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Mon discours ce samedi lors du Conseil national de l’UMP
Cher Nicolas, Mes chers amis,
Notre nation traverse une crise existentielle qui se nourrit d’une absence d’horizon commun.
Tous les soirs, nous nous demandons de quoi sera fait le lendemain, et tous les matins, des milliards d’êtres humains se lèvent en disant que le Progrès est à portée de leurs mains.
Le Progrès ? Nous ne savons même plus ce que ce terme signifie; pire, il nous angoisse.
Quel avenir pouvons nous promettre aux Français dans cet océan d’incertitudes et de menaces ?
Un avenir débarrassé de la hantise du déclin.
Un avenir où le dépassement de soi est encore possible.
Une France libre débarrassée de ses préjugés contre la réussite et la concurrence.
Une France fraternelle, où les individus sont jugés sur leurs mérites et leur civisme et pas sur leurs origines.
Que la France redevienne la première puissance européenne puisque sa démographie, son niveau d’éducation, sa recherche, ses infrastructures, son patrimoine culturel et naturel, son agriculture, ses forces armées le lui permettraient.
Si nous sommes ensemble, puisque c’est la question que tous les observateurs se posent aujourd’hui, c’est pour une grande idée de la France pour laquelle je veux, avec vous, me battre avec une détermination redoublée.
Et si je parle de bataille, c’est parce que je vois tous ces orages au milieu desquels nous devons tracer un chemin de sortie.
L’orage, c’est le totalitarisme islamique qui a déclaré la guerre à l’humanité.
A cinq heures d’avions de Paris, on égorge, on brûle vivant un prisonnier dans une cage, on vend des femmes sur les marchés, on détruit des églises, on dynamite des mosquées séculaires.
«L’Enfer, c’est là où il n’y a pas de pourquoi», écrivait Primo Lévy.
Non, pour ces fanatiques, il n’y a de place au «pourquoi».
Contre eux nous sommes en guerre, et pour gagner cette guerre, nous devrons mobiliser toute la communauté internationale, et parmi elle, l’Iran et la Russie.
La première a une influence sur les chiites ; la seconde sur le régime baasiste.
Que ces Etats nous déplaisent, qu’ils ne répondent pas à tous nos principes, c’est vrai.
Mais réalisme oblige, c’est bien une nouvelle donne diplomatique qu’il faut bâtir.
Le monde est devenu multipolaire, la pensée binaire est caduque.
Nous ne pouvons plus avoir pour seule lecture les manuels de l’Otan et pour premier guide, nos amis américains.
Depuis des mois, j’exhorte François Hollande et Angela Merkel à se rendre ensemble à Moscou.
Le conflit ukrainien ne sera pas résolu sans un accord avec le président russe et la crise syrienne non plus.
Que de temps perdu pour comprendre que la Russie est une puissance qui a ses dérives, mais qui respecte la puissance européenne, dès lors qu’elle s’exerce avec résolution et discernement.
Le monde est en désordre, et le virus terroriste s’est glissé parmi nous.
La riposte doit être implacable.
Apprentis djihadistes, prêcheurs de haine, combattants aguerris, tous doivent être surveillés, pourchassés, condamnés.
Et j’ajoute à cela la responsabilité qui revient à nos concitoyens musulmans de se soulever contre ceux qui instrumentalisent la foi, car c’est aussi une bataille idéologique qu’il faut livrer sans état d’âme.
Notre nation connait le prix sanglant des guerres de religion, et le combat pour la laïcité ne date pas d’aujourd’hui.
Ce que l’Etat a autrefois exigé de la religion catholique, il doit l’exiger aujourd’hui de la religion musulmane.
Et ceux qui ne le comprennent pas doivent être sanctionnés.
Le 7 janvier dernier, le policier qui a été assassiné à terre s’appelait Ahmed Merabet. Il était serviteur de l’Etat, protecteur de nos libertés, il était franco-algérien.
Les fanatiques rêvent d’un choc des civilisations.
L’UMP ne cède pas aux amalgames, il ne divise pas les Français, il rappelle, comme le Général de Gaulle, qu’il n’y a que deux catégories d’individus: «ceux qui font leur devoir et ceux qui ne le font pas»
Dans cet environnement oppressant, l’Europe devrait être notre bouclier.
Loin de ça, elle patauge dans les hésitations et nourrit tous les populismes.
Qu’on puisse, sans réagir, entendre les partisans d’un retour du Franc et d’une sortie de l’Union européenne tenir le haut du pavé, en dit long sur la capitulation intellectuelle face aux mensonges.
Si les électeurs du Doubs pensent une seconde que le Front national peut les aider à préserver l’identité de la France, à sauver leurs emplois et leurs industries, qu’ils regardent bien son programme qui n’est rien d’autre qu’un sabordage en plein océan de la mondialisation.
Abandon de l’ euro, renoncement à la Politique Agricole Commune, verrouillage des frontières, retour à la retraite à 60 ans, réhabilitation des dépenses publiques : c’est la recette d’un déclin accéléré qui conduira inexorablement au désordre et à la violence.
L’extrême droite dénonce une collusion UMPS qui n’existe pas. La seule collusion que je vois c’est celle entre son projet et celui de l’extrême gauche.
Oh, que les technocraties aient une part de responsabilité dans le désaveu de l’Europe est un fait. Mais l’essentiel n’est pas là !
Où sont les grands patriotes et les grands européens qui sauront expliquer que dans un monde de 7 milliards d’habitants, la solidarité des 500.000 millions d’européens est tout simplement vitale.
Actuellement, trois pays parmi les 28 Etats européens jouent gros, et pour tous, avec les risques que cela induit.
La Grèce, qui doit être respectée, mais qui doit respecter ses partenaires car ses fautes ne sont pas les nôtres.
Qu’il faille réfléchir aux modalités de remboursement de sa dette, c’est compréhensible, et il serait cruel d’opposer une simple fin de non-recevoir à un peuple qui a exprimé ses souffrances.
Mais le contrat doit être clair : on ne peut être dans l’Union européenne en rompant ses obligations et en plantant tous les autres peuples qui ont fait des efforts.
Le Royaume Uni joue lui aussi une partie risquée pour tous.
Sous la pression des europhobes, ce pays est à deux doigts de quitter l’Europe.
Certains se réjouissent secrètement de voir l’Angleterre rejoindre le grand large. Pas moi ! Son départ serait un choc politique et économique qui pourrait s’avérer mortel pour l’Union Européenne.
Il est temps que la France et l’Allemagne réfléchissent à la réponse à apporter aux Britanniques sur les deux sujets qui les préoccupent : l’immigration et la subsidiarité.
Il faut engager un dialogue avec David Cameron pour dissiper les ambiguïtés et transformer une menace en opportunité de réformer une gouvernance européenne à bout de souffle !
Reste le dernier pays qui joue gros pour tous. Je veux malheureusement parler de la France.
Elle devrait être la première puissance européenne.
Or, elle est, parmi ses membres, celle qui ne respecte pas ses objectifs en matière de déficit, celle qui fait des vraies fausses réformes, celle dont la croissance est l’une des plus faibles de l’Union européenne et l’un des taux de chômage qui continue d’augmenter.
Notre pays décroche. Oui l’orage est aussi là.
Il a perdu son rang de 5ème puissance mondiale.
La déflation menace, le chômage explose, les investissements sont en panne, la production industrielle est à son niveau de 1996, les déficits continuent de croitre et avec eux la dette. Les talents et les fortunes s’enfuient, voilà la réalité.
Nous avons tous une part de responsabilité, mais la culpabilité de François Hollande ne se discute plus.
Il a été élu sur des promesses intenables, il a abrogé les mesures prises par Nicolas Sarkozy et moi-même qui auraient pu être utiles à la croissance, il n’a pas réformé, il a beaucoup dépensé, il a fait la leçon à l’ «adversaire de la finance» avant de lui faire la cour, il a accablé les entrepreneurs avant de les supplier d’être patriotes, il a illusionné les Français sur la baisse du chômage…
Je l’ai écouté lors de sa conférence de presse : je n’ai rien entendu qui puisse redresser l’économie française.
Tout a été fait, nous dit-il. On attend !
On attend quoi Monsieur le Président ?
Que notre croissance atteigne péniblement les 1%. Que le chômage veuille bien se stabiliser à des niveaux record ?
100.000 demandeurs d’emplois de plus en 2015, nous dit l’Unedic.
Tout devrait être entrepris pour enrayer la spirale du chômage et nourrir la croissance. Au lieu de cela, on débat à l’Assemblée Nationale, du statut des notaires, du travail dominical et du transport par autocar…
Le bateau sombre et le gouvernement écope avec un verre d’eau.
Il y a cinq mois, j’ai recommandé au Président de la République d’établir en lien avec l’opposition un agenda national, ciblé sur quelques réformes radicales et immédiates :
Les intérêts de la France peuvent bien transcender ceux des partis, mais cet appel est resté sans réponse…
C’est bien de parler d’unité nationale, mais ce serait beaucoup mieux de la concrétiser contre la crise qui saigne le pays.
Si nous ne changeons pas radicalement de politique économique la France déclinera inexorablement et cette glissade mène au désordre et à la violence.
L’UMP doit être le parti du redressement.
Cela signifie clarté et courage.
Si l’on considère que les 35 H font du mal à la France, on ne tergiverse plus, on les abroge.
Si l’on admet que les régimes de retraite sont dans l’impasse, on ne biaise pas, on porte l’âge légal de départ à 65 ans.
Si l’on pense que le code du travail est l’ennemi de l’emploi, on le réécrit.
Peut-on battre la gauche et enrayer l’extrême droite, non par défaut, non par le biais des promesses intenables, mais en proposant un choc de liberté pour relancer la France ?
Voilà la grande question de notre démocratie qui a été si longtemps shootée aux illusions.
Les experts et les sondages répondront «non».
Moi je dis «oui» !
Les jeunes qui se fracassent contre le mur du marché de l’emploi, les familles qui ont du mal à terminer le mois, les entrepreneurs et les artisans qui croulent sous la paperasse, ceux-là n’ont pas peur du changement !
Avec des paroles de vérité, avec de l’action, avec le courage d’oser – oser ce que nous n’avons pas osé faire, les uns comme les autres, nous pouvons relancer la France !
Ce qui est en cause, ça n’est pas le génie français, c’est notre système. Et un système ca se change !
L’UMP doit être le parti de la rupture… et du rassemblement !
Du non-respect des minutes de silence aux sifflements de la Marseillaise dans nos stades, des replis communautaires au culte de l’individualisme, où est l’esprit républicain, où est la cohésion ?
Au lieu d’être incités à dire «et moi et moi et moi», il faut encourager les Français à dire «et nous» !
Comment agir ?
D’abord par l’Ecole, qui doit être le lieu sacré du savoir et de la fraternité.
Que manque-t-il à notre système éducatif ?
De l’autorité !
C’est à dire des établissements autonomes avec à leur tête un vrai patron qui dispose d’un pouvoir hiérarchique sur les enseignants, qui puisse choisir ses équipes et adapter son projet pédagogique aux réalités du terrain.
Une concentration des efforts éducatifs autour de la transmission des savoirs fondamentaux.
Une présence renforcée des enseignants dans leurs établissements afin d’assurer des missions de soutien éducatif et de discipline.
Une grande ouverture sur le monde professionnel car l’alternance et l’apprentissage sont les meilleurs outils pour lutter contre le chômage des jeunes.
On parle beaucoup d’une réhabilitation du service militaire ou de l’extension du service civique…
On peut y réfléchir à condition de ne pas détruire la seule armée véritablement opérationnelle sur le continent européen, mais c’est bien avant 18 ans qu’il faut éduquer, faire partager des valeurs républicaines et civiques.
Bref, c’est à l’Ecole et au Collège qu’on doit apprendre à se respecter et à respecter les règles !
Et s’il faut pour cela des symboles forts, je propose de développer l’uniforme à l’Ecole, comme il existe dans nos territoires d’outre-mer, dans certaines de nos écoles privées ou en Angleterre.
Avec l’uniforme scolaire, on rappellera que dans l’Ecole de la République chacun est l’égal de l’autre.
Mais à côté de l’Ecole, l’UMP doit rappeler le rôle de la famille et la défendre.
L’Etat ne peut pas et ne doit pas s’occuper de tout.
C’est aux parents de dire à leurs enfants ce qu’est le bien et le mal.
C’est à eux d’expliquer que l’élève n’est pas l’égal de son professeur.
C’est à eux de surveiller ce que leurs adolescents regardent sur le net.
C’est à eux de faire aimer la France.
Et s’ils ne font pas tout ça, alors la collectivité est en droit de leur demander des comptes !
Enfin l’unité nationale exige que soient éradiqué les ghettos qui nourrissent le sentiment d’exclusion.
Nous avons, depuis vingt ans, beaucoup investit dans les quartiers pour y changer la vie.
Si nos efforts n’ont pas suffit, c’est parce que nous avons du faire face à un flux d’immigration que nous n’étions pas capable d’absorber.
Pour assimiler tous ceux qui ont choisi légalement de vivre en France nous avons le devoir de mettre en place des quotas d’immigration, c’est à dire de décider chaque année au Parlement, en toute transparence combien d’étrangers nous souhaitons accueillir sur notre sol, quelles sont les qualifications que nous recherchons hors de nos frontières et vers quelles régions du monde nous voulons prioritairement nous tourner.
Voilà, Nicolas, voilà mes amis, mes convictions.
Ce Congrès constitue une étape.
Chacun de nous doit l’aborder avec un sens aigu de l’intérêt général. Car le désarroi et la colère qui tenaillent le peuple français sont profonds.
Nous sommes sommés de nous réinventer et invités à redonner à la politique la noblesse qu’elle a perdue.
Pour ceux qui en doutaient, les échecs de la majorité socialiste ne font pas mécaniquement les victoires de l’opposition.
Ces victoires, il va falloir les arracher, et nous allons le faire ensemble.
Canton par canton, région par région, nous irons partout où les impuissances du gouvernement ruine les espérances.
Canton par canton, région par région, nous serons partout où les mensonges de l’extrême droite se propagent.
Canton par canton, région par région, nous allons nous battre ensemble, pour la France et pour la République.