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Le député du Morbihan rompt les amarres avec le Parti socialiste et le groupe PS. Il souhaite représenter ces Français lassés de la politique des partis.

"François Hollande avait annoncé qu'on vivrait mieux à la fin de son mandat qu'en 2012. Je ne crois pas que ce sera le cas", confie Philippe Noguès.
« François Hollande avait annoncé qu’on vivrait mieux à la fin de son mandat qu’en 2012. Je ne crois pas que ce sera le cas », confie Philippe Noguès. © Pierre Chapin
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Le Point : Depuis combien de temps mûrissez-vous la décision de quitter le Parti socialiste et le groupe PS à l’Assemblée ?

Philippe Noguès : Depuis longtemps. J’étais parmi les premiers à rejoindre ce mouvement qu’on appelle les « frondeurs ». Eux pensaient pouvoir réformer la politique du gouvernement de l’intérieur. J’ai joué le jeu. Ils misaient sur le congrès du PS pour infléchir la politique du gouvernement. On a un peu dérangé, mais on ne peut pas dire que ce soit couronné de succès. De manière plus profonde, le fossé entre les Français et la politique ne cesse de se creuser, à l’exception du Front national qui profite de nos reniements et autres manquements. Il faut surtout, désormais, changer la manière de faire de la politique : ne pas faire le contraire de ce qu’on a annoncé. François Hollande avait annoncé qu’on vivrait mieux à la fin de son mandat qu’en 2012. Je ne crois pas que ce sera le cas.

Allez-vous rejoindre un autre groupe parlementaire ?

Non, j’espère que mon exemple pourra en inspirer d’autres, de manière à ce que nous formions notre propre groupe parlementaire (il faut 10 députés, au minimum, NDLR). Je souhaite désormais représenter ces Français qui sont lassés des partis politiques.

Avez-vous eu, depuis votre démission du groupe PS, un appel de François Hollande ou de Manuel Valls ?

Aucun, ni de l’un ni de l’autre.

Vous aviez fait partie de la quinzaine de frondeurs qui avaient rencontré le chef de l’État. Que lui aviez-vous dit ?

Je lui avais reproché non pas d’avoir échoué, mais de ne pas avoir essayé. Tout a commencé avec son premier voyage à Berlin sitôt après son élection. Il avait promis qu’il modifierait le traité TSCG (dit « traité Merkozy », NDLR). Il ne l’a pas fait et il est revenu avec un pseudo-plan pour la croissance de 120 milliards d’euros dont on se demande ce qu’il est devenu… François Hollande a des qualités, il a pris des décisions importantes en matière militaire. Mais quand il s’agit d’affronter Angela Merkel, ce n’est pas la même chose.

Vos divergences sont donc essentiellement économiques…

Oui. Je suis pour qu’on aide les entreprises. Mais pas n’importe lesquelles. Sur les 41 milliards d’euros qu’on a mis sur la table pour les entreprises, je considère qu’il y en a la moitié qui correspond à une gabegie d’argent public. On a aidé la grande distribution ou Total, qui n’en ont pas besoin. Oui, il fallait aider les entreprises, mais les bonnes entreprises. C’est comme la réforme fiscale du prélèvement à la source. J’y étais favorable dans la mesure où le prélèvement à la source constitue les prémices d’une grande réforme fiscale, mais c’était au début du quinquennat qu’il fallait le faire. Maintenant, c’est trop tard. François Hollande avait promis un impôt plus transparent, plus juste, au lieu de quoi le gouvernement a multiplié les petites mesures…

Bruno Le Roux, le président du groupe parlementaire socialiste, a-t-il joué un rôle dans votre départ ?

Bruno Le Roux est un véritable problème au sein du groupe. Il a une vision caporaliste de sa mission. Il ne supporte pas le débat, les contestataires. Il a créé une atmosphère détestable au sein du groupe. En septembre dernier, il m’a évincé de la commission du Développement durable pour me basculer dans celle de la Défense. C’était une façon de saboter le boulot que j’avais entamé dans la commission du Développement durable. Il n’a pas osé me l’annoncer lui-même. J’ai appris mon débarquement sur un coup de fil de son assistant.

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