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BASLE Jean-Luc

La tuerie dans les locaux de l’hebdomadaire satirique est inqualifiable.
L’émotion légitime et l’élan de solidarité que suscite ce drame nous incitent à nous interroger sur cette notion de liberté à laquelle ses victimes étaient tant attachées.
Éric Zemmour est voué aux gémonies pour un mot qu’il n’a pas prononcé.
Michel Houellebecq est salué pour un roman tendancieux.
Et Charlie Hebdo est pleuré pour des caricatures jugées offensantes par certains.
Pourquoi la liberté accordée à Charlie Hebdo est-elle refusée à Zemmour et tolérée chez Houellebecq ?
Qu’y a-t-il d’offensant chez l’un qu’on ne retrouve pas chez les autres ?
Qu’elle est cette liberté qui nous est si chère ?

Clémenceau nous demande d’en faire bon usage : « la liberté c’est se discipliner soi-même pour n’être pas discipliné par les autres ».
Bernanos, dans un ouvrage intitulé : « La liberté pour quoi faire ? », s’interroge sur ce que nous en faisons.
Chacun de nous a son idée de la liberté. Cette idée qui nous est propre, s’inscrit dans une vision plus large de la société telle que nous la concevons. Pour les uns, il est interdit d’interdire, selon la formule soixante-huitarde. Pour les autres, tout doit être normé. Entre ces deux extrêmes s’inscrivent de nombreuses variantes.
Quelle que soit notre vision, nous souhaitons qu’elle s’impose aux autres. Éric Zemmour est libre d’écrire ce qu’il veut, mais par l’oukase que nous lui adressons, nous bornons sa liberté. Ainsi, par un cheminement imprévu, la liberté se transforme-t-elle en instrument politique. Cette liberté liberticide rappelle cette admonestation de Saint-Just : « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté » et les sombres heures de la Terreur. Aujourd’hui comme hier, certains sont passés maîtres dans cet usage dévoyé de la liberté pour parvenir à leurs fins.
Pourquoi condamner l’analyse de faits historiques incontestables et encenser des caricatures excessives ou maladroites ? Quelle est cette liberté qui juge et condamne ? Clémenceau et Bernanos dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils ne partageaient pas la même vision des choses, approuveraient-ils l’usage que nous en faisons ?

La tuerie de Charly Hebdo a soulevé une vague d’émotion compréhensible et justifiée.
Elle ne doit cependant pas nous aveugler. (1) Ses auteurs, aussi infâmes soient-ils, doivent être jugés dans le respect de nos traditions.
Ainsi, en refusant de nous soumettre à nos émotions, serons-nous libres.

(1) La Riposte laïque invite les Français à un grand rassemblement le 18 janvier « afin d’exiger que tous les islamistes soient boutés hors de France ».

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