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Pour la première fois depuis 1981, Christiane Taubira choisit un procureur général d’une petite Cour pour occuper le poste prestigieux et sensible de procureur général à Paris. Ce poste étant généralement dévolu à un procureur général d’une grande Cour ou à un directeur – parfois ancien – du cabinet du ministre de la Justice, enquête sur ces magistrats qui ont été en poste depuis l’arrivée de la gauche au pouvoir.
Christiane Taubira choisit un procureur général d’une petite Cour pour occuper le poste prestigieux et sensible de procureur général à Paris. Crédit Reuters
- Pour la première fois dans l’histoire de la République, une femme, Catherine Champrenault est proposée pour être procureur général de la Cour d’appel de Paris. La plus importante de France. Celle qui gère les dossiers les plus sensibles, notamment en matière financière
- Dans la magistrature, cette nomination provoque quelques vagues car le futur titulaire vient d’une petite Cour, celle de Basse-Terre ( Guadeloupe)… Alors que le poste est, en général, dévolu au procureur de Paris, au procureur général d’une grande Cour ou au directeur –ou ancien- du cabinet du garde des Sceaux
- Un coup d’œil sur les onze procureurs généraux nommés depuis 1981 montre que cette règle non écrite a, dans l’ensemble, été respectée.
- Excepté, par exemple, pour Pierre Arpaillange, conseiller à la Cour de Cassation qui attendra sept ans avant de prendre, en juillet 1981, la tête du parquet général de la cour d’appel de Paris
Depuis son arrivée place Vendôme, Christiane Taubira ne cesse de bousculer les codes. Et de montrer son anticonformisme, soucieuse de ne pas enfermer l’institution judiciaire dans un carcan. Quitte à exaspérer ou à susciter des moqueries de ses adversaires politiques, et même des magistrats pas toujours en phase avec la ministre, notamment dans le domaine des nominations. Ainsi, la proposition faite par la Garde des Sceaux de nommer Catherine Champrenault, actuel procureur général près la Cour d’appel de Basse-Terre (Guadeloupe) comme procureur général près la Cour d’appel de Paris, a surpris.
Pour tout dire, elle a causé quelques vagues et suscité des commentaires acides dans ce monde feutré, où la discrétion est depuis des lustres érigée en postulat. Non, bien sûr, ce ne sont pas les qualités professionnelles de Catherine Champrenault qui sont mises en cause -sa carrière jusqu’ici a été plus qu’honorable, elle a occupé le poste sensible de procureur à Avignon-… Mais ce qui pose problème, d’abord, c’est que deux candidats au moins pouvaient arguer d’un cursus disons plus « conséquent ». Comme François Feltz, actuel inspecteur général des services judiciaires, et Robert Gelli, directeur des affaires criminelles et des grâces depuis septembre 2014 après avoir été un peu moins de deux ans procureur de Nanterre où il avait succédé à Philippe Courroye, limogé pour incompatibilité politique avec le nouveau pouvoir. En proposant Catherine Champrenault au poste de procureur général de Paris (le CSM doit confirmer), la garde des Sceaux veut montrer que les symboles –promotion d’une femme, « soucieuse de travailler l’humain et de l’aider à retrouver le droit chemin comme elle le disait en 2012 », de surcroît en poste en Outre-mer, ont leur importance, surtout dans la magistrature.
Au-delà d’une posture, Christiane Taubira tord surtout le cou à une coutume, règle non écrite, qui veut que le poste de procureur général à Paris échoit à un magistrat en fonction soit comme procureur près le tribunal de Grande Instance de Paris, ou comme directeur (ou ancien) du cabinet du garde des Sceaux, ou encore procureur général d’une grande Cour (ce que n’est pas celle de Basse-Terre).
Jean-Louis Nadal, qui connut une carrière riche en fonctions de premier plan, tant sous la gauche que sous la droite, nommé pg le 7 mars 2001 avait lui aussi fait un petit tour à Aix-en-Provence,(1996-1997) puis un crochet par l’inspection des services judiciaires (1997-2001) avant son arrivée dans la capitale.