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Il y en a qui pètent dans la soie. Mathieu Gallet, lui, pète dans le palissandre.
Marie Delarue

Belle gueule, le sourcil brun sur l’œil charbonneux, Mathieu Gallet, 38 ans à ce jour, est la figure type de ce que l’on appelle « l’ambitieux moderne ».

Brillant sans aucun doute, monté de son Lot natal à la capitale après un DEA d’analyse économique, il se retrouve bien vite bombardé DG du marketing chez Erato, puis contrôleur de gestion à Studiocanal à 24 ans. À 30 ans, il a déjà ses entrées dans les ministères, traîne ses guêtres à la Culture chez Christine Albanel puis Frédéric Mitterrand. Pour ses 33 ans, ce dernier le nomme grand patron de l’INA, l’Institut national de l’audiovisuel, ce qui, vu son inexpérience, en estomaque plus d’un.

Pourquoi tant d’amour ? On ne sait trop. Dans La Récréation (Robert Laffont, 2013), Frédéric Mitterrand, qui l’avait surnommé Tancrède, écrit : « Tancrède séduit tout le monde et je n’échappe pas à la règle. On s’épuiserait à dresser la liste des raisons qui expliquent ce succès. Mettons que ses qualités intellectuelles sont à la mesure de l’attirance qu’exerce son physique. » S’il s’était agi d’une femme, on aurait assurément parlé de « promotion canapé »… Moins subjugué sans doute par la plastique du monsieur, un proche dit de lui : « C’est un Bel-Ami du XXIe siècle : un charme évident, une ambition flagrante et une bonne compréhension des règles de l’ascension sociale dans le secteur public d’aujourd’hui. » Bref, Tancrède ou Bel-Ami, il se retrouve à 37 ans nommé PDG de Radio France, où le CSA le case le 27 février 2014 : 4.500 personnes sous ses ordres et un vaisseau en perdition à renflouer.

Pas étonnant, dès lors, que le minot ait la grosse tête. Un chou comme on n’en fait plus depuis longtemps dans les potagers.

Il y en a qui pètent dans la soie. Comme le révèle Le Canard enchaîné ce mercredi matin, Mathieu Gallet, lui, pète dans le palissandre. S’installant dans un bureau refait à neuf en novembre 2013 – soit trois mois avant son arrivée –, il en a malgré tout décidé la refonte totale en décembre dernier. En moins de deux mois, nous dit-on, « il a tout changé : moquette, peintures, stores électriques, mobilier… Une envie de neuf qui se chiffrait à 35.000 euros, conformément à l’estimation initiale ». Sauf qu’il a rajouté quelques éléments de décoration : des « boiseries précieuses en palissandre » pour un petit supplément de 72.000 euros. Au total, 107.000 euros. Le prix d’un joli pied-à-terre à la campagne.

Il y a bien un précédent : ce sont les bureaux en bois précieux de Paul Reynaud et du maréchal Lyautey au Palais des Colonies de la Porte Dorée (actuel musée de l’Immigration), chaises tripodes en ébène, macassar, galuchat et décors en ivoire d’éléphant. Ceux-là, au moins, y recevaient le monde dans un décor monumental qui a survécu à l’Histoire… Mathieu Gallet, lui, est censé renflouer les caisses de la maison ronde qui accuse un déficit qu’on évalue à 50 millions d’euros dans les années qui viennent. Du coup, on a refait la baraque de la cave au grenier : 430 millions d’euros de travaux. Ce qui fait dire à Catherine Sueur, directrice générale de Radio France (sur France Info), que les dépenses concernant le bureau du patron n’ont « rien d’excessif ».

Il est vrai que l’ex-patron de la CGT Thierry Lepaon aimait bien, lui aussi, péter dans le luxe : un petit chez-soi retapé pour plus de 100.000 euros (avec des WC à 4.500 euros) et un bureau pour 62.000 euros. Une affaire qui a coûté très cher à la centrale et son poste à l’intéressé qui, pourtant, s’y accrochait ferme.

On verra si le PDG de Radio France en sort indemne. Pas sûr, toutefois, que « l’attirance qu’exerce son physique » opère avec autant d’efficacité sur le contribuable et le personnel de la maison qu’elle opérait sur Frédéric Mitterrand.

Son homonyme, l’écrivain Matthieu Galey, disait « Ne me secouez pas, je suis plein de larmes. » Nous aussi… mais de rage !

Boulevard Voltaire – La liberté guide nos pas