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Ce week-end, élections législatives en Turquie. L’AKP, le parti islamo-conservateur du président Recep Tayyip Erdogan, est en net recul. Certains médias parlent d’« échec ». Plus sérieusement, Le Figaro se contente d’évoquer un « revers électoral ».
En effet, avec 40,07 % des suffrages, l’AKP demeure de loin le premier parti de Turquie, même s’il ne peut prétendre gouverner seul, comme c’était le cas jusque-là. Il lui faudra donc composer, chercher des alliances. La plus probable serait celle avec les nationalistes du PHP (16,37 %). Mais la grande surprise du scrutin, c’est évidemment le score du HDP, parti de gauche pro-kurde : 12,9 %.
Comment expliquer ce recul dans les urnes ? L’usure du pouvoir peut-être – Erdogan fut Premier ministre de 2003 à 2014. Car le bilan des premières années de son gouvernement lui assura longtemps une popularité record : fin des dictatures militaires et des putschs à répétition. Mise au pas de généraux jugés trop inféodés à l’OTAN. Relations apaisées avec les minorités kurdes, juives et chrétiennes. Économie devenue florissante. Et, surtout, retour en force d’Istambul sur la scène internationale.
C’est peut-être en ce domaine qu’Erdogan a commencé à voir pâlir son étoile : avec tout d’abord un soutien aussi inconsidéré que contestable à la France lors de son équipée en Libye. Puis, son étrange pas de deux vis-à-vis de Daech qu’il condamne tout en lui prêtant main forte le cas échéant, surtout quand ce mouvement s’en prend aux Kurdes de Kobané.
En politique intérieure, la violente répression des manifestations de la place Taksim a également laissé des traces durables dans l’opinion publique. Ce d’autant plus que les revendications de ces Stambouliotes, militants écologistes comme simples citoyens, n’avaient rien d’extravagant : Istanbul n’est pas précisément réputée pour le nombre de ses espaces verts ; alors, exiger du gouvernement que l’un de ces derniers ne soit pas transformé en centre commercial ne méritait pas que sortent matraques, canons à eau et gaz lacrymogènes…
Pour avoir réprimé les manifestants avec ces moyens disproportionnés, Erdogan a perdu ce qui faisait sa principale force, le soutien de la puissante confrérie islamique Gullen, caution morale et religieuse du régime ; un comble pour ce Président qui entendait justement réislamiser le pays.
Recep Tayyip Erdogan n’a évidemment pas dit son dernier mot ; mais il est néanmoins sûr que, désormais, il devra en rabattre. Et faire surtout preuve d’un peu plus de clarté, d’humilité et de cohérence dans sa politique étrangère.