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Par Richard Labévière

Deuxième grande opération terrestre de l’OTAN, la guerre du Kosovo a marqué un tournant dans l’histoire des opérations extérieures. Le 8 février 2014, une prise d’armes dans le camp de Novo-Sélo a scellé la fin de l’engagement des troupes françaises dans cette guerre. En quinze ans, la France y a déployé près de cent mille hommes. Un livre nous permets de revenir sur cette période.

Une patrouille commune de troupes de l’Otan et de troupes serbes, sur une ligne de crête frontalière, en 2007. Les soldats serbes sont ceux qui portent le casque en bandoulière (photo Mindef).

Une patrouille commune de troupes de l’Otan et de troupes serbes, sur une ligne de crête frontalière, en 2007. Les soldats serbes sont ceux qui portent le casque en bandoulière (photo Mindef).

Le colonel Jacques Hogard n’est pas le premier venu… Après avoir pris une retraite anticipée en 2000, il a fondé et dirige depuis l’une des sociétés de conseil en intelligence stratégique et en diplomatie d’entreprises les plus sérieuses d’Europe. En 2005, avec son premier livre : Les larmes de l’honneur : 60 jours dans la tourmente du Rwanda 1 -, il avait rétabli la vérité sur la terrible période des génocides rwandais, sur l’engagement de la France et son opération Turquoise (menée conformément à la résolution 9291 du Conseil de sécurité des Nations unies pour « mettre fin aux massacres partout où cela sera possible, éventuellement en utilisant la force »). Ce faisant, il rectifiait aussi toutes les fantasmagories véhiculées par la grande presse et les « ONG » au service du dictateur Paul Kagamé. Pas mal !

Issu de la Légion étrangère et familier des opérations spéciales, cet officier parachutiste revient aujourd’hui dans le débat stratégique avec un deuxième livre exceptionnel, courageux et salutaire 2 au sujet de la guerre du Kosovo. Entre 1996 et 1999, la République fédérale de Yougoslavie (RFY) est confrontée à la rébellion séparatiste albanophone sur le territoire du Kosovo, province considérée par les Serbes comme le cœur historique, culturel et spirituel de leur nation. « Mais qui n’a pas vu, qui n’a pas visité, qui n’a pas prié dans les monastères de Visoki Decani, de Gracanica ou de Pec, ne peut vraiment réaliser le poids de l’histoire qui se confond ici avec la foi orthodoxe du peuple serbe… », écrit Jacques Hogard ; « le Kosovo constitue aussi un enjeu pour l’Europe. Nous sommes sur l’épicentre d’une ligne de fractures qui, depuis des temps anciens, sépare la civilisation chrétienne du monde musulman ».

La création d’une milice.

Selon Stravo Skendi, historien américain d’origine albanaise : « les Albanais du Kosovo, majoritairement musulmans s’étaient religieusement identifiés aux Turcs et, au travers de ceux-ci, avec l’empire ottoman. C’est pourquoi ils considéraient les Chrétiens, ennemis de la Turquie, comme leurs propres ennemis. Toutefois, en ce qui concerne les Slaves, la haine des Albanais du Kosovo n’était pas fondée uniquement sur la religion – bien que celle-ci ne fit que la renforcer -, mais sur une différence ethnique ».

Patron du groupement des forces spéciales françaises opérant sous commandement britannique, le colonel Jacques Hogard découvre les incohérences, sinon les injustices du théâtre balkanique. Immédiatement confronté aux dures réalités du terrain, il est pris en tenaille entre les idées reçues en vigueur dans sa coalition militaire et la réalité des faits, entre l’agenda de l’OTAN, de l’Union européenne et la fidélité à cette vieille et longue amitié franco-serbe scellée dans le sang versé au cours des deux guerres mondiales. En temps réel, il voit se créer, avec la complicité de nos vieilles « démocraties-témoins », un Etat musulman intolérant, corrompu, sinon mafieux au cœur de l’Europe.

En 1999 et sans véritable mandat des Nations unies, l’OTAN décide d’attaquer la RFY pour venir en aide à la rébellion kosovarde. De mars à juin, l’aviation alliée bombarde sans relâche la Serbie… Mais derrières un paravent droit-de-l’hommiste simplet, dualiste et injuste, cette « guerre humanitaire » a un agenda caché parfaitement clair : « l’objectif inavoué, mais bien réel, est de faire une « deuxième Bosnie », mieux placée encore pour consolider l’arc tendu par les Etats-Unis entre la mer Caspienne et l’Adriatique », précise Jacques Hogard. En effet, on retrouve ici la vieille obsession de Zbigniew Brzezinski – l’ancien conseiller à la sécurité de Jimmy Carter qui inspire aujourd’hui la diplomatie de Barack Obama : contrôler l’Eurasie, la transversale de Marco Polo qui va de Venise à Vladivostok afin de contenir la Chine et la Russie…

Les prostituées de Thaci…

Pour ce faire, la coalition occidentale fabrique de toutes pièces une milice, l’UCK – pseudo armée de libération du Kosovo – qui se livre aux trafics de drogue et d’organes. L’un de ses chefs – Hashim Thaçi – qui fascina la secrétaire d’Etat Madeleine Albright dont elle disait qu’elle aurait « aimé avoir un fils comme lui… », n’hésite pas à faire payer au Quai d’Orsay les prostituées qu’il reçoit durant la conférence de Rambouillet 3 . Edifiant ! Sur le terrain, face à cette bande de voyous, avec ses hommes, le colonel Hogard en viendra à protéger les populations et les monastères serbes livrés à une soldatesque bénéficiant de l’appui… de commandos britanniques ! « La capture de ces « héroïques résistants kosovars », ainsi qu’ose les appeler alors sans honte Bernard Kouchner, s’accompagne de la saisie de l’un de leurs véhicules, un rutilant 4X4 Mercedes naturellement volé en Suisse, mais surtout de documents importants », témoigne le colonel. Evidemment, de ces fameux documents, nous n’entendrons plus parler !

Sans jamais être désavoué par sa chaîne française de commandement, le colonel Jacques Hogard sauve nombre de civils tout en dressant ce constat amer : « Oui ! L’Europe – du moins, une certaine Europe – est bien morte à Pristina, hélas, en ce triste été 1999 ». Comme lui écrira plus tard, en 2004 (juste après les pogroms anti-serbes organisés sur toute l’étendue du Kosovo par l’UCK sous l’œil plutôt favorable de l’OTAN et de l’UE) Mgr Luka, évêque serbe orthodoxe en charge du diocèse de France et d’Europe occidentale : « la tragédie vécue récemment par les Serbes du Kosovo et Métochie illustre encore davantage le caractère exemplaire de l’action que vous avez menée en juin 1999 pour protéger nos sœurs du monastère de Devic. Encore une fois, Honneur à vous mon Colonel, et merci ! »

C’est autre chose que le pipi de chat de la pièce de Bernard-Henri Lévy – Hôtel de l’Europe -, interprété par ce pauvre Jacques Weber. Mais qu’allait-il faire dans cette galère ? En définitive, plus qu’un simple témoignage, le livre du colonel Jacques Hogard constitue, d’ores et déjà, une pièce historique à verser au dossier de l’asservissement de l’Europe aux intérêts de l’hyper-puissance américaine…

1 Jacques Hogard : Les larmes de l’honneur – 60 jours dans la tourmente du Rwanda. Editions Hugo et Compagnie, 2005.

2 Jacques Hogard : L’Europe est morte à Pristina – Guerre du Kosovo (printemps – été 1999). Editions Hugo et Compagnie, mai 2014.

3 La conférence de Rambouillet est le nom donné au cycle de négociations menées entre février et mars 1999 au château de Rambouillet entre l’UCK et la Serbie, sous l’égide du groupe de contact. Menées en deux temps, ces négociations se sont finalement soldées par un échec malgré l’acceptation d’un plan de paix par la Serbie. Préprogrammés, les bombardements de l’OTAN suivirent cette farce diplomatique.

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