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La filiale suisse de HSBC a développé toute son expertise pour fructifier les revenus des princes du royaume
Par Simon Piel
Etait-ce pour faire fructifier un peu plus les pétrodollars ? En tout cas, la banque HSBC a su mettre à contribution son savoir-faire pour attirer la fortune de nombreux hiérarques saoudiens. « Le client est très satisfait », note en juillet 2005 l’un des conseillers de la banque après qu’un prince a demandé un état de ses comptes sur lequel figuraient alors plusieurs millions d’euros.
Selon les documents auxquels Le Monde a eu accès, plusieurs hauts dignitaires saoudiens ont placé, à travers des fonds d’investissement, de l’argent dans la filiale suisse de HSBC (HSBC Private Bank). La société Kafinvest dont le prince Bandar Ben Sultan Ben Abdelaziz Al-Saoud était le bénéficiaire a eu jusqu’à 15,574 millions de dollars en 2006-2007. Ambassadeur à Washington pendant vingt-deux ans, jusqu’en 2005, et conseiller du roi Abdallah, son oncle, jusqu’à sa mort le 23 janvier, il fut pendant un temps le tout-puissant patron des services de renseignement.
En 2007, il fut mis en cause pour avoir touché des rétrocommissions dans le cadre d’un contrat d’armement baptisé « Yamamah » entre le Royaume-Uni et l’Arabie saoudite. L’enquête avait finalement été arrêtée sur une décision de la justice anglaise. Le roi Salman, successeur du roi Abdallah, avec qui les relations s’étaient distendues notamment pour sa gestion jugée calamiteuse du dossier syrien, a confirmé la disgrâce dont il faisait déjà l’objet. Le 4 février, le Français Zacarias Moussaoui, ancien membre d’Al-Qaida, détenu aux Etats-Unis, a cité sous serment son nom comme faisant parti d’une » liste de dignitaires saoudiens qui auraient financé l’organisation terroriste. Une affirmation démentie par Ryad.
Le prince Bandar Ben Khaled Al faisal, fils de l’ancien gouverneur de La Mecque – il est notamment à la tête du Dar Al Maal Al lslami Trust, un groupe financier islamique qui gère plus de 3,5 milliards de dollars – figure lui aussi en bonne place. Contrairement à son aîné, il ne dispose pas de fonction Clans l’organigramme gouvernemental saoudien.
Point de fraude fiscale les concernant : il n’y a pas d’impôt sur le revenu en Arabie saoudite. Mais la volonté de faire fructifier leurs millions de dollars sur des places financières à la fiscalité accueillante et au secret bancaire inaltérable ou presque.Ainsi,la société Kafinfest du prince Bandar Ben Sultan était immatriculée aux Bermudes. Les fonds d’investissement Vision Arbitrage Fund, Vision Macro Fund et VisionVenture Fund, dans lesquels le prince Bandar Ben Khaled Al-Faisala investi, étaient eux domiciliés aux îles Vierges britanniques.
Parmi ceux qui ont investi aux côtés du prince Bandar Ben Khaled Al-Faisal, l’on peut noter la présence de plusieurs filles du roi Khaled ou du roi Fahd, ainsi que
celle d’un de ses fils qui fut gouverneur de la province orientale, celle du pétrole, avant de se reconvertir dans les affaires. Selon les listings, les montants sur les différents comptes varient entre 6 et plus de 15millions d’euros.
Conseiller financier
Dans la finance saoudienne, un homme a particulièrement intrigué les autorités françaises. Et pour cause : il n’est pas saoudien mais français. NicholasR fut le gestionnaire de fortune qui veillait alors sur les avoirs de plusieurs fonds
d’investissement liés au prince Bandar Ben Khaled Al-Faisal.
Auteur d’un ouvrage sur la finance islamique, il connaît le prince depuis qu’ils ont suivi ensemble, en 1992, des cours à la Fletcher School, aux Etats-Unis, et travaille
encore aujourd’hui à ses côtés. Le16 juin 2011, la douane judiciaire chargée d’enquêter sur les listings n tait dans un rapport d’enquête que, « au vu de ses relations privilégiées avec des têtes couronnées de certains pays du Golfe persique et desesactivités à lëtranger en lien ou non avecces personnes, il est envisageable de penser que les profils à la H5BC de M. Nicholas R. aient concouru à une ou
plusieurs opérations de placement, de dissimulation ou de conversion du produit direct ou indirect d’infractions de droit commun ou douanières »,
A ce titre, son audition ainsi qu’une perquisition à son domicile avaient été envisagées. Il n’en fut rien. Selon nos informations, un examen de sa situation fiscale personnelle s’est terminé sans rectification en janvier 20 13. Contacté par
Le Monde, ce dernier n’a pas souhaité répondre à nos questions.
Dans l’entourage du prince, on indique que la présence de Saoudiens sur la place genevoise et l’immatriculation de certains fonds d’investissement dans des paradis « fiscaux n’ont rien d’anormal. « Ils choisissent l’endroit de leurs placements sur des critères purement compétitifs. » Quant aux places offshore, explique-t-on de source
proche du prince, « ces juridictions bénéficient de plusieurs atouts- elles disposent
d’un système de droit privé sûr et profond, basé sur le droit anglais;elles ne sont pas chères;
elles disposent de services juridico-administratifs compétents sur place; et les entités qui y sont domiciliées mais sans présence physique ne sont pas sujettes aux impôts.Tout cela est complètement légal ».
La curiosité des enquêteurs sur ce conseiller financier tient peut être aussi à une erreur de leurs services sur les identités qu’ils lui pensaient liées. Si Nicholas R travaille bien pour le prince Bandar Ben Khaled Al-Faisal,les fichiers de la banque HSBC ne font apparaître aucun lien avec le prince Bandar Ben Sultan Ben Abdelaziz Al-Saoud, contrairement à ce que nataient les douanes dans leur rapport d’enquête. Contactée, l’ambassade saoudienne à Paris n’a pas souhaité répondre.
Source:www.lemonde.fr