Étiquettes

, , , ,

Union mixte: des couples se racontent

Jacques Nadeau – Avec Marie-Andrée Chouinard
Saiswari Virahsammy, née au Québec mais originaire de l’île Maurice, et Ronny Désinor, Haïti. Se disant tous deux très «spirituels», ces artistes ont plongé dans l’univers spirituel de l’autre — elle hindouiste, lui protestant. Comment les deux amoureux conjuguent-ils le tout? «Deux fois par mois, on va à l’église. Et deux fois par mois, au centre Sai Baba», dit Saiswari. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Saiswari Virahsammy, née au Québec mais originaire de l’île Maurice, et Ronny Désinor, Haïti. Se disant tous deux très «spirituels», ces artistes ont plongé dans l’univers spirituel de l’autre — elle hindouiste, lui protestant. Comment les deux amoureux conjuguent-ils le tout? «Deux fois par mois, on va à l’église. Et deux fois par mois, au centre Sai Baba», dit Saiswari. 

Ils s’appellent Cathy Wong et François Fournier. Yannick de Garie et Badr Aït Ahmed. Et aussi Mamselle Ruiz et Jean-Simon Rioux. Qu’ont-ils de particulier ? Ce sont des couples interculturels qui, en tissant leur relation amoureuse, ont aussi marié leurs cultures.

Ceux-là, comme tous les duos métissés rencontrés à Montréal pour donner vie à cephotoreportage, font partie des statistiques selon lesquelles le nombre d’unions mixtes est en hausse au Canada. Selon les plus récentes données de l’Enquête nationale auprès des ménages (2011), environ 360 045 couples, ou 4,6 % de l’ensemble au Canada, ont fait mariage de cultures et pas seulement de sentiments.François Fournier, sociologue et chercheur né à Boston, est en couple avec Cathy Wong, « une enfant de la loi 101 » née à Verdun de parents d’origine chinoise qui ont grandi au Vietnam. « Ma famille revendique son identité chinoise ancestrale, je suis une Québécoise d’origine chinoise, mais je me définis avant tout comme une Montréalaise. »

Une rencontre comme la leur ? Ça ne s’invente pas. C’était dans le cadre de la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables, au coeur de laquelle se trouvaient des questions d’identité. « Je voulais développer une simulation de la commission pour les jeunes issus de la diversité », ditCathy. François, un des bras droits des commissaires, a été contacté. Ils ne se sont plus laissés.Si François ne sent pas leur interculturalité, Cathy, elle, en est imprégnée. « Je vis très fortement notre diversité, car je suis la seule de ma famille en situation interculturelle. Pour ma famille, François n’est qu’un ami. Ma soeur, plus traditionnelle que moi, a le conjoint chinois par excellence. Moi, je suis perçue comme un échec sur le plan relationnel. Ça me fait de la peine, mais j’ai appris à séparer ma vie amoureuse de la vie familiale. »

D’autres, comme Yannick de Garie, née à Montréal-Nord, et Badr Aït Ahmed, originaire de Casablanca, au Maroc, en sont venus au fil de la relation à partager jusqu’à la même religion. Yannick s’est convertie à l’islam et a prononcé la chahada le jour de son mariage. Badr a dû prendre son courage à deux mains pour annoncer à ses parents qu’il mariait une Québécoise. « On est le pont entre deux cultures. On doit tempérer les deux côtés. Je ne cherchais pas l’approbation de mes parents, mais je voulais les rassurer. »Mamselle Ruiz et Simon Rioux se sont rencontrés dans une troupe de cirque. Elle : chanteuse née au Mexique. Lui : artiste issu du Québec. Ils avaient le langage des arts en partage, mais elle a dû apprendre le français, dont elle ne connaissait pas les rouages. « J’ai commencé à faire des chansons en français pour apprendre la musicalité de la langue. J’ai eu des périodes de fatigue, où j’ai fait des pauses. Mais un jour, ça a débloqué. Je comprenais tout. »

 La communion du couple représente leur plus grande force comme leur plus imposant défi. « J’ai le devoir de devenir avec lui une femme plus indépendante et plus forte », dit Mamselle (son vrai prénom, et non son nom d’artiste). « Il me pousse à devenir libre. C’est un des cadeaux les plus importants que j’ai eus. »Ces photos font partie du projet Aime comme Montréal, un photoreportage composé de rencontres avec 75 couples interculturels montréalais qui sera présenté au début de 2017 dans le cadre des festivités entourant le 375e de la ville de Montréal. Le projet est dirigé par Jacques Nadeau et Marie-Christine Ladouceur-Girard.

  • Amours métissées
Le photoreportage de Jacques Nadeau

Devant l’œil de notre photographe, des couples interculturels se dévoilent.


Audrey Larose, Québec et Audrey (Lani) Trilène, Martinique

«On n’a pas forcément les mêmes désirs dans un couple interculturel. Lani a le syndrome de la fille qui a vécu sur une petite île. Dans sa Martinique natale, les gens ont un désir de bouger, de voir ailleurs. Elle s’en irait s’installer en Australie demain. Elle est nomade. Moi, je ne peux pas concevoir de quitter le Québec, de m’éloigner de mes chiens et de ma famille! », dit Audrey Larose.

Yannick De Garie, Québec et Badr Aït Ahmed, Maroc

Claudine Malard, Île de La Réunion, et Christophe Lemière, France, et son fils Guandalf

Ils ont choisi Montréal afin de vivre de leur art.

Mathieu Marion, Québec et Chinatsu Kobayashi, Japon et leur fille Mizuki

L’éducation des enfants n’est pas toujours évidente dans un couple interculturel. Ainsi, si au Japon les parents n’embrassent pas leurs enfants, au Québec les démonstrations de tendresse sont monnaie courante. « J’ai convaincu Chinatsu d’être très affectueuse avec son enfant », dit Mathieu.

Nicolas Tea, Cambodge et Jessica Laranjo, Portugal

« Je suis psychologue et j’ai lu un livre qui a provoqué en moi une urgence de vivre. J’ai dit à Nicolas : je veux me marier durant un an avec toi en faisant le tour de l’Asie. » Ils sont partis en juin 2015 et reviendront en juin 2016.

Manu Alix Surprenant, Corée du Sud (adoptée par une famille québécoise quand elle avait 8 mois), et Youssef Shoufan, Syrie

« Plus je réfléchis, plus que je pense que mon identité est dans mon individualité. Je me détache de cette obligation de choisir entre le Québec et la Syrie. »

Mamzelle Ruiz, Mexique, et Simon Rioux, Québec

Mikhail Smirnov, Russie, et Aygerim Syzdykova, Kazakhstan

Ces artistes peintre, trouvent leur inspiration dans leurs pays d’origines et leur quartier de Lasalle. C’est un quartier qui leur ressemble. « On cherche des gens simples, matures, des immigrants, des gens qui travaillent durs. Ils inspirent nos croquis. »

Philippe De Vienne, Québec, et Ethnée De Vienne, Trinidad

Le couple est bien connu du public pour leur passion des épices. « La misogynie est bien plus profonde que le racisme dans ce pays », affirme Philippe.

Saiswari Virahsammy, originaire de l’Île Maurice mais née au Québec, Ronny Désinor, Haïti

Se disant tous deux très « spirituels », ces deux artistes ont plongé dans l’univers spirituel de l’autre — elle hindouiste, lui protestant. Comment les deux amoureux conjuguent-ils le tout ? « Deux fois par mois, on va à l’Église. Et deux fois par mois, au centre Sai Baba », dit Saiswari.

Thi Be Nguyen, Vietnam, et Bruno Demmerle, Canado-Suisse

Ayant fui le Vietnam en bas âge par bateau, Thi Be entretient une relation paradoxale avec l’eau. Elle y trouve la quiétude tout en combattant la peur de se noyer. « Mon père n’aime pas cet endroit où nous venons en famille, ici à Pointe-Claire. Il n’aime pas l’eau. Cela lui rappelle le Mékong et la peur de mourir. »

Réjean Dong Hai Nguyen, Vietnam, et Marie Dominique, Québec

« On vit l’interculturel à travers la nourriture. On est des aventuriers de textures et de goûts. »

Cathy Wong, Chine, et François Fournier, États-Unis

http://www.ledevoir.com/