Étiquettes

La présidentielle, c’est dans deux ans. Déjà, les appétits s’aiguisent, les stratégies s’affûtent. Au FN, il n’y aura pas photo. C’est Marine Le Pen qui défendra les couleurs du premier parti de France (derrière l’abstention). À gauche, y aura-t-il une primaire pour départager François Hollande et ses concurrents ? Ou bien se sentira-t-il assez légitime pour briguer un second mandat ? C’est l’expectative, tout comme à droite, d’ailleurs. Les Républicains, parti « créé » sur les décombres encore fumants de l’UMP, vont-ils désigner Nicolas Sarkozy ? La primaire à droite sera-t-elle restreinte aux seuls adhérents à jour de cotisation ou bien élargie aux sympathisants ?
La réponse dépendra en grande partie du sort que la justice va réserver à Nicolas Sarkozy. En validant, le 7 mai, les écoutes téléphoniques dont lui-même et son avocat Thierry Herzog ont fait l’objet, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris a sérieusement hypothéqué l’avenir politique de l’ancien chef de l’État. Bien qu’ils se soient immédiatement pourvus en cassation, Nicolas Sarkozy et son conseil restent mis en examen pour « corruption active », « violation du secret professionnel » et « trafic d’influence ». Ce qui n’est pas rien. Ce pourvoi n’étant pas suspensif, l’instruction va donc reprendre et, qui sait, lever d’autres lièvres. Elle va peut-être confirmer que Nicolas Sarkozy a sans doute voulu promouvoir la carrière du magistrat Gilbert Azibert, déjà premier avocat général près la Cour de cassation, pour un poste prestigieux à Monaco. En contrepartie, ce dernier l’aurait tenu informé du déroulement d’une autre procédure en cours. L’actuel président de la future ex-UMP pensait être débarrassé de ce dossier qui lui revient comme un boomerang. Et il doit faire face à huit autres dossiers de cet acabit : affaire Bettencourt, arbitrage Tapie-Adidas, Karachi, sondages de l’Élysée, financement libyen, amende des comptes de campagne, Kazakhstan et surtout Bygmalion, dans lequel son ancien conseiller communication Franck Louvrier a été placé en garde à vue, entendu puis relâché.
L’enjeu, pour Nicolas Sarkozy, est bien évidemment que le calendrier judiciaire se chevauche le moins possible avec le calendrier politique et que toutes ces affaires s’éteignent rapidement pour qu’il ait le temps de redorer son image. Il est peu de dire que ces ennuis judiciaires écornent son aura. Lui-même est conscient des lenteurs de la justice et aimerait vite en finir. Mais il se peut très bien qu’une ou plusieurs de ces affaires resurgissent au moment opportun. C’est ce qui agace l’ancien Président : il peut maîtriser le calendrier politique, contenir ses concurrents mais il n’est pas maître du calendrier judiciaire. C’est sur cette hypothèse d’une collusion entre les deux calendriers que tablent les adversaires de Nicolas Sarkozy : Alain Juppé, François Fillon, Xavier Bertrand, Bruno Le Maire, tous candidats à la primaire des « Républicains ». La nature a horreur du vide. Il y aurait donc un adversaire de droite contre Marine Le Pen et un adversaire de gauche… Mais peut-être pas Nicolas Sarkozy.