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Front National, génération Philippot, l’UNI, souverainistes, Syndicat, Université
Des Républicains au FN, des étudiants souverainistes lancent officiellement un nouveau syndicat : La Cocarde étudiante.
BORIS HORVAT/AFP -D es étudiants de droite souverainiste ont crée un « nouveau syndicat étudiant », La Cocarde étudiante.
Il s’agit de la première concrétisation d’un projet souverainiste transpartisan et brisant le « cordon sanitaire » autour du FN.
Le souverainisme peut-il réunir au-delà des appartenances partisanes ? La question se pose depuis les débats sur le référendum du traité de Maastricht, en 1992. Elle est actuellement relancée.
Souverainistes des deux rives
Le 21 août 2015, l’économiste Jacques Sapir a déclaré espérer, « à terme », la création d’une large « alliance anti-euro », du Front de gauche au Front national. « Rassembler au-delà des appareils les patriotes de droite, de gauche et d’ailleurs », a repris Nicolas Dupont-Aignan, le 29 août, dans son discours de clôture de l’université de Debout la France, dont Jean-Pierre Chevènement était l’invité.
Le 26 septembre, la Fondation Res Publica de Jean-Pierre Chevènement ambitionne d’organiser une rencontre sur le thème « Europe et souveraineté », où « chacun exprimera son approche », de Jean-Luc Mélenchon à Nicolas Dupont-Aignan en passant par Arnaud Montebourg.
« Le débat de fond seul fera bouger les lignes », plaide Jean-Pierre Chevènement dans le JDD du 30 août 2015 en souhaitant accueillir les « républicains des deux rives ». Sans cependant « supprimer le cordon sanitaire qui écarte les responsables du FN de l’espace politique républicain ».
Dissidents de l’UNI
Ce sont toutefois des étudiants de droite souverainistes qui sont allés le plus loin en s’affranchissant, eux, de ce « cordon sanitaire ». Le 4 septembre 2015 ils présenteront publiquement un « nouveau syndicat étudiant », La Cocarde étudiante, dont seize sections ont été montées depuis mai.
À l’origine se trouvent des dissidents des sections de l’UNI de Pau et de Panthéon-Assas. « L’UNI c’est Les Républicains, or ni Les Républicains ni Nicolas Sarkozy ne représentent les idées gaullistes, explique le président de La Cocarde étudiante, Maxime Duvauchelle. Nous sommes des gaullistes sociaux, nous ne sommes pas des ultra-libéraux ».
Maxime Duvauchelle vient d’ailleurs de l’UNI et des Républicains, où il représentait le courant de La Droite populaire à son conseil national. « La condition sine qua non pour défendre les étudiants, c’est d’être indépendant de tout parti politique, poursuit-il. Par souci d’indépendance, j’ai démissionné des Républicains et de La Droite populaire. »
Des Républicains au FN
L’originalité de la nouvelle organisation étudiante est d’ambitionner de rassembler sans exclusive, des Républicains au FN. Dans un souci d’équilibre, Maxime Duvauchelle affirme que ses troupes comportent « 40 % de non-encartés, 20 % de Républicains, 20 % de Debout la France et 20 % de FN ». De fait, les dirigeants des courants ou des partis concernés lui réservent un bon accueil.
« Que le gaullisme et le souverainisme s’exportent un peu partout est une bonne chose », se réjouit Pierre Gentillet (Les Républicains), président des jeunes de La Droite Populaire. Il n’affiche donc « pas d’opposition » à la participation de militants de son mouvement, se déclarant « neutre » sur la présence de membres du FN. « Cela ne me regarde pas car c’est en dehors de l’espace partisan. La Cocarde étudiante est un syndicat, nous nous sommes un parti politique ».
Cette opinion est partagée chez Debout la France. « A priori, nous ne pouvons qu’encourager la création d’un syndicat étudiant souverainiste », renchérit Alexandre Loubet, le tout nouveau président de Debout les jeunes qui, prudent, attend de savoir « quelles sont les propositions concrètes de La Cocarde étudiante ». Et il fixe une limite : « Cela ne nous pose pas de problème qu’il y ait des adhérents du FN, mais l’organisation doit rester indépendante et nous prendrions nos distances si elle s’en rapprochait trop ».
Le FN à Science Po Paris
Si le FN a déjà créé le collectif Marianne, il n’a en revanche plus tenté depuis longtemps de lancer son propre syndicat étudiant. « On n’est pas là pour bloquer la création d’une structure souverainiste et patriote, bien au contraire, se contente d’avancer Gaëtan Dussausaye. Le directeur du Front national de la jeunesse est persuadé qu’avec les nouvelles générations « tous les souverainistes et patriotes pourront effectuer un travail collectif sur leurs sujets communs. ».
Seule exception, où le parti d’extrême droite ambitionne d’apparaître en tant que tel : Science Po Parisoù les partis politiques sont représentés en tant que tels. Depuis lundi 31 août, la poignée d’étudiants « marinistes » est donc à la recherche des 120 parrainages nécessaires à sa reconnaissance.
Parmi eux, David Masson-Weyl, président du collectif Marianne, et Davy Rodriguez. Nouvel adhérent du FN issu du Front de gauche, ce dernier est en outre le vice-président de l’association « Critique de la raison européenne »… que présidait jusqu’alors Alexandre Loubet.
En dehors de leur engagement politique, certains sont amis personnels. Responsable de La Cocarde étudiante à Paris-Descartes, Kelly Betesh (FN) avait bien involontairement été à l’origine d’une polémique en publiant sur les réseaux sociaux les photos du réveillon à son domicile, en présence notamment de Maxime Duvauchelle et Pierre Gentillet (UMP-Les Républicains). Florian Philippot, vice-président du FN, était même passé souhaiter une bonne année.
Une « génération Philippot »
C’est incontestablement la présence de Florian Philippot au FN qui a permis ces rapprochements politiques, dont La Cocarde étudiante est la concrétisation. C’est en effet lui qui a conduit des jeunes se revendiquant « sociaux-souverainistes » ou « nationaux-républicains » à rejoindre le FN version Marine Le Pen.
Reste que le nouveau syndicat, pour s’imposer dans le paysage universitaire, doit obtenir des élus, ce qui est loin d’être gagné. Pour gagner son pari il devra aussi conserver sa ligne « gaulliste et souverainiste », c’est-à-dire ne pas fusionner avec une structure comme « Assas Patriote », qui a obtenu des élus sur une ligne à mi-distance entre le FN version Jean-Marie Le Pen et l’ancien GUD. Enfin, il n’est pas sûr que la direction nationale des Républicains – au-delà du courant de La Droite populaire – n’interdise pas à ses membres d’y militer.