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 Sarah R. Champagne – Avec l’Agence France-Presse et La Presse canadienne 
Plus de 8000 personnes ont assisté à l’événement, vendredi.
Photo: John Bazemore Associated Press Plus de 8000 personnes ont assisté à l’événement, vendredi.

C’est la fin d’une ère : le drapeau confédéré ne flotte désormais plus près du parlement de la Caroline du Sud. Après trois semaines de controverse et quinze heures de débats acrimonieux entre les murs de ce même parlement, l’État a retiré la bannière, symbole de racisme pour beaucoup d’Américains.

La controverse ayant mené au retrait avait été provoquée par le massacre de neuf Noirs dans une église de Charleston. Son auteur, Dylann Roof, aujourd’hui inculpé et emprisonné, est un partisan de la suprématie blanche qui avait justifié son geste par sa haine des Noirs, sur un site où on le voit brandir la bannière sur plusieurs photos.

L’emblème ainsi abaissé d’un mât de dix mètres, qui sera lui aussi enlevé, jouxtait un monument en souvenir de la guerre de Sécession, dans les jardins du parlement de Columbia. Il avait été installé sur le dôme du parlement en 1960, puis déplacé il y a une quinzaine d’années devant le bâtiment, à la suite d’une polémique semblable. Durant la brève cérémonie de six minutes, la gouverneure de l’État, Nikki Haley, se tenait dans les marches du capitole avec des membres des familles des victimes de la tuerie et d’autres dignitaires. Elle n’a pas prononcé de discours, mais a souri et acquiescé en direction de la foule quand un spectateur a crié : « Merci, gouverneure ! »La foule a alors entonné « USA, USA » et « Hey, hey, hey goodbye » alors qu’une garde d’honneur de Caroline du Sud descendait le drapeau confédéré. Ils étaient entre 8000 et 10 000 à être venus assister à l’événement, ce qui démontre « la force du symbole », croit Greg Robinson, professeur d’histoire à l’UQAM et membre de l’Observatoire sur les États-Unis.

Et le racisme ?

Ce symbole qui « divise », comme l’arguait lagouverneureHaley pour réclamer son décrochage, sera dorénavant déposé dans un musée d’histoire militaire confédérée.« Il y sera mieux que dans l’espace public. Même si c’est une façon habile de se débarrasser de la question raciale, le geste ne la réglera pas », affirme M. Robinson. Barack Obama, premier président noir des États-Unis, s’est empressé de tweeter que le retrait est un « signe de bonne volonté et de cicatrisation [des blessures], ainsi qu’une étape décisive vers un avenir meilleur ».

L’événement constitue effectivement une remise en question par les citoyens du Sud de cet « héritage empoisonné de la Confédération et de l’esclavage », selon le professeur. Mais le décrochage du drapeau n’est qu’un « épisode » de ces tensions raciales, par ailleurs de plus en plus visibles grâce aux médias sociaux et traditionnels, selon cet Américain de naissance. « L’histoire des États-Unis est une lutte continue pour la réalisation des idéaux de liberté et d’égalité. C’est un élan vers ces idéaux, mais le travail qui continue », conclut M. Robinson. Il cite pour preuve les importants écarts de richesse entre les citoyens noirs et les Blancs.Le geste incitera certainement d’autres États à faire de même, croit-il tout de même. L’Alabama a déjà d’ailleurs réagi à la tuerie de Charleston en abaissant le drapeau confédéré de son parlement le 24 juin dernier. Des élus conservateurs du Mississippi ont également réclamé que leur drapeau, qui contient la bannière confédérée dans le coin supérieur gauche, soit retiré.

Après le drame de Charleston, plusieurs distributeurs américains avaient annoncé qu’ils ne vendraient plus de produitsfloqués de l’emblème. Signe toutefois de la tension qu’il suscite encore, le mât du drapeau avait été entouré jeudi d’une barricade et gardé par plusieurs policiers avant d’être mis à terre.Le 18 juillet, le Ku Klux Klan, qui milite pour la suprématie blanche, a prévu de manifester sur la même esplanade pour la défense du drapeau confédéré.

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