Ceci n’est pas un poisson d’avril dessiné par un président confit d’espoir : les trompettes de la reprise résonnent enfin en France. La consommation a progressé de 2 % sur les trois derniers mois connus comparés aux trois mois précédents. C’est le principal moteur de l’activité, et on est ici au-delà des aléas mensuels. Dans les chiffres de l’Insee sur les dépenses en biens, il faut remonter au millénaire précédent pour retrouver un rythme aussi soutenu – septembre 1999 pour être précis. Les Français ont des raisons de dépenser davantage. Ils redeviennent plus optimistes. Ils constatent la baisse des prix de l’essence, qui libère du pouvoir d’achat. Ils n’ont guère d’incitations à épargner avec des taux d’intérêt quasiment nuls sur leurs placements préférés – à l’exception de l’assurance-vie. Et ils commencent même à espérer que la courbe du chômage va finir par s’inverser.
Le problème, c’est que les trompettes se font entendre seulement dans les magasins. Dans les usines, c’est le calme plat depuis près d’un an. Il y a bien sûr quelques frémissements bienvenus, en particulier dans l’automobile, qui avait perdu 40 % de production en une décennie. Les industriels font moins grise mine. Mais leur production n’accélère pas. Ils ne semblent pas en mesure de profiter de l’accélération de la demande. Ils n’envisagent pas de booster leurs investissements pour remporter de nouvelles commandes. Ils ne paraissent pour l’instant pas capables de profiter de la compétitivité accrue que leur donne la dépréciation de l’euro sur les marchés internationaux. L’exportation, moteur traditionnel des reprises en France, est en panne.
Bien sûr, les producteurs français vont retrouver un peu d’air dans les mois qui viennent. Le temps de l’industrie est plus lent que le temps de la consommation, surtout après une longue crise qui a fait fondre les muscles et avivé l’appétit. Mais le corps économique du pays est resté trop longtemps au lit pour repartir à grandes enjambées. Avec des marges qui restent très basses et un endettement qui a beaucoup monté, les entreprises manquent de marges de manoeuvre pour préparer l’avenir. Il faudra encore bien des réformes, des lois Macron, des allégements de charges et de normes, des négociations sociales réussies pour que les entreprises françaises soient assez fortes pour profiter vraiment d’un redémarrage des achats. N’en déplaise aux frondeurs et aux simili-keynésiens de tout poil, un redémarrage de la demande qui n’entraîne pas un redémarrage de l’offre est inutile. Et nuisible, car il creuse alors des déficits qui risquent de devenir difficiles à financer. A lui seul, le consommateur ne peut pas sauver la France.