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Anne Bauer et Renaud Honoré
  • La Grèce zone euro parvenus trouver accord vendredi soir

    La Grèce et la zone euro sont parvenus à trouver un accord ce vendredi soir – AFP PHOTO / ARIS MESSINIS

Le texte prévoit une extension de 4 mois du plan d’aides actuel à Athènes, qui a beaucoup cédé.

Ce texte serait très court selon les premières indiscrétions, moins de deux pages, et serait le résultat de conciliabules tenus avant même le début officiel de la réunion par Jeroen Dijsselbloem, le président de l’Eurogroupe (l’instance réunissant les ministres des Finances de la zone euro) avec les principaux acteurs du dossier (BCE, FMI, Allemagne, Grèce, France etc.) Le compromis encadrerait les conditions de l’extension de 4 mois du plan, mais laisserait encore au gouvernement grec le soin de préciser certains détails techniques et notamment la liste des réformes qu’il entend mener.

Les prémisses de la réunion ont résumé l’incroyable niveau de tension atteint entre partenaires européens. Lors de négociations difficiles, il est d’usage que les principaux protagonistes se retrouvent seuls dans une pièce isolée, avant la réunion entre les 19 ministres, pour rapprocher leurs points de vue. Une petite table, pas de témoins, et une discussion à bâtons rompus pour aplanir les difficultés. C’est ce qui passé vendredi avec Wolfgang Schäuble et Yanis Varoufakis… sauf que les deux ministres n’étaient même pas dans la même pièce.

Manœuvre abracadabrantesque

Jeroen Dijsselbloem, le président de l’eurogroupe, Pierre Moscovici, le commissaire en charge des affaires économiques et Christine Lagarde, la directrice générale du FMI, en étaient réduits à faire la navette entre les deux protagonistes, qui ne peuvent visiblement plus se souffrir. « Il ne faut plus que Schäuble et Varoufakis soient dans la même pièce, il faut sortir de ce psychodrame », avait prévenu un officiel européen de haut rang deux jours avant la réunion.

Le ministre allemand n’est toutefois pas le seul à peu goûter les méthodes du très médiatique dirigeant grec. En entrant dans le bâtiment du Conseil, Valdis Dombrovskis, le vice-président de la Commission, assénait sans langue de bois que « la rhétorique changeante des autorités grecques a sapé la confiance ». Il faut dire que le nouveau gouvernement Syriza a visiblement des manières assez déroutantes.

Devant le refus net provoqué côté allemand par sa lettre de demande d’extension envoyée jeudi, les Grecs ont songé vendredi à une manœuvre abracadabrantesque : prétendre que le courrier envoyé la veille n’était pas le bon, et renvoyer une nouvelle missive, bien plus conforme aux demandes allemandes, en assurant que celle-ci était la bonne depuis le début. Un subterfuge digne d’un collégien, auxquels les Grecs ont finalement renoncé, mais qui a malgré tout été ébruité par le quotidien allemand « Bild ».

Fastidieux tour de table

Yanis Varoufakis a démenti cette nouvelle sur twitter vendredi après-midi, mais le niveau de défiance avait atteint un point de non retour. Au point que ce dernier a quasiment été évincé au fil des discussions de vendredi. Jeroen Dijsselbloem a très vite appelé directement à Athènes Alexis Tsipras, le Premier ministre grec, pour régler les détails de l’accord, selon des sources européennes.

Celui-ci était élaboré en petit comité, avant d’être présenté à l’ensemble des ministres des finances de la zone euro dont la plupart attendaient la fumée blanche à l’écart. Quand ils entraient dans la salle de réunion, il leur fallait examiner ligne par ligne ce texte que les Européens tentent désespérément d’écrire depuis deux semaines. Après un fastidieux tour de table, cela semble proche d’être fait malgré les réticences de certains. De quoi laisser un nouveau répit à la Grèce avant de nouvelles négociations, cette fois pour un nouveau plan d’aides.

Les prochains mois promettent donc d’être encore difficiles pour Athènes, et la question de la sortie du pays de la zone euro devrait encore continuer à flotter quelque temps. « Je crois qu’on a atteint un point où [les pays les plus remontés] vont dire à la Grèce : « si vous voulez vraiment partir, et bien partez : » », avait averti avant la réunion Edward Scicluna, le ministre maltais des Finances.

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