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« Je ne vois pas de raison majeure pour organiser un sommet exceptionnel. » À l’issue d’une réunion avec les responsables des partis politiques allemands lundi 29 juin, Angela Merkel a joué la carte de la fermeté sur le dossier grec.
On pourrait prendre la sortie de la chancelière, considérée comme l’actrice-clé d’une éventuelle sortie de crise, comme une nouvelle étape de la partie de poker menteur en cours entre les Européens et Athènes. C’est une réponse à l’appel par le gouvernement d’Alexis Tsipras à voter « non » le 5 juillet ; un non au programme d’aide et aux réformes réclamées par l’UE, la BCE et le FMI.
La stratégie de Merkel vise à mettre la pression sur les dirigeants grecs. Mais plutôt pour les désigner comme les uniques responsables de l’échec des négociations. La capitale allemande semble avoir abandonné l’espoir de trouver un accord de dernière minute avec le gouvernement d’Alexis Tsipras.
Annulation du référendum
« Techniquement et juridiquement, il n’est plus possible de faire voter le Bundestag sur une prolongation », souligne le député SPD, Norbert Spinrath, à quelques heures de l’expiration du deuxième programme d’aide, mardi 30 juin à minuit.
Si la porte reste ouverte à une reprise de la négociation, l’examen de la proposition diffusée par Athènes in extremis, mardi, est conditionné à « une annulation du référendum. Sinon ce ne serait pas crédible », souligne le porte-parole des affaires européennes du groupe SPD au Bundestag.
L’opposition écologiste, de manière nuancée, et la gauche radicale, de manière plus frontale, ont exhorté le gouvernement d’Angela Merkel à prendre l’initiative pour trouver une solution.
Un Grexit acceptable
Pourtant, avec les offres formulées avant la rupture des pourparlers pour la prolongation du deuxième plan d’aide, les responsables de la grande coalition droite gauche ont l’impression d’avoir déjà osé plus que de raison.
« À la différence des programmes d’aides pour l’Espagne, le Portugal ou l’Irlande, les dernières propositions comprenaient un important soutien à l’investissement », a souligné le vice-chancelier Sigmar Gabriel (SPD).
Mi-mars, le ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, avait évoqué l’éventualité d’un Grexit par accident. Sa déclaration, en forme de ballon d’essai, avait alors fait couler beaucoup d’encre. Désormais, la sortie de la Grèce de la zone euro, scénario présenté comme la catastrophe ultime depuis des années, est devenue une option probable.
Et surtout, supportable pour le reste du continent. Grâce aux mécanismes créés depuis le début de la crise financière, comme le Mécanisme européen de stabilité, « l’Europe est plus robuste qu’il y a cinq ans pour réagir à cette situation », argumente Angela Merkel.
Frondeurs
Ce slogan, qui devrait encore passer l’épreuve du feu des marchés financiers, constitue la pièce maîtresse de la stratégie de dédramatisation du Grexit. Selon la version officielle allemande, ni les entreprises, ni les contribuables ne souffriront d’un défaut de paiement de l’État grec et des faillites bancaires subséquentes.
« Une contagion à d’autres pays et la déstabilisation de la zone euro ne sont pas du tout improbables », prévient pourtant Gustav Horn, directeur scientifique de l’institut de macro-économie et d’étude la conjoncture (IMK), proche historiquement du mouvement syndical.
Une autre question reste pourtant en suspens : la restructuration de la dette. Ce point de blocage dans les négociations viendra à l’ordre du jour indépendamment de l’issue du référendum du 5 juillet. Un débat sur l’avenir des créances grecques semble inéluctable, mais il demandera un courage politique que peu d’observateurs prêtent à la populaire chancelière allemande.
Une partie des députés conservateurs s’opposaient en amont des derniers événements à un troisième plan d’aide, menaçant de fonder un groupe de frondeurs à la mode d’outre-Rhin. Pour Angela Merkel, les jours à venir seront un test sur l’étendue de son ambition européenne.