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Le vote qui doit avoir lieu dans une semaine aurait du avoir lieu fin 2011, mais un coup de force avait été organisé par les créanciers du pays pour éviter toute consultation démocratique. Le référendum convoqué par Alexis Tsipras représente une belle réponse à la tyrannie de ses créanciers pour citer Sapir.

Belle réponse à proposition indécente

Mais qu’a-t-il pu passer dans la tête de la troïka pour pousser aussi loin l’humiliation de la Grèce avec les propositions indécentes signifiées en rouge jeudi ? Comment pouvaient-ils imaginer une seconde que le gouvernement Grec pourrait accepter un tel reniement de son programme de début d’année ? On pourrait penser qu’ils ont agi sciemment pour aller à la rupture, mais je ne crois pas que ce soit le cas. On peut penser qu’ils ont à la fois trop pris l’habitude de pouvoir imposer les politiques qu’ils souhaitent sans que les gouvernements en place refusent et que les concessions du gouvernement Grec depuis cinq mois les ont poussé à coire qu’ils pouvaient obtenir toujours plus.

Bien sûr, les créanciers proposaient 15 milliards d’euros de refinancement pour 5 mois. Mais la proposition était une arnaque. D’abord, la somme proposée provient d’enveloppes existantes, il n’y a rien de nouveau. Et pour l’obtenir, Athènes devait signer une reddition en bonne et due forme sans rien obtenir sur le montant de la dette, tout en ne couvrant son financement que pour cinq mois, restant donc à la merci d’une nouvelle négociation à la fin de cette nouvelle échéance… Samedi, Alexis Tsipras a répondu ainsi : « Après 5 mois de négociations, nos partenaires en sont venus à nous poser un ultimatum (…) Leur but est l’humiliation de tout un peuple, et elles manifestent avant tout l’obsession du FMI pour une politique d’extrême austérité (…) Notre responsabilité dans l’affirmation de la démocratie et de la souveraineté (…) nous oblige à répondre à l’ultimatum en nous fondant sur la volonté du peuple Grec ».

Le vrai visage de cette Europe

On aurait pu imaginer, naïvement, que, placés devant la perspective d’un jugement démocratique, la troïka et les dirigeants européens auraient pu faire des concessions, revenir en arrière, et accepter les propositions de la Grèce du début de semaine, déjà assez éloignées du programme de Syriza du début d’année. Mais non, dans cette construction européenne, la démocratie compte bien moins que la religion qui rassemble ses dirigeants, mélange de foi dans l’unification européenne et une doctrine austéritaro-néolibérale. Le président de l’Eurogroupe a donc annoncé hier que le programme « d’aide » à la Grèce prendrait bien fin le 30 juin, refusant la proposition d’une prolongation d’un mois de la Grèce, pour tenir compte du référendum prévu dimanche prochain. Un pas vers le défaut et une sortie de l’euro.

Ce faisant, l’Eurogroupe essaie sans doute d’oblitérer le référendum, puisqu’il porterait sur une proposition qui ne tiendrait plus. Mais au pire, Alexis Tsipras pourrait demander aux Grecs de valider ses choix et il est probable qu’il serait gagnant… Le comportement de l’Eurogroupe est insultant puisqu’il a exclu la Grèce de la fin de ses discussions. Jacques Sapir dénonce le caractère tyrannique de cette Europe, qui outrepasse les textes et les usages de la sorte, par un coup de force qui pourrait être contesté légalement. Mais surtout, il souligne que l’UE a sans doute enclenché le processus de sa destruction, dans ce qui pourrait bien être une victoire à la Pyrrhus de la ligne allemande pour reprendre Romaric Godin qui poursuit son œuvre de décryptage de cette crise dans trois papiers fondamentaux.

En convoquant un référendum tout en indiquant qu’il y voterait sans doute « non », Alexis Tsipras fait bien preuve d’un caractère gaullien, pour reprendre Sapir. Je suis heureux d’avoir l’impression de m’être trompé sur son compte. Depuis quelques jours, il défend comme un lion son peuple et le mandat qu’il tient de lui. Ce faisant il révèle aussi une fois de plus le côté obscur de cette construction européenne.

 

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