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Le gouvernement veut pouvoir mettre sur écoute les échanges qui passent par les réseaux sociaux. Le texte est déjà prêt.
La chasse aux apprentis terroristes, à ceux qui les « inspirent » ou défendent leurs visées par le verbe, est lancée. Hier, au lendemain du discours offensif de Manuel Valls devant les députés, le ministère de la Justice a annoncé l’ouverture de 54 procédures « pour apologie du terrorisme » depuis les attentats de la semaine dernière, dont Al Qaida au Yémen a revendiqué la paternité. C’est pour ce motif que Dieudonné M’bala M’bala, qui a notamment ironisé sur la décapitation du journaliste James Foley par l’Etat islamique, sera jugé en correctionnelle, selon l’AFP.
Que ce soit pour une prise de parole raciste, antisémite, ou une déclaration encourageant le recours au terrorisme, Christiane Taubira ne laissera rien passer. La garde des Sceaux, pour bien se faire entendre, a rendu publique hier la circulaire transmise aux parquets où elle leur enjoint de faire preuve de « réactivité » et de « fermeté » envers les prosélytes du racisme et du terrorisme.
Aucun des échanges qui circulent via Internet sur tous ces sujets ne devrait bientôt plus pouvoir échapper à la vigilance des services du Renseignement. Surtout s’ils permettent de déceler les préparatifs d’une future action criminelle. Un danger que l’exécutif veut prévenir en renforçant le dispositif législatif actuel. Des mesures « d’amélioration » seront examinées mercredi en Conseil des ministres a annoncé hier Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement, peu après que Jean-Jacques Urvoas, député PS, a levé un coin du voile sur Europe 1.
1.000 recrutements prévus
La loi sur le Renseignement, à laquelle il travaille depuis plusieurs mois, est « prête » et « écrite » à « quelques ajustements près », a indiqué hier le président de la délégation parlementaire au Renseignement. Pour combler les failles révélées par l’attentat contre « Charlie Hebdo », les écoutes téléphoniques seraient étendues aux communications audio et vidéo échangées sur la Toile. « Tout ce qui est sur Internet est moins cher et plus facile d’accès pour tout le monde et nous ne pouvons pas y accéder juridiquement », déplore Jean-Jacques Urvoas. Des applications comme Skype, WhatsApp ou Viber, sont concernées par cette extension des écoutes administratives dont il est question, c’est un point clef, d’assouplir le régime d’autorisation.
La pose de balises sous les voitures ainsi que celle, en toute discrétion, de micros et de caméras dans les lieux privés devraient être aussi facilitées au plan légal. Enfin, 1.000 personnes de plus vont être recrutées d’ici à 2017 au service du Renseignement, portant l’effectif total à environ 14.000 collaborateurs, a assuré le député du Finistère.
Ces premières annonces ont été plutôt bien accueillies hier, mais pas toujours sans réserve. Emmanuelle Cosse, la secrétaire nationale d’Europe Ecologie-Les Verts a « mis en garde » le gouvernement contre une tentation de se livrer à une « gesticulation sécuritaire ». Les professionnels du Net s’inquiètent aussi. Pour l’Aspic, qui regroupe les opérateurs de réseaux sociaux, « toute nouvelle mesure législative et réglementaire devra respecter l’ensemble des libertés ».