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 par Louis-Joseph DELANGLADE

Fallait-il y aller ? Oui, bien évidemment. D’abord parce qu’en se déplaçant ensemble, Mme Merkel et M. Hollande ont réaffirmé, une fois de plus, la primauté des Etats sur l’Union européenne – contredisant ainsi les sirènes de la démagogie européiste. Ensuite, parce que laisser la main aux seuls Etats-Unis (M. Kerry a quand même précédé le duo franco-allemand à Kiev) eût été une faute impardonnable. En effet, même si ces derniers continuent de privilégier la voie diplomatique, ils envisagent désormais sérieusement la possibilité de livrer des armes à l’Ukraine. Certes, il s’agirait d’armes défensives, mais jusqu’à quand ?

Il fallait donc faire quelque chose pour éviter l’engrenage stupide et catastrophique vers lequel nous pousse l’aveuglement américain, lequel est, historiquement, à l’origine de l’essentiel du problème, la politique de la Russie sur son flanc occidental répondant à l’instrumentalisation de l’Ukraine par les Etats-Unis et à l’attitude agressive de l’OTAN depuis la fin de l’Union soviétique. Ainsi vient-on d’apprendre que l’Organisation a pris de nouvelles mesures dites de « réassurance » de ses pays membres contre l’attitude de la Russie (création de six nouveaux centres de commandement et d’un nouveau quartier général en Pologne et augmentation de treize à trente mille hommes de la force de réaction rapide « fer de lance ») : on est en plein délire belliciste.

C’est un fait : la Russie n’est pas morte avec l’Union soviétique et elle est moins que jamais décidée à accepter le diktat américain. Se déplacer à Moscou, c’était évidemment reconnaître à M. Poutine une stature que, par ailleurs, on lui dénie depuis des mois, celle de maître du jeu. Le voici donc dans la situation du faiseur de paix ou de guerre. Acceptera-t-il les propositions de Mme Merkel et de M. Hollande (cessez-le-feu, fermeture de la frontière, fédéralisation de l’Ukraine) ? Peut-être. D’autant que M. Hollande vient d’affirmer que la France n’est pas favorable à l’entrée de l’Ukraine dans l’Alliance atlantique. Comme le dit M. Guetta (France Inter, vendredi) : « Vladimir Poutine tient aujourd’hui l’occasion de sortir de cette crise […]. C’est d’autant moins négligeable pour lui qu’il pourrait se targuer d’avoir tenu l’Otan à distance et permis à l’Ukraine orientale d’obtenir son autonomie. » Sera-ce suffisant pour que M. Poutine ne pousse pas son avantage plus avant ? Car, malgré la propagande « occidentale », il est évident que la Russie est en position de force.

 

  1. Orlov, ambassadeur de la fédération de Russie à Paris, n’est sans doute pas très éloigné de la vérité quand il déclare à BFM-TV que l’objectif des Etats-Unis « est de ne pas permettre le rapprochement entre l’Europe [comprendre « l’Union européenne»] et la Russie». Un tel rapprochement, en quelque sorte l’avènement de la prophétie gaullienne (« l’Europe de l’Atlantique àl’Oural »), est tout à fait souhaitable. Il constituerait une avancée remarquable sur le plan géopolitique et serait un facteur de stabilité et sans doute de paix car fondée sur une puissance incontestable. Si le voyage de Moscou favorisait si peu que ce soit cette perspective, ce serait une très bonne nouvelle.

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