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Grèce

« Sauver la Grèce, sauver l’Europe »… l’interview télévisée de François Hollande devrait donner l’occasion de quelques leçons et péroraisons dans la veine des instituteurs tout droit sortis de la Troisième République. Le discours présidentiel du 14 Juillet pourrait même être transmis depuis un musée Grévin du radical socialisme, on n’y verrait que du feu. On l’entend d’ici, notre Président, vanter les mérites de son intervention diplomatique grâce à laquelle l’idéal européen est sorti renforcé, etc. Devant cet exercice ahurissant de pensée unique et de soumission à une politique absurde, il n’était pas possible de rester silencieux.

Sauver l’Europe ou sauver l’euro?

Au sommet européen de Bruxelles, il ne s’est évidemment pas agi de sauver l’Europe, mais seulement de sauver l’euro. Tous l’avaient très bien compris autour de la table, y compris Angela Merkel qui a proposé un « Grexit temporaire » qui sonnait comme un: « si vous voulez garder un euro uni, alors, il faudra accepter le diktat allemand ».

Allons même plus loin: le sommet de Bruxelles a sauvé l’euro, en conservant la Grèce dans son sein, mais en la soumettant à la curée. Il a en revanche tué l’Europe: on sait désormais que celle-ci a ses règles, qui ne sont pas celles de la volonté des peuples, mais celles de la volonté de quelques-uns d’entre eux, et singulièrement de l’Allemagne.

Sauver la Grèce? ou plutôt l’achever

La victime unique du sommet de Bruxelles s’appelle la Grèce. Certes, les Grecs nous usent depuis des années à parler de réformes qu’ils ne mettent jamais en place. Il n’en reste pas moins que… leur exécution en place publique, après une tentative ubuesque de referendum, constituera un stigmate durable dans l’histoire du continent. On a parlé à juste titre de mise sous tutelle: contrairement à ce qui est rapporté, l’accord de Bruxelles n’échange pas de l’austérité contre une aide salvatrice. Il exige des mesures expéditives (dont certaines de modernisation indispensable) tout de suite contre une promesse d’examen d’un plan d’aide plus tard. Soumettez-vous, et peut-être aurez-vous le droit de manger.

En attendant, les Grecs (et c’est le seul bénéfice qu’ils ont arraché) devraient recevoir l’argent nécessaire au remboursement de leurs créanciers. Mais pas un Grec ne verra la couleur de cet argent, et l’exercice sera tout sauf une partie de plaisir! l’échec de l’Eurogroupe hier l’a montré.

L’imposture Tsipras

L’imposture Tsipras éclate désormais au grand jour. Il serait en effet abusif de faire peser sur l’Allemagne la responsabilité unique de ce qui vient de se passer. Si Tsipras n’avais pas joué aux apprentis Machiavel, flanqué de son burlesque Varoufakis qui lui aura fait tout perdre, le peuple grec ne se trouverait pas dans cette mauvaise passe.

Rappelons que, le 20 février, la Grèce a signé un pré-accord avec ses créanciers qui était beaucoup moins rigoureux que le texte du 13 juillet. Si la Grèce n’avait pas, à partir de fin février, joué la montre en partant du principe que l’Allemagne n’oserait pas taper du poing sur la table et prendre le risque de faire tanguer la zone euro, l’addition finale serait beaucoup moins salée. Entre-temps, quatre précieux mois ont été gaspillés, qui ont permis à la Grèce de tomber en récession, de faire faillite, et d’être contrainte à rationner les liquidités pour éviter l’écroulement du système bancaire.

Tsipras mérite d’être jugé en place de grève pour cette catastrophe qu’il a organisée de bout en bout.

La folie de Tsipras face à l’euro

L’erreur cataclysmique de Tsipras est digne d’un débutant: elle consiste à avoir annoncé d’emblée qu’il ne quitterait pas la zone euro, tout en conspuant régulièrement les règles du jeu et ses créanciers. Tsipras a imaginé pouvoir prendre la zone euro en otage tout en annonçant qu’il ne voulait pas mourir avec elle.

C’était pain béni pour l’Allemagne que de vendre très chèrement une reddition annoncée de très longue date.

Sortir de l’euro, la seule solution pour la Grèce

Partout en France, le maintien de la Grèce dans la zone euro est présenté comme une grande victoire pour la Grèce et pour l’Europe. Cette incapacité à poser la question du bien-fondé d’une présence grecque dans la zone euro est ahurissante. Elle prépare la grande crise européenne de demain. Le premier malheur de la Grèce s’appelle en effet l’euro: le bon sens, pour les Grecs, est de reprendre leur liberté monétaire et de pouvoir dévaluer à leur aise quand ils perdent de la compétitivité. Pour ce pays où le tourisme est si important, l’instauration d’une monnaie nationale est une aubaine: elle permet de faire venir à bon compte une devise forte comme l’euro tout en disposant de produits peu chers sur place.

Une impressionnante pensée dominante interdit aujourd’hui de poser le débat, y compris en Grèce. Dommage pour les Grecs et dommage pour ceux qui comprendront tôt ou tard que la monnaie unique ne profite durablement qu’à l’Allemagne.

La gauche française n’a rien compris à son malheur

Cet attachement à l’euro est curieusement propagé par des gens comme Mélenchon dont la posture ne manque pas d’étonner. On veut l’euro, mais on combat l’austérité. On veut une monnaie unique avec l’Allemagne, mais on refuse de respecter les critères de convergence économique que l’on a acceptés lors de la signature du traité de Maastricht. Cette démagogie fera un jour le malheur de la France, comme il fait le malheur du peuple grec.

Car la curée imposée à la Grèce ce week-end se retournera tôt ou tard contre la France. Je le dis à tous ceux qui plaident aujourd’hui pour un « gouvernement économique européen ». Vous qui refusez de diminuer la masse de fonctionnaires parce que cette décision est trop impopulaire, vous qui refusez la retraite à 67 ans, vous qui tortillez du derrière sur le travail du dimanche ou sur la simplification du droit du travail, vous souhaitez aujourd’hui créer une instance supérieure qui vous imposera sans coup férir bien pire que ce que vous craignez aujourd’hui.

Comment Hollande lâche la proie pour l’ombre

En « sauvant l »euro », Hollande a multiplié les petits crimes entre amis. Il a d’abord convaincu les Grecs d’accepter la corde que l’Europe voulait leur passer au cou. Au fond, Hollande, c’est l’anesthésiste du cruel Docteur Schaüble. Hollande a ainsi utilisé Tsipras comme un idiot utile. Tant que la Grèce est dans la zone euro, la France dispose d’un mauvais élève sur qui détourner l’attention. Tant que la Grèce est là, l’Allemagne a besoin de ménager la France pour ne pas faire voler en éclats la totalité de l’édifice européen.

La mise sous tutelle de la Grèce signe toutefois la fin de l’insouciance française: une fois la zone euro purgée de son mauvais élève, l’Allemagne pourra exiger une remontée des taux. Et le malheur français commencera.

François Hollande a cru y échapper: lorsqu’il les bourses ont commencé à tanguer, à l’annonce du referendum grec, les taux d’emprunt souverain ont commencé à grimper. Il n’en fallait pas plus pour convaincre la France de la nécessité d’un accord à n’importe quel prix. Y compris celui d’une humiliation durable du peuple grec.

Hollande fait payer aux Français le prix de sa candidature en 2017

Car le noeud gordien est bien là. Pour avoir une chance d’être réélu en 2017, François Hollande doit éviter l’austérité en France et multiplier les petits cadeaux. Il peut se permettre de les distribuer aujourd’hui grâce aux faibles taux auxquels la France emprunte. Le problème, comme toujours, est que les taux faibles enrichissent les Etats mais appauvrissent les épargnants. Et l’épargnant allemand ne tardera pas à réclamer son dû.

La remontée des taux, qui est inéluctable, c’est le noeud coulant qui se referme sur le cou du contribuable français. L’étranglement sera d’autant plus brutal que notre Président dilapide l’argent public pour retrouver un semblant de popularité. Tout ce qui n’est pas réformé aujourd’hui se paiera au décuple demain.

Quand on marche sur la tête

Bref, l’accord européen n’est que partie remise. Il est une bouffée d’oxygène temporaire et un immense recul devant l’obstacle. Le présenter comme une grande victoire n’est rien d’autre que marcher sur la tête.

Mais c’est peut-être désormais le seul signe de bonne santé que l’Europe soit capable d’envoyer: celui d’un troupeau de singes ivres qui avancent les mains au sol et les pieds en l’air, comme si leur entendement était à l’envers.

http://www.eric-verhaeghe.fr