacés de perdre le guide éprouvé qui nous indiquait infailliblement le chemin qu’il ne faut pas prendre. Que se passe-t-il donc boulevard Auguste-Blanqui ?
Éric Zemmour, que l’on sache, ou Yves de Kerdrel ne se sont pas emparés de la direction du journal, la plume à la main. On n’a pas entendu dire que la rédaction ait été séquestrée, menacée et sommée – le couteau sous la gorge – de changer de discours. Faute d’informations sûres, il faut bien avouer que nous voilà réduits aux hypothèses. En voici donc trois, de la moins croyable à la plus vraisemblable.
Première hypothèse : les journalistes du Monde, frappés et terrassés par la grâce, qui tombe où elle veut, ont soudainement pris conscience, spontanément et collectivement, de la réalité et ont désormais la ferme intention de dire les choses telles qu’elles sont et non pas telles qu’ils les ont déformées, travesties, arrangées ou censurées depuis des lustres. Ils vont désormais faire leur métier.
Deuxième hypothèse : Pierre Bergé a eu ses nerfs, Xavier Niel a perdu un marché qu’il convoitait, Matthieu Pigasse s’est laissé convaincre par ses amis banquiers qu’il fallait cesser de jouer le mauvais cheval. Bref, l’inflexion de la ligne serait le fait des propriétaires du quotidien.
Troisième hypothèse, qui prolonge la deuxième : le journal lâche le duo Hollande-Valls, condamné par l’échec et l’impopularité, et prépare une grande opération de sauvetage de la gauche, sous la conduite, par exemple, de Martine Aubry.
Quelle que soit l’explication du tournant opéré, elle traduit à l’évidence la déliquescence et l’isolement de l’équipe actuellement en charge – pour combien de temps encore ? – de notre pauvre pays. Avec de tels amis, le Président et son Premier ministre n’ont pas besoin de se chercher des ennemis.