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L’arrivée de brut sur un marché déjà excédentaire mettra la pression sur le prix. De 10 à 15 dollars selon Platts.

Nicolette de Joncaire

Hassan Rouhani, Président de la République islamique d'Iran

Hassan Rouhani, Président de la République islamique d’Iran

La réunion de l’OPEP approche. Programmée pour le 5 juin, elle précèdera de peu la conclusion des accords avec l’Iran prévue pour le 30 juin. Beth Evans, Margaret McQuaile, Stuart Elliott et Herman Wang, experts des marchés pétroliers chez Platts, débattaient hier du retour du pétrole iranien sur le marché dans un environnement de production excédentaire. Plusieurs grandes questions se posent: quand le pétrole iranien reviendra-t-il sur les marchés internationaux? Quels sont les volumes à attendre? Quel impact sur le prix?

A la première question, la réponse devra attendre le 30 juin – voire davantage. L’échéancier de la levée des sanctions n’a pas été défini. Malgré la déclaration du président Hassan Rouhani qui dit se refuser à signer si elles ne sont pas levées immédiatement, le secrétaire d’Etat américain John Kerry parle de mois, et même d’un an, avant que le calendrier soit mis en place.

La réponse à la seconde question est tout aussi complexe. Environ 30 millions de barils de brut iranien sont actuellement en stockage flottant dans le Golfe Persique. Ce seront les premiers à arriver sur le marché. Reste ensuite à savoir combien il faudra de temps à l’Iran pour rajeunir son infrastructure désuète pour retrouver des niveaux de production comparables à ceux d’il y a quelques années. Au juste prix, le pays peut attirer des investissements mais le résultat ne sera verra que plus tard.

A l’heure actuelle, le pays produit un peu plus de 2,75 millions de barils/jour. Il en produisait presqu’un million de plus en 2010. Ses exportations, soit un million de barils/jours, sont à destination de 6 pays: la Chine, le Japon, Taiwan, la Corée du Sud, l’Inde et la Turquie. Un accord non-officiel entre les Etats-Unis et ces pays devrait plafonner ces exportations dans le futur et les ventes se dirigeront surtout vers l’Asie  mais restent encore difficiles à évaluer car les autres producteurs  défendent leurs parts de marché.

L’Europe importait 600.000 barils/jour avant l’établissement des sanctions. L’Iran essaiera-t-il de raviver ce marché? Là aussi, difficile de se prononcer. La structure des importations de l’Union européenne s’est beaucoup modifiée sur la période 2011-14, tant sur la teneur que sur les origines. Le Nigeria à lui seul occupe presque la moitié de l’ancienne part de l’Iran avec environ 290.000 barils/jour. Et l’Iran ne peut espérer regagner un marché américain aujourd’hui orienté vers sa propre production.

L’arrivée de 500.000 à 1 million de barils de pétrole iranien sur un marché déjà excédentaire – doublé du million encore bloqué en Libye – mettra une nouvelle pression sur le prix. Jusqu’à 10 à 15 dollars de baisse selon Platts.

En parallèle, on commence à peine à voir la production américaine décliner (environ 57.000 barils/jours). Et il est de nouveau question de lever le ban sur les exportations de brut américain sous la pression de la sénatrice Lisa Murkowski.

Difficile d’anticiper les décisions de l’OPEP de juin mais il ne s’y passera probablement pas grand’chose, estime Platts.n

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