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 Par Dominique Gallois et David Revault d’Allonnes

Le président, François Hollande, et le chef du gouvernement, Manuel Valls, ont finalisé, mercredi 22 juillet dans la matinée, avant le conseil des ministres, les derniers détails du plan d’urgence de soutien aux éleveurs. Ce dispositif compte une quinzaine de points, mêlant mesures conjoncturelles et structurelles.

  • Désendetter les éleveurs

Afin de redonner un peu d’air aux éleveurs, « confrontés à des difficultés de remboursement de leurs emprunts », l’Etat s’engage avec les banques, au premier rang desquelles le Crédit agricole, dans un « travail de restructuration des dettes bancaires. »

Est également prévu le report de plusieurs mois des échéances de paiement des cotisations sociales, personnelles salariales et patronales.

De la même façon, « sur demande », il sera possible aux éleveurs d’obtenir un « report des échéances de paiement des derniers acomptes de l’impôt sur le revenu et sur les sociétés, voire une remise gracieuse des taxes foncières. »

  • Lutter contre la sécheresse

Pour répondre aux besoins des régions touchées par la sécheresse et la canicule, le gouvernement envisage aussi la « mobilisation exceptionnelle » d’un fonds national de gestion des risques agricoles.

  • Soutenir l’investissement

Pour ce qui concerne les mesures structurelles, il est demandé à Bpifrance d’octroyer aux entreprises du secteur « jusqu’à 100 millions de garanties de prêt pour l’investissement et la modernisation ».

De même, toujours dans l’idée de soutenir l’investissement, est prévue la « mobilisation du PIA (plan investissement avenir) ». Ce plan, piloté par le commissariat général à l’Investissement, a été mis en place pour financer des investissements innovants et prometteurs sur le territoire.

  • Promouvoir la viande française

Une aide de 10 millions d’euros sera prodiguée aux filières porcines, bovines et produits laitiers pour les aider à faire leur promotion. Des mesures de soutien à l’export sont également prévues, comme la mise en place d une plateforme « Viande France export », regroupant tous les exportateurs français.

Le président pourrait également mandater l’un de ses secrétaires d’Etat, Matthias Fekl ou Harlem Désir, pour promouvoir la viande française en Europe.

 Eviter l’emballement

M. Hollande s’était voulu apaisant, samedi 18 juillet en marge d’un déplacement en Lozère, en lançant un « appel » à la grande distribution. Mais cette sortie n’avait pas suffi. Devant l’extension de la contestation, l’exécutif a sonné le branle-bas de combat, mardi 21 juillet. En trois temps.

Le ministre de l’agriculture, Stéphane le Foll, d’abord, a annoncé que le rapport du médiateur, sur l’évolution des prix de la viande de porc et la viande de bœuf, lui serait remis avec 24 heures d’avance. M. Hollande, ensuite, a décrété, à la surprise générale, la présentation d’un « plan d’urgence » dès le lendemain. M. Valls, ensuite, a convoqué une réunion de ministres et en a appelé à « la responsabilité » des « industriels » et de la « grande distribution ».

C’est lundi après-midi dans son bureau de l’Elysée, lors d’un tête-à-tête avec M. Le Foll, que le président a pris le parti d’« accélérer » et de présenter un plan dès le conseil des ministres de mercredi. « Il y avait un risque de constitution d’un kyste », a-t-il expliqué devant plusieurs conseillers.

Un ministre confirme : « Il y a eu une crainte que le truc s’emballe au milieu de l’été et devienne violent. Cela peut aller très vite, ils ont les moyens de bloquer pas mal de choses ».

Pas question de prendre le risque de l’enlisement et donc d’un quelconque dérapage qui, dans la torpeur estivale, n’en aurait que davantage de retentissement.

« On s’attend à autres choses que des mesurettes »

Une réunion de l’ensemble des acteurs doit avoir lieu mercredi après-midi après la présentation du plan d’urgence.

Le patron de la FNSEA, Xavier Beulin, lui, insiste sur la gravité de la crise : « Quand le chef de l’Etat parle par deux fois en quelques jours, cela prouve que la situation est suffisamment grave, et on s’attend à autres choses que des mesurettes. »

Déminer à tout prix, donc. Heureux hasard du calendrier : M. Hollande, avant même le début de la crise, avait décidé d’un déplacement, jeudi 23 juillet, sur le thème de la viticulture dans le vignoble de Bourgogne, récemment inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

S’il devrait évidemment en profiter pour délivrer un message aux agriculteurs, il laisse à son ministre le soin de directement négocier avec les responsables de la filière élevage. « Ce n’est pas le président qui va à la rencontre des éleveurs, rappelle un conseiller. Il ne peut devenir lui-même l’instance de dialogue. » Mais il suit l’affaire de très près.

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