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Christophe Servan
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Jusqu’où le prix du pétrole va-t-il baisser ? Nul ne le sait.

Entre le 25 juin dernier, lorsqu’il avait atteint son plus haut niveau de l’année à 107,50 dollars le baril, et ce vendredi 31 octobre, le prix du baril de pétrole (référence WTI) a perdu plus de 27,50 dollars, soit très exactement 25.6 %. Une telle chute en si peu de temps est un phénomène suffisamment rare pour donner crédit à l’hypothèse d’un complot. Après tout, la manipulation des cours de l’or noir à des fins politiques, ça s’est déjà vu et, techniquement, c’est facile à faire : il suffit que l’Arabie saoudite, premier exportateur, ouvre ou ferme quelques robinets. Chacun a en mémoire les chocs pétroliers de 1973 et 1979, mais aussi – et c’est moins connu – la baisse de 1986 (de 26 à 11 dollars le baril), on le sait aujourd’hui orchestrée par Ronald Reagan et l’Arabie saoudite pour briser les reins de l’ours russe, et celle – encore moins connue – de 1990 à l’instigation du Koweït pour acculer l’Irak à la faillite.

Comme on pouvait le deviner, le retour des tensions avec la Russie a suscité nombre de commentaires sur une éventuelle action concertée et secrète spécifiquement dirigée contre Poutine et accessoirement l’Iran et le Venezuela. À l’appui de cette hypothèse, le fait que les revenus globaux en devises de ces trois pays (avec le Nigeria) sont les plus sensibles à une variation des prix de l’or noir. C’est oublier que le prix de vente n’est pas le seul facteur à prendre en compte, il y a aussi le coût d’extraction et, de ce point de vue, les hydrocarbures tirés des schistes bitumineux ou de la mer (notamment au large de l’Alaska) sont beaucoup plus onéreux que le pétrole extrait des sables du désert ou de la steppe du Kazakhstan. À 80 dollars le baril, la moitié des puits américains tombent dans le rouge et en dessous, d’innombrables projets de forage tant en Europe que sur le continent américain devront être reportés sine die.

La véritable raison de la baisse des prix est tout simplement due à un excès de l’offre sur la demande et plus particulièrement sur la demande anticipée pour les douze mois qui viennent. Il suffit de peu. Aujourd’hui, la production mondiale quotidienne est encore de 91 à 92 millions de barils alors que la consommation mondiale est de 90 millions et pourrait chuter à 87 millions selon certains experts. Un excédent qui correspond pour moitié à la seule augmentation de la production des États-Unis d’une année sur l’autre. Avec une croissance en berne dans le monde entier et des prévisions de consommation pour 2015 révisées à la baisse, les producteurs américains se sont dépêchés de sécuriser des prix de vente élevés en vendant massivement sur les marchés à terme au cours de l’été. Les données fournies par le NYMEX (New York Mercantile Exchange) sont sans ambiguïté : ce sont bien eux qui ont déclenché le mouvement.

En outre, sur le marché physique (par opposition au marché financier), l’absence de concertation au sein de l’OPEP fait régner le chacun pour soi, comme en témoigne la guéguerre à laquelle se livrent le Nigeria et l’Arabie saoudite. Certains analystes estiment que cette dernière aurait récemment changé son fusil d’épaule : fini le maintien d’un prix plancher à 100 dollars le baril, la priorité désormais étant de préserver sa part de marché. De son côté, la Libye a augmenté sa production de 500.000 barils/jour au cours des derniers mois. La raison est purement interne, un accord tactique mais provisoire entre le gouvernement central et les milices régionales rebelles. Il faut rappeler ici que crise économique et gaz de schistes combinés ont fait chuter les importations américaines en provenance de l’OPEP de près de 50 % depuis 2008.

Tout se passe donc comme si l’instabilité géopolitique qui se manifeste en Afrique, au Proche-Orient et en Europe de l’Est poussait les producteurs dans une course folle pour sécuriser leur part d’un gâteau qui ne cesse de se rétrécir.

Jusqu’où le prix du pétrole va-t-il baisser ? Nul ne le sait – 75, 70 voire 60 dollars le baril ? –, les prévisions les plus pessimistes ne vont pas en dessous. En revanche, tout le monde s’accorde pour dire que la baisse n’est que provisoire. Fin novembre, la prochaine réunion de l’OPEP à Vienne promet d’être animée.

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