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PresseL’hebdo satirique revient dans les kiosques mercredi après six semaines sans parution. Mais tout n’est plus comme avant

«Charlie Hebdo… c’est reparti!» C’est signé Luz et c’est écrit en une du numéro à paraître mercredi. Sur fond rouge, un chien marrant avec un exemplaire du journal entre les dents est poursuivi par une horde de clébards nettement plus agressifs: on y reconnaît Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy, un pape coiffé de sa mitre, un grand patron serrant ses dollars, un djihadiste à kalachnikov. Bref, le bestiaire habituel des coups de crayons de l’hebdomadaire satirique. Après six semaines d’interruption, et presque deux mois après l’attentat qui a décimé sa rédaction, Charlie Hebdo tente de retrouver une forme de normalité et son rythme hebdomadaire.
Normalité? C’est bien le défi auquel est confronté ce journal qui doit désormais vivre avec la peur d’un nouvel attentat, mais aussi reconstituer une nouvelle équipe et gérer sa prospérité financière gagnée avec les ventes records (sept millions d’exemplaires) du numéro des survivants. Celui du mercredi 25 février sera tiré à 2,5 millions d’exemplaires. Avant l’attentat, Charlie Hebdo, en quasi-faillite, peinait à écouler 60 000 exemplaires.
Mais la question du tirage n’est qu’une toute petite partie des tensions de Charlie Hebdo. «Nous faisions un fanzine, un petit Mickey… Comment dessiner dans ce Charlie fantasmé qui nous submerge?» avait confié le dessinateur Luz dans les jours qui ont suivi le mouvement Je suis Charlie! La responsabilité du titre semble désormais écraser le renouveau du journal. Et le récent attentat de Copenhague n’a fait que renforcer les tensions.
Riss, le nouveau rédacteur en chef et blessé lors de l’attaque, avoue dans Le Monde que de nombreux dessinateurs contactés ont décliné l’offre. Succéder aux Cabu, Wolinski et Charb est tentant, mais vivre barricadé et tenaillé par la peur sont de vrais freins à l’embauche. Encore installée dans les locaux de Libération, la rédaction doit bientôt emménager dans un véritable bunker dans le XIIIe arrondissement de Paris. Les vieilles querelles aussi seraient ressorties. Celle rédactionnelle de l’obsession musulmane mais aussi celle de l’argent. En 2008, suite aux bénéfices du numéro du Mahomet accablé, la rédaction s’était déjà déchirée. Les dessinateurs actionnaires avaient encaissé de fortes sommes dont les autres, payés au lance-pierre, avaient appris l’existence dans Le Monde. Aujourd’hui, entre aides et dons, le journal disposerait d’au moins 10 millions d’euros. Un changement dans la distribution du capital ainsi qu’une plus grande transparence alimenteraient de vives discussions au sein de la rédaction. «C’est un cauchemar, ces millions, cela peut nous tuer», résume le médecin et chroniqueur Patrick Pelloux. (TDG)