Étiquettes

, ,

Frédéric Schaeffer 
  • Si reprise dessine, n’est suffisamment riche emplois faire refluer chômage.

    Si la reprise se dessine, elle n’est pas suffisamment riche en emplois pour faire refluer le chômage. – Shutterstock

L’Insee table sur une croissance de 1,2 % en moyenne cette année. L’investissement des entreprises va prendre le relais de la consommation. Le taux de chômage se stabilise.

L’accélération surprise de la croissance en début d’année n’était pas qu’un feu de paille. « La reprise se diffuse » en France comme dans la zone euro, a assuré ce jeudi soir l’Insee, en dévoilant ses prévisions pour l’ensemble de 2015 . Après une hausse de 0,6 % au premier trimestre, le PIB hexagonal progresserait de 0,3 % au deuxième, de 0,3 % au troisième, puis de 0,4 % au quatrième trimestre. Du coup, sur l’ensemble de l’année, l’accélération serait assez nette : la croissance s’établirait à 1,2 %, contre 0,2 % en 2014.

La performance n’est pas mirobolante, en soit. Et elle est même légèrement inférieure à celle anticipée en moyenne dans la zone euro (+ 1,4 %). Mais elle survient après trois années de quasi stagnation de l’économie française. De quoi conforter le scénario de Bercy, qui table sur une croissance d’au moins 1 % cette année.

Pas de baisse du chômage

Pas sûr toutefois que cela suffise à rassurer les Français. Car si la reprise se dessine, elle n’est pas suffisamment riche en emplois pour faire refluer le chômage. Selon l’Insee, l’emploi total progresserait de 114.000 postes cette année, grâce aux contrats aidés, mais aussi grâce au redressement de l’emploi salarié qui bénéficie de la reprise de l’activité et du soutien apporté par le crédit d’impôt compétitivité emploi (Cice) et le pacte de responsabilité.

Problème : ces créations d’emplois permettent seulement d’absorber la hausse de la population active, laissant le taux de chômage se stabiliser à un niveau élevé (10,1 % en métropole). Et une amélioration sur ce front ne le serait pas forcément pour de bonnes raisons, prévient l’Insee : « Le chômage pourrait baisser si le découragement des chômeurs seniors devait perdurer », explique l’économiste Laurent Clavel.

« Notre politique commence à produire ses effets »

Dans le détail, les motifs d’encouragements sont avant tout à chercher dans le profil de la croissance ainsi que dans sa composition. Côté profil, l’année 2015 s’achèverait sur un rythme de croissance de 1,6 %, ce qui serait inédit depuis fin 2011. « Cette croissance serait suffisante pour commencer à entraîner celle de l’emploi », estime Vladimir Passeron, chef de la conjoncture à l’Insee. Elle donnerait aussi de l’élan à l’économie pour aborder 2016.

Côté composition, la consommation des ménages resterait relativement élevée d’ici à la fin de l’année, le pouvoir d’achat des Français profitant de la faible inflation. Mais elle ne serait plus le seul moteur de la reprise. Les exportations seraient soutenues par la dépréciation passée de l’euro et par le regain de santé de la demande mondiale. Surtout, « l’investissement des entreprises prendrait le relais de la consommation au second semestre », souligne Vladimir Passeron. Ce moteur était jusqu’à présent largement grippé, laissant planer le doute sur la solidité de la reprise. Des carnets de commandes qui se regarnissent, un taux de marge qui se redresse, des conditions de financement qui s’améliorent : « De nombreuses conditions sont désormais favorables au redémarrage de l’investissement des entreprises », poursuit l’Insee.

« La reprise française n’est plus seulement une affaire d’alignement des astres et de facteurs extérieurs de soutien », indique-t-on à Bercy. « C’est bien parce que notre politique commence à produire ses effets qu’il faut continuer à la mettre en œuvre avec détermination », insiste Michel Sapin, le ministre des Finances

http://www.lesechos.fr