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Ram Etwareea

Le président de la Comission européenne Jean-Claude Juncker. Les dirigeants de l’UE ont plutôt accueilli favorablement les propositions de réformes grecques. (Keystone)

Le président de la Comission européenne Jean-Claude Juncker. Les dirigeants de l’UE ont plutôt accueilli favorablement les propositions de réformes grecques. (Keystone)

La Grèce se plie aux exigences des créanciers et s’engage à réformer son économie. Les propositions d’Athènes sont jugées plutôt positives. Ce week-end sera décisif pour un accord

Si l’évolution des marchés financiers constitue un indicateur fiable, le spectre d’un Grexit, c’est-à-dire la sortie de la Grèce de la zone euro, s’est passablement éloigné. En Asie, en Europe et aux Etats-Unis, les principales places financières ont pris des couleurs vendredi et la monnaie européenne s’est raffermie face au dollar américain.

Le sombre scénario qui était de mise au lendemain de la rupture des négociations entre les créanciers (Banque centrale européenne, Fonds monétaire international, Commission européenne) et Athènes le 26 juin et du référendum du 5 juillet qui a désavoué ces trois institutions n’est plus vraiment d’actualité. Il a tout de même fallu une succession de réunions de crise de l’Eurogroupe et de deux sommets de la zone euro pour insuffler un regain d’optimisme.

Admonesté par les dirigeants de la zone euro le week-end dernier, le gouvernement du premier ministre grec, Alexis Tsipras, avait formellement adressé mardi une demande pour une troisième aide financière au Mécanisme européen de stabilité (MES), le fonds monétaire européen. Jeudi soir, il a fait parvenir à Bruxelles un programme détaillé des réformes ainsi qu’un calendrier pour leur mise en œuvre. Il s’y engage à prendre des mesures drastiques d’économie de 13 milliards d’euros par an en échange d’une enveloppe de 53 milliards d’euros sur trois ans (2015-2018). Force est de constater que la majorité des mesures préconisées est reprise des propositions faites par les créanciers. Le prêt du MES servira à rembourser des dettes arrivant à échéance ainsi qu’à recapitaliser les banques grecques à hauteur de 14 milliards d’euros.

Les premières réactions au programme détaillé des réformes ne se sont pas fait attendre. La France, l’Italie, l’Espagne l’ont salué, disant qu’il constituait une bonne base pour parvenir à un accord politique Même la Slovaquie, partisane de la ligne dure contre la Grèce, a adopté un ton conciliant, qualifiant les propositions d’Athènes de progrès.

Mais on est encore loin de l’unanimité. En échange des mesures d’économie et des réformes, Athènes réclame aussi une restructuration de sa dette qui s’élève à 177% de son PIB. Cette revendication a obtenu un énorme soutien notamment de la part du président du Conseil européen, Donald Tusk, de la directrice du FMI, Christine Lagarde, et du secrétaire d’Etat américain au Trésor, Jack Lew.

Au sein de l’Union, un pays et non des moindres s’oppose au principe d’une annulation même partielle ou d’une restructuration de la dette grecque. L’Allemagne, par la voix de la chancelière Angela Merkel et de son ministre des Finances Wolfgang Schaüble, a affirmé à plusieurs reprises ces derniers jours qu’une telle mesure violerait les règles européennes.

Le programme grec, y compris la question de la dette, fera l’objet d’une évaluation de la part des créanciers et de l’Eurogroupe qui se réunit une nouvelle fois ce samedi à Bruxelles. Les discussions ont déjà commencé vendredi entre Jean-Claude Juncker, président de la Commission, Mario Draghi, président de la BCE, Christine Lagarde, directrice du FMI, et Jeroen Dijsselbloem, président de l’Eurogroupe. Ce dernier a déclaré qu’une décision importante sera prise ce week-end.

La réunion de l’Eurogroupe sera suivie d’un sommet européen dimanche après-midi, toujours à Bruxelles. Les dirigeants européens auront le dernier mot. S’il y a un accord politique, le MES prendra le relais et négociera les détails du programme d’aide à la Grèce. Dans une telle éventualité, cette institution financière pourra fournir un crédit pont qui permettrait à Athènes de rembourser ses dettes arrivant à échéance, dont 3,2 milliards à la BCE au plus tard le 20 juillet.

Un accord final entre les créanciers et la Grèce devra aussi obtenir l’aval de six parlements nationaux – Allemagne, Pays-Bas, Autriche, Slovaquie, Finlande et Estonie.

Sony Kapoor, directeur de Re-Define, un centre d’analyses politiques basé à Bruxelles, se réjouit qu’un accord politique soit en vue pour crever l’abcès grec. Toutefois, il estime que la perspective d’un Grexit a été exagérée. «Les coûts de la sortie de la Grèce de la zone euro et éventuellement de l’Europe en termes financiers, mais aussi géopolitiques et sécuritaires, sont trop élevés, dit-il. Les Etats-Unis ont d’ailleurs tenu à rappeler les vrais enjeux et l’intérêt supérieur aux Européens à multiples reprises.»

L’analyste estime que beaucoup de temps a été perdu dans les négociations et il a fallu que la BCE se serve du bâton (fermeture du robinet de crédit, sauf une fine ligne de crédit d’urgence), ce qui a détérioré une économie grecque déjà malade, pour ramener le gouvernement grec à la raison. «Malheureusement, selon lui, la solution qui est sur la table n’est pas suffisante pour remettre la Grèce sur la voie d’une croissance durable, poursuit-il. La dette grecque est insoutenable et nécessite une restructuration.»

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