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Thomas Guénolé décrypte la communication de Manuel Valls. Il note le décalage important entre les paroles du premier ministre et ses actes.
La fermeté est la détermination du chef à imposer sa volonté, que ce soit pour accomplir une réforme ou plus couramment pour imposer l’ordre, quitte à prendre des risques pour cela. Or, une des caractéristiques fondamentales de Manuel Valls, c’est qu’il n’est ferme que quand l’adversaire n’a pas vraiment les moyens de lutter à armes égales. Par exemple, lorsqu’il exigea et obtint que deux ministres importants de l’aile gauche – Arnaud Montebourg et Benoît Hamon – soient exclus du gouvernement, il s’attaqua en réalité à des personnages qui n’avaient pas derrière eux un courant puissant et organisé au Parti socialiste. Autre exemple: comme ministre de l’Intérieur, il se montra particulièrement ferme face aux Roms. En réalité, il s’attaqua ainsi à une minorité sans relais dans l’opinion publique, à laquelle plus de 7 Français sur 10 sont franchement hostiles. En revanche, quiconque attendait à l’époque sa fermeté face au grand banditisme, adversaire réellement dangereux, et notamment face aux grands gangs de Marseille, l’attend toujours.
L’audace, quant à elle, est essentiellement un mélange de courage et d’innovation.
Commençons par le courage. Lorsque Manuel Valls fait prendre un décret par surprise, au petit jour, pour passer en douce sa réforme du collège, où est le courage? Le courage eût été d’accepter un débat ouvert et contradictoire avec l’opposition et les syndicats d’enseignants. Michel Houellebecq, Michel Onfray, Emmanuel Todd… Quand Manuel Valls essaie d’interdire aux intellectuels de dire ceci ou cela, ou de réclamer l’optimisme obligatoire, où est le courage? Ce n’est pas courageux: c’est juste une tentative, maladroite et déplacée, de police de la pensée. Le reste est à l’avenant.
Venons-en, enfin, à l’innovation. Manuel Valls prétend incarner une gauche innovante par opposition avec une gauche enlisée dans le passé. Problème: il s’agit en réalité de la «deuxième gauche», celle de Michel Rocard et de Pierre Mendès-France, qui existait déjà dans les années 1960. Par ailleurs, Manuel Valls oppose fréquemment une gauche moderne, en l’occurrence lui, à une gauche archaïque parce que marxisante. Problème: idéologiquement parlant, Manuel Valls est social-libéral. Or, l’émergence du social-libéralisme dans le débat d’idées remonte à plus d’un siècle. En d’autres termes, chronologiquement, le social-libéralisme n’est pas plus que le marxisme une idéologie nouvelle.
«Autorité, fermeté, audace»: Manuel Valls n’applique rien de cela dans sa façon de gouverner. Il est courant que des personnalités politiques nationales communiquent sur une chose et en pratiquent une autre. Il est cependant rare que l’écart entre la com’ et la réalité soit aussi immense.