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Incertains de leur majorité, Hollande et Valls ont eu recours au 49-3. « Je ne pouvais pas me permettre un échec », a déclaré le Premier ministre au 20h de TF1.
Un Conseil des ministres extraordinaire avait été convoqué à l’Elysée dans la précipitation, à peine une heure et demie avant le début de la session de vote. Le texte sera considéré comme adopté, si la motion de censure qu’a déjà déposée la droite et qui devrait être débattue jeudi ne renverse pas le gouvernement – ce qui n’est à ce jour encore jamais arrivé sous la Ve République.
« Chaque article de ce projet de loi a eu une majorité dans l’hémicycle », a déclaré le ministre de l’Economie, invité du 20h de France 2 mardi soir. « Ce n’est ni un coup de force ni un aveu d’échec, nous appliquons la Constitution », a t-il ajouté.
Trois syndicats ont appelé mardi l’ensemble des salariés, du public et du privé, à une journée de grève interprofessionnelle et à manifester contre l’austérité notamment le 9 avril.
« Le pacte de responsabilité, la rigueur budgétaire, nombre de dispositions du projet de loi libéral Macron aggravent la situation des salariés », ont estimé les représentants de ces trois organisations réunies en intersyndicale, dans une déclaration commune.
Selon ces syndicats, « de nombreuses luttes et mobilisations syndicales sont d’ores et déjà engagées dans les entreprises ». « Pour faire converger ces revendications et exiger du gouvernement et du patronat qu’ils y répondent, la CGT, FO et Solidaires s’engagent dans un processus de mobilisation », expliquent-elles.
La FSU, présente à cette intersyndicale, décidera au mois de mars si elle rejoint cette initiative, dont les modalités exactes seront décidées prochainement par les organisations concernées.
Mise en garde de Valls
Mardi matin, dans le huis clos de la réunion du groupe socialiste, le Premier ministre avait mis en garde contre un rejet qui se traduirait, selon lui, par « un affaiblissement considérable ». « Nous sommes dans un moment où en conscience on ne peut pas affaiblir le chef de l’Etat et le gouvernement », avait-il expliqué, soulignant qu’« au moment où je parle, le texte ne passe pas ». « Voter contre serait rejoindre ceux qui veulent faire chuter la gauche », avait renchéri le président de groupe, Bruno Le Roux.
Alors que Manuel Valls avait qualifié le projet de loi « pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques » de réforme « de gauche », alors que François Hollande avait affirmé (maladroitement) que ce n’était « pas la loi du siècle », la majorité s’est fracturée. Pas question, pour une partie des troupes, d’approuver un texte d’« inspiration libérale » avec de nouvelles règles de licenciements collectifs, une réforme des prud’hommes et surtout une extension, même encadrée, du travail dominical (lire ci-dessous). Ces derniers jours, l’ancien ministre, Benoît Hamon, s’était fait le porte-voix des « frondeurs ». « Cette loi Macron n’est assurément pas la mienne », a aussi taclé hier, sur Twitter, Arnaud Montebourg.
Le gouvernement a toutefois tenté de faire bonne figure mardi en se targuant, à l’attention de l’opinion publique et de Bruxelles, de prendre « pleinement et totalement ses responsabilités », selon la formule de Manuel Valls. « Nous voulons réformer, agir vite au service des Français et de l’intérêt général. […] Rien ne nous fera reculer », a-t-il argué. Le bras de fer sur ce texte laisse pourtant planer une incertitude pour la suite.
« La vérité éclate au grand jour, il n’y a plus ni majorité ni gouvernement », a attaqué Nicolas Sarkozy (lire page 3). « Il y a non seulement une majorité mais il n’y a pas de majorité alternative », a assuré le Premier ministre – comme à chaque fois que des socialistes ont boudé un texte –, croisant le fer avec le patron des députés UMP, Christian Jacob. « Finalement, vous retrouvez de part et d’autre une forme d’union » de « ceux qui ne veulent pas changer le pays », a pour sa part déploré Emmanuel Macron.
A gauche, ce recours au 49-3 pourrait laisser des traces. Pour l’heure, le gouvernement se retrouve au pied du mur. Contraint d’apporter la preuve qu’il n’est pas, comme l’a raillé à son tour le leader du Parti de gauche Jean-Luc Mélenchon à l’issue d’un rendez-vous avec François Hollande, « sans majorité ».