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Enseigner les valeurs républicaines, filière terroriste, Najat Vallaud-Belkacem, vivre-ensemble
JEAN-BAPTISTE FRANÇOIS
La ministre de l’éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, a rencontré lundi 12 janvier les principaux acteurs de la communauté scolaire et universitaire, dans le but de lancer une « grande mobilisation » pour la liberté de conscience et d’expression.
Pablo PORLAN/CIRIC/ -Après l’attendant de Charlie Hebdo, la mairie de Bussy Saint George a organisé, le 8 janvier, un rassemblement républicain pendant lequel les enfants de la ville ont lu des poèmes.
Faire passer les scènes de fraternisation saluées dimanche 11 janvier de la rue aux salles de classe. Tout un programme.
En rencontrant dès le lundi 12 janvier les syndicats du monde de l’éducation et les fédérations de parents d’élèves, puis en réunissant mardi 13 janvier les recteurs d’académie en présence de Manuel Valls, la ministre de l’éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem ambitionne de transformer l’essai.
Ne pas minimiser les incidents
Ce n’est pas gagné. Sur 64 000 établissements scolaires en France, au moins 70 auraient connu une minute de silence perturbée, jeudi 8 janvier, en hommage aux victimes de Charlie Hebdo, de source officielle.
Des cas d’incivilité « pris très au sérieux » par les autorités. Alain Seksig, inspecteur général de l’éducation nationale à Paris, s’inquiète notamment d’appels inquiets en provenance de lycées du 19e arrondissement de Paris faisant état d’élèves qui affichent ouvertement leur sympathie pour la « filière terroriste des Buttes-Chaumont ». « Il ne faut pas être dans le déni ou minimiser ces incidents », déclare cet ancien membre du Haut conseil à l’intégration (HCI).
Reste à savoir comment les éviter lorsqu’on est sur le terrain. Gilbert Longhi, ancien proviseur aujourd’hui enseignant-chercheur à l’Observatoire déontologique de l’enseignement, avoue ne pas avoir de recette miracle.
« Il est très difficile d’infléchir tout le soubassement psychosocial qui mène à ces comportements, de même qu’il est très difficile d’avoir un discours efficace à l’école en matière de drogues, par exemple, parce que cela dépasse en partie le terrain de l’école ».
Enseigner les valeurs républicaines
Il y a pourtant des choses à faire. À partir de la rentrée prochaine, un enseignement laïc de la morale sera abordé dans les programmes scolaires, en application de la loi sur la refondation de l’école.
Et depuis 2008, les programmes de CE2, CM1, CM2 comprennent un chapitre sur la « culture humaniste » qui mentionne l’ouverture d’esprit des élèves « à la diversité et à l’évolution des civilisations, des sociétés, des territoires, des faits religieux et des arts ».
Enfin, les grandes valeurs républicaines sont en principe enseignées dans le secondaire dans le cadre de l’éducation civique. Mais ces thématiques ne sont en réalité que peu abordées, soit parce que les professeurs ne se sentent pas assez soutenus dans cette mission, soit parce qu’ils sont peu enclins à s’aventurer sur un terrain glissant.
Au delà des professeurs, le recours aux spécialistes
Pour contourner le problème, Gilbert Longhi prône le recours à des interventions extérieures prises en charge par des associations agréées et au travail collectif des équipes éducatives : « Aujourd’hui, le principal bagage du professeur pour aborder ces questions, c’est sa propre culture, ses propres convictions politiques, voire ses propres origines. Il n’a pas l’équipement nécessaire ».
Une lacune que la ministre de l’éducation nationale a tenté de combler le 8 janvier, au lendemain de la tuerie de Charlie Hebdo, en mettant à disposition des enseignants des outils pédagogiques adaptés.
Il faut aller encore plus loin, estime Fouzia Oukazi, professeur d’histoire-géographie dans un lycée de Morangis (Essonne). L’enseignante, pour parfaire ses connaissances sur le fait religieux, a suivi de son propre chef un mastère qui n’existe pas dans la formation continue des enseignants.
« C’est à l’école de repousser les certitudes et les dogmes, lorsqu’un élève pense que le Coran oblige à porter le voile, qu’un non-croyant n’est pas quelqu’un de bien, ou qu’il est possible de tuer au nom de Dieu. Pour ce faire, il faut le confronter aux textes de manière dépassionnée et lui montrer qu’il a tort », explique-t-elle.
« Comment vivre ensemble ? »Sur le plan des méthodes d’enseignement, le pédopsychiatre Xavier Pommereau estime également que l’éducation nationale pourrait s’améliorer. Car on n’aborde pas la question de la liberté de conscience au primaire comme au lycée.
Dans les petites classes, le médecin recommande plutôt de répondre aux interrogations qui se posent sans les devancer. « Un enfant rapportera d’abord les événements à son propre cas plutôt que de les traduire en valeurs abstraites », explique-t-il. « Dans un deuxième temps, on peut se demander avec ses élèves comment vivre ensemble en paix malgré nos différences, s’interroger sur le rôle de l’humour, qui ne doit pas être vécu sur le mode de l’humiliation », poursuit-il.