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L‘intronisation de Dany Laferrière, qui n’est pas Français, mais dont « la patrie est la langue française », montre une certaine évolution de l’Académie française, estime Bernard Pivot, en entrevue à 24/60.
« Ce n’est pas souvent qu’un Québécois haïtien entre à l’Académie française, avouez que c’est quand même rare », souligne le célèbre journaliste et animateur français.
Il se souvient qu’il y a une vingtaine d’années, Jorge Semprún n’avait pas pu faire son entrée à l’Académie parce qu’il avait conservé sa nationalité espagnole. « L’Académie française a quand même évolué : elle peut accueillir aujourd’hui un auteur qui n’est pas français, mais dont la langue, dont la patrie est la langue française », explique M. Pivot.
Bernard Pivot, journaliste et animateur français, en entrevue à 24|60.Bernard Pivot note que la cérémonie d’intronisation de Dany Laferrière s’apparentait à une sorte de Sommet de la Francophonie, une situation à la fois cocasse et réconfortante pour ceux qui aiment la langue française.
« On a vu Amin Maalouf, qui est un écrivain de langue française, mais de naissance libanaise, accueillir Dany Laferrière, qui est un Haïtien québécois, qui est de langue française aussi, qui lui a fait l’éloge de son prédécesseur à l’Académie, c’est-à-dire Hector Bianciotti, un Argentin qui lui aussi avait choisi la langue française », relève-t-il.
Un discours en toute simplicité
Bernard Pivot tient à souligner que dans son discours d’intronisation, l’écrivain québécois d’origine haïtienne n’est pas tombé dans le « piège de la solennité du parler académique ».
« Dany Laferrière a déjoué ce piège, il a parlé tout simplement, avec son talent habituel, avec une certaine force, bien sûr », observe-t-il.
Quant à son rôle futur en tant que membre de l’Académie, l’ex-animateur de Bouillon de culture et d’Apostrophes juge que Dany Laferrière aura un rôle très important à jouer dans les séances du dictionnaire, au cours desquelles sont choisis les nouveaux mots qui y feront leur entrée.
« Je pense qu’avec son tempérament fougueux, mais aussi avec ses connaissances, avec son humour, il saura faire accepter des mots créoles et des mots québécois par les autres académiciens », croit Bernard Pivot.
Au passage, celui qui était président d’honneur du dernier Salon du livre de Québec se dit plein d’admiration pour les Québécois, qui créent des mots français et repoussent des mots américains.