Étiquettes

, , , ,

Jeudi devait être le jour de l’accord final entre l’Iran et le fameux groupe 5+1 (États-Unis, France, Angleterre, Allemagne, Chine et Russie). Il s’en est donc fallu de peu pour que la chose accouche aux forceps. Cela devrait être pour la prochaine fois.
Nicolas Gauthier ,Journaliste, écrivain

Jeudi devait être le jour de l’accord final entre l’Iran et le fameux groupe 5+1 (États-Unis, France, Angleterre, Allemagne, Chine et Russie). Il s’en est donc fallu de peu pour que la chose accouche aux forceps. Cela devrait être pour la prochaine fois ; sachant qu’il est plus que probable qu’il y ait bel et bien une prochaine fois.

Au cœur du problème, évidemment, le programme nucléaire iranien, civil comme militaire. Le premier est de fait acquis. Le second ? Il est un fait tout aussi acquis que Téhéran ne souhaite pas, à court comme à moyen terme, se doter de l’arme atomique, sachant que son arsenal – missiles S-300 fournis par Moscou – est largement apte à sanctuariser son territoire contre toute forme d’attaque aérienne. Puis, la levée de l’embargo. Là encore, le consensus n’était pas loin d’être au rendez-vous, grâce aux efforts russes, chinois et allemands.

Alors, pourquoi cet échec ? À cela, plusieurs raisons. La France qui, pour complaire à Israël et à l’Arabie saoudite, fait tout pour faire capoter ce rapprochement historique. Israël, ensuite, qui persiste à voir en l’Iran un adversaire irréductible, alors que les troupes de Daech, autrement plus menaçantes pour la survie de l’État hébreu, se rapprochent dangereusement de ses frontières. Puis, l’Arabie saoudite, qui entend conserver le leadership du monde arabo-musulman, quitte à écraser son rival perse et chiite. Mais là encore, Daech a commis ses premiers attentats dans le royaume saoudien, royaume dont la famille régnante pointe à la première place des ennemis à éliminer, à en croire les idéologues de ce possible néo-califat… Bref, à Riyad ou Tel Aviv, on est passé maître dans l’art de se tirer une rafale de kalachnikov dans le pied.

Aux États-Unis, nombreux sont les adversaires de ce processus de paix. Barack Obama a fini par faire la paix avec La Havane. Pour clore en beauté son second mandat, il ne lui restait plus qu’à faire de même avec Téhéran, mais les néo-conservateurs, même en perte de vitesse, ne l’entendent pas de cette oreille, pas plus que les puissants lobbies sionistes locaux, avec lesquels républicains et démocrates n’ont d’autre choix que de composer, même s’ils n’en pensent souvent pas moins.

Pour finir, il ne faut pas négliger certains cercles de pouvoir iraniens. En effet, l’embargo ne fait pas que des malheureux dans ce pays : des fortunes se sont bâties, de puissants réseaux se sont constitués grâce à l’art de le contourner. Il ne s’agit pas là de puissances « réformatrices » ou « conservatrices », mais seulement d’oligarchies entendant conserver pouvoir et prérogatives.

Serait-il donc urgent d’attendre ? Peut-être, mais pas trop. Car les hommes de Daech, eux, n’attendent pas. Mais les troupes iraniennes, elles, se battent sur le terrain. Et là, c’est Téhéran qui serait en droit de s’impatienter, sachant les atermoiements d’un Occident dont la stratégie se résume souvent à celle de la barcasse dérivant au gré de vents contraires.

Boulevard Voltaire – La liberté guide nos pas