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Le Conseil supérieur des programmes préconise l’abandon des notes et des moyennes à l’école. Pour Camille Bedin, cette décision signifierait, plus largement, la fin de l’idée de méritocratie.
Camille Bedin est secrétaire générale-adjointe de l’UMP et cofondatrice de la droite forte.
Dans l’éducation comme dans tant d’autres domaines, il y a des marronniers: des sujets qui reviennent régulièrement, présentés de façon démagogique pour susciter des prises de position tout aussi caricaturales. Leur avantage est majeur: politiquement, ils permettent de rassembler les camps dans une lutte absconse mais mobilisatrice. Najat Vallaud-Belkacem a utilisé ce procédé avec la fin du redoublement ; elle est en train de le faire à nouveau avec la suppression des notes à l’école.
La ministre est aussi fine tacticienne qui piètre visionnaire en matière éducative. Certainement sincère dans son engagement, elle se fait guider par quelques experts idéologues et se laisse emporter dans une manœuvre militante qui, à défaut de servir l’intérêt des élèves, alimente l’échec de notre système éducatif.
En proposant de supprimer les notes, Madame Vallaud-Belkacem cède à la frange militante des «pédago», inextricablement associés au Parti socialiste. Ces activistes politiques, qui n’ont souvent pas vu d’enfants depuis longtemps, agissent de façon déterminée pour imposer à l’ensemble de l’Education nationale leur vision pédagogique. Avec patience, ils reviennent à la charge en faisant pression sur les ministres de Gauche: déjà, en juin, Benoît Hamon avait parlé de supprimer les notes.
Dans notre système scolaire, un cénacle autorisé, composé d’universitaires et de syndicalistes bon teints, suffit à décider de la vie de centaines de milliers d’enseignants et de l’apprentissage de millions d’élèves. Tout cela, autour d’un bureau lambrissé du ministère. Convaincus de leur supériorité idéologique, pédagogique et morale, ils n’acceptent pas les divergences et n’envisagent même pas la pluralité des solutions éducatives. En dehors de leur doxa, point de salut. Les innovateurs sont des déviants. Ceux qui transgressent les dogmes sont excommuniés.
Par la même occasion, la Ministre s’offre un petit plaisir politique égocentriste: celui de prendre, le temps de la journée, la tête de la lutte des «progressistes» contre les «forces du mal conservatrices». Et, à n’en pas douter, celles-ci, caricaturées, réagiront forcément avec véhémence à cette suppression des notes, agitée comme une provocation. Une nouvelle fois, notre pays traversera une polémique inutile dont il a le secret: celle qui confronte des positions théoriques et idéologiques, sans laisser la place au pragmatisme et à la réalité du terrain. La polémique va brasser du vent, accoucher du vide. L’intérêt des enfants est totalement absent.
Supprimer les notes n’a de sens que si l’on réfléchit à un mode d’évaluation alternative. Chacun sait que notre système d’évaluation doit évaluer, car il pénalise, condamne, écrase de culpabilité les élèves, au lieu de les encourager, de valider leurs acquis, de sanctionner leurs connaissances et de développer leurs talents. Des expérimentations peuvent être faites, qui utilisent ici un mode d’évaluation nouveau, ou d’autres qui mettent en place un système plus strict. En réalité, notre système scolaire devrait permettre à chaque établissement de définir les modalités d’évaluation les plus adaptées à son projet pédagogique, au regard de ses élèves.
Malheureusement, cette voie pragmatique de la réalité est aujourd’hui interdite et punie par l’autorité administrative centrale de Madame Vallaud-Belkacem. Car ce qui se cache derrière le projet idéologique, ce n’est pas la fin des notes, c’est la fin de l’évaluation et de l’idée de méritocratie. Les «pédago» socialistes refusent l’idée même d’établir une hiérarchie entre les performances scolaires. Dans un renversement intellectuel total, ils en viennent à expliquer que la note ne signale pas la difficulté de l’enfant mais, au contraire, qu’elle la détermine. Pour ne plus voir la maladie de notre système éducatif, ils exigent que l’on brise les thermomètres.
Si la droite revient au pouvoir, elle devra veiller à ne pas tomber dans le piège du socialisme éducatif, en voulant à son tour imposer, centraliser une vision tout aussi idéologique. Décréter que l’on rétablira partout un système de notation uniforme et obligatoire, serait aussi abscons que défendre bec et ongles sa suppression absolue: cela déclenchera les mêmes polémiques et sera tout aussi peu bénéfique aux élèves. L’UMP a l’occasion de préparer un vrai projet éducatif, fondé sur les réussites du terrain, mettant fin à l’idéologie des marronniers pour laisser place aux initiatives qui marchent: il faut saisir cette occasion!