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Le Premier ministre est ce jeudi en Picardie pour apaiser les craintes.
Certaines directions régionales ne devraient pas déménager.
Seuls quelques hauts fonctionnaires rejoindront les 7 nouveaux chefs-lieux.
Les décrets de désignation des chefs-lieux des nouvelles super régions sont prêts. Lille, Lyon, Bordeaux, Dijon, Toulouse, Strasbourg et Rouen sont les grands vainqueurs de la fusion des régions qu’un Conseil des ministres entérinera vendredi. Leur désignation définitive interviendra dans un an, après les élections régionales. Mais, dès ce jeudi, c’est vers les neuf futures ex-capitales régionales que Manuel Valls se tournera lors d’un déplacement à Amiens. Le chef-lieu de l’actuelle Picardie est devenu le centre de la rébellion contre la baisse d’influence et les menaces sur l’emploi public local que la perte du statut de capitale régionale laisse présager. Une semaine après le secrétaire d’Etat à la Réforme territoriale André Vallini, qui promettait qu’il n’y aurait aucun perdant dans ces fusions, Manuel Valls tentera d’éteindre ces neuf mèches dangereuses dans le vent de défiance déjà fort soufflé par les maires en raison de la baisse des dotations de l’Etat.
Un rapport des inspections générales de l’administration en mai dernier rappelait que, à Châlons-en-Champagne, les postes liés à la région occupent plus de 10 % de la fonction publique. Selon ce document, 10.700 fonctionnaires risquent de changer d’affectation géographique ou fonctionnelle. Le préfet du Limousin avait aussi chiffré à 900 le nombre de fonctionnaires susceptibles de rejoindre Bordeaux. A Montpellier, 1.562 personnes sont concernées. Dans chaque préfecture figurent les Direccte (économie), les Dreale (environnement, aménagement, etc.), les Draaf (agriculture), des DRAC (culture), etc.
Organisation multisite
Voilà pourquoi le scénario envisagé au printemps d’une concentration des pouvoirs et des effectifs dans les futures superpréfectures, dispositif offrant le plus d’économies, a été retoqué par le gouvernement au profit d’une organisation multisite. En déplacement dans plusieurs capitales, le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, aurait promis un équilibre au fonctionnaire près entre les régions fusionnées.
Au final, seules quelques poignées de hauts fonctionnaires devraient bouger vers les nouveaux préfets pour les doter d’états-majors de proximité. Certaines directions régionales devraient même rester en place quand la région d’origine le justifie. Châlons-en-Champagne conserverait ainsi la direction de l’agriculture grâce à la puissance de son pôle de recherche. L’Etat jouerait aussi sur les agences régionales de santé (ARS) et les rectorats pour préserver les équilibres. Autre levier, les conseils économiques sociaux et environnementaux (Ceser), les chambres régionales des comptes (CRC) ou Pôle emploi. Epinal pourrait conserver sa CRC, Nancy son ARS. Même chose pour Caen. Enfin, l’Etat en profite également pour réorganiser les commandements militaires. Metz va par exemple récupérer celui du Grand Est.
Les délibérations des conseils régionaux sur la désignation des futurs chefs-lieux n’ont pas donné lieu à une fronde généralisée selon une source ministérielle. Seules trois régions ont marqué leur scepticisme. Les élus picards ont clairement voté contre Lille, de même que le Languedoc-Roussillon contre Toulouse. Mais les Francs-Comtois se sont contentés d’un avis réservé contre Dijon. Comme François Hollande devant la presse lundi, les ministères concernés trouvent que « la réforme ne se passe pas si mal ».