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Michel Garibal
Le passage en force du gouvernement pour faire accepter le texte de loi apparaît déjà comme une défaite dont la majorité sort encore plus divisée.
La classe politique vient de se livrer à un psychodrame qui jette aux oubliettes les espoirs caressés par la belle manifestation d’unité nationale d’à peine plus d’un mois à la suite de la tragédie de Charlie hebdo. Elle cède à nouveau à ses vieux démons qui témoignent de l’impossibilité de la France de se gouverner comme une grande démocratie. Le Parlement dont le président appelait à la réhabilitation est tombé au fond de l’abîme, en s’adonnant à la pire des cuisines politiques sans se soucier de l’exaspération croissante où il plonge les électeurs.
Le gouvernement a voulu passer en force pour faire accepter une loi qui ne change presque rien, qui ne s’attaque pas au socle des réformes indispensables réclamées à cors et à cris par l’opinion publique aussi bien que par les organismes internationaux.
Manuel Valls masque sa défaite en stigmatisant ses adversaires, qui sont bien souvent dans son camp, en critiquant leur irresponsabilité, leur infantilisme, en dénonçant le conservatisme et l’immobilisme où il mêle les frondeurs aussi bien que l’UMP. Il hausse le ton pour dissimuler ses faiblesses en promettant d’aller de l’avant, de transformer la France, alors que l’opinion , médusée, constate un blocage complet.
Nul ne sait dans quel état sortira le texte définitif. Mais même s’il obtient l’imprimatur du Parlement, sa mise en application s’avérera délicate. Car, sur de nombreux points, elle suppose des négociations entre les partenaires sociaux. Or, le dialogue est rompu dans ce domaine et plusieurs syndicats ont lancé un ordre de grève générale pour le 9 avril, au lendemain d’une élection qui aura affaibli encore un peu plus le pouvoir. C’est dire que l’épreuve de force va se poursuivre, pour empêcher toute réforme. Déjà les plus fervents partisans de la loi Macron estimaient dans le meilleur des cas que les premiers dispositifs ne pourraient s’appliquer avant un an, compte tenu de la lenteur des procédures, mais désormais l’incertitude continue de prévaloir sur la pérennité du projet.
Le FN a le sourire.