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par Louis-Joseph Delanglade
Sachant ce qu’ont donné les interventions « occidentales » en Irak et en Libye notamment, il n’est pas surprenant mais plaisant d’entendre les réactions du microcosme politique et médiatique parisien au bref voyage effectué à Damas par quatre parlementaires français. M. Assad étant considéré comme un pestiféré, la condamnation a été sans appel, MM. Valls (« une faute morale ») et Hollande (« une rencontre […] avec un dictateur ») se retrouvant une fois de plus d’accord avec M. Sarkozy (« quatre gugusses »). Pourtant, tranchant avec la ridicule désinvolture de l’un et la pitoyable moraline des autres, les propos de M. Assad, rapportés par l’agence Sana, sont marqués au coin du bon sens :« la lutte anti-terroriste exige une véritable volonté politique et une ferme conviction que ce danger menace tout le monde […] la Syrie a toujours favorisé la coopération entre les pays car elle constitue le meilleur moyen de freiner l’expansion du terrorisme ».
En bon petit soldat de la bien-pensance, M. Guetta explique doctement (France Inter, vendredi 27), après une présentation intelligente de la situation, pourquoi il faut persévérer dans une politique d’hostilité au régime de M. Assad. Il a bien évidemment raison de souligner que la Syrie est devenue un enjeu stratégique dans la lutte opposant chiites et sunnites. Mais il veut croire que M. Assad n’est plus qu’une sorte de jouet entre les mains de l’Iran et du Hezbollah. C’est oublier un peu vite que son régime garde la confiance de nombreux sunnites et de toutes les minorités (les alaouites, les chrétiens, les druzes, les kurdes) et qu’il représente, qu’on le veuille ou pas, la réalité du pouvoir politique établi à Damas. En fait, quand il évoque un « compromis » entre sunnites et chiites, M. Guetta veut surtout continuer à croire que serait possible une sorte de troisième voie – ouverte par une prétendue opposition éclairée et démocratique – ce qui relève davantage du fantasme (à l’image des délires de M. Lévy) que du réalisme politique.
M. Védrine, rappelant l’évidence (« c’est une guerre civile, avec des arguments pour et contre, dans tous les sens ») avait prévenu (RFI, août 2013) qu’« il n’y a pas de bonne solution ». Dès lors, et n’en déplaise à M. Guetta, mais aussi à MM. Valls, Hollande et Sarkozy, il faut choisir le moindre mal. Il est évident que nous n’aurions rien à gagner à la disparition du régime alaouite au profit d’un régime ouvertement sunnite qui déséquilibrerait un peu plus la région et pourrait constituer un allié supplémentaire des diverses factions de l’islamo-terrorisme. Or, comme le dit fort justement M. Girard (Le Figaro, vendredi 27), « la position française est intenable car elle ne prend pas en compte la notion d’ennemi principal »: notre ennemi principal, c’est quand même bien celui contre lequel nous dirigeons nos frappes aériennes, celui que, jusque sur notre sol, nous considérons comme une menace justifiant le déploiement de milliers de soldats.
Ceux qui, croyant benoîtement au mythe des printemps arabes, ont fait de M. Assad l’ennemi qu’il n’est pas, ceux-là en vérité sont des gugusses.