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Ce n’est hélas pas nouveau : l’Europe va moins bien que prévu. Les experts de la Commission européenne ont revu en baisse leurs prévisions de croissance. La correction est brutale pour les deux plus grands pays de la zone euro, l’Allemagne et la France : près de 1 point de moins, cette année comme l’an prochain. Mais les experts bruxellois expliquent en substance qu’autant le premier est solide, autant le second est fragile. Car la France devient la patrie de tous les déficits. Déficit de croissance, d’abord, puisque son activité devrait progresser de moins de 1 % l’an prochain pour la quatrième année d’affilée et qu’elle avance désormais moins vite que ses voisins. Déficit budgétaire, ensuite, car l’impasse des finances publiques devrait s’approfondir, en dépit des promesses réitérées par le gouvernement français. Dans deux ans, l’écart entre les recettes et les dépenses publiques atteindrait 4,7 % du PIB, le chiffre le plus élevé de la zone euro – dans le reste de l’Union, seule la Croatie ferait moins bien. Déficit extérieur ensuite, avec un trou qui reste obstinément au-delà de 40 milliards d’euros alors que sept pays de la zone euro ont un déficit de moins de 5 milliards et que les dix autres sont en excédent. La petite accélération de croissance prévue en 2016 suffira à faire plonger ce déficit-là vers les 50 milliards, car l’offre restera incapable de répondre à la demande.
Il n’est pas question ici de prôner l’équilibre à tout prix. D’autres pays européens ont montré combien cette quête pouvait être inutilement douloureuse. Certains déficits sont soutenables. Ceux de la France seraient aisément justifiables si elle était en train d’accomplir un effort exceptionnel d’adaptation, de remise à niveau, de changements salutaires. Mais le changement, c’était hier, dans les discours. Aujourd’hui, dans la réalité, le pays est plongé dans un dramatique déficit de réformes. Rapport après rapport, les parlementaires expliquent qu’il serait périlleux de vouloir sérieusement changer les choses. Loi après loi, ils mettent en application ce principe de précaution étouffant. Mesure après mesure, impôt après impôt, le gouvernement rajoute des couches de complexité tout en vantant son choc de simplification. La vérité, c’est qu’il est incapable de maîtriser les finances publiques, incapable de changer en profondeur un pays gravement malade en dépit de ses formidables ressources, incapable d’ouvrir la voie vers une nouvelle modernité. Le pays a déjà connu à plusieurs reprises cette triple impasse dans son histoire, provoquant à chaque fois un changement de régime. La dernière fois, c’était en 1958. Un homme providentiel nommé Charles de Gaulle a évité les chocs en tuant la IVe République. La fois d’avant, c’était en 1789
Source: lesechos.fr