
Comment respecter les lois de la guerre quand on est confronté à une guérilla opérant parmi les civils ? Les Américains au Vietnam, les Russes en Afghanistan, les Français en Algérie ont tous été confrontés à cette guerre asymétrique et utilisé des techniques controversées pour y mettre fin, du « carpetbombing » au Vietnam jusqu’aux descentes en pleine nuit dans les maisons de civils terrorisés. Le rapport que vient de publier l’ONG israélienne « Breakingthe silence » témoigne de l’impasse dans laquelle se trouvent les armées conventionnelles face à la guérilla et des écarts deTsahal par rapport aux conventions de Genève.
« Breaking the silence » donne la parole à une soixantaine de soldats israéliens qui ont participé à l’opération « Bordure protectrice » à Gaza. L’offensive israélienne, entre le 8 juillet et le 26 août 2014, avait causé la mort de près de 2 100 Palestiniens et de 66 soldats israéliens.
Les Conventions de Genève de 1949 déterminent que s’attaquer à des civils est un crime de guerre. Elles fixent deux grands principes pour la conduite des opérations : la proportionnalité de l’usage de la force et la distinction entre civils et combattants.
Mais à Gaza, les militants du Hamas se glissent habituellement dans des maisons de civils et ont utilisé des sanctuaires, comme une école de l’Onu, pour tirer des roquettes.
Du coup, l’armée israélienne s’efforce, dit-elle, de prévenir les civils qu’une opération est imminente. Ce fut aussi le cas en 2014. Des milliers de tracts ont été lâchés sur les quartiers de Gaza prêts à être visés. Tsahal a aussi envoyé aussi des messages SMS aux habitants de Gaza. Enfin, Tsahal a pratiqué le « roof knocking », c’est-à-dire l’envoi d’un petit missile sur le toit d’un immeuble pour prévenir ses habitants que celui-ci va être détruit à l’artillerie lourde.
La technique du « roof knocking »
Mais les témoignages recueillis par « Breaking the silence » montrent que la réalité est plus brutale que cela. « Quand la famille n’avait pas de téléphone et qu’un tir sur le toit était opéré, si après quelques minutes personne ne sortait, l’hypothèse alors était qu’il n’y avait personne » , affirme un militaire dont l’anonymat est préservé. « Nous n’avions aucun moyen de savoir s’il y avait des gens qui avaient décidé de ne pas sortir de l’immeuble. »
Le même soldat affirme que les jets israéliens entraient en action si un commandant du Hamas était soupçonné de se trouver dans l’immeuble. » L’attaque était lancée sauf si le nombre de civils était trop élevé. Par trop élevé, j’entends un nombre à deux chiffres. »
Selon le journal « Le Monde », un document clé sur la doctrine militaire d’Israël est un article publié en 2005, intitulé « Ethiques militaires pour la guerre contre la terreur » et signé du général major Amos Yadlin et du professeur d’université Asa Kasher. L’article plaide pour créer « de nouvelles normes en fonction des ennemis » et justifie de s’attaquer à des installations non militaires si celles-ci sont utilisées par des miliciens. Le but est de protéger au maximum ses troupes et d’infliger le plus grand dommage à l’ennemi.