Comment supporter une telle photo (ou l’exploiter)?
A mon tour je ne peux m’empêcher de faire ma caricature aujourd’hui sur cet enfant de trois ans qui est devenu, sans qu’il ne le sache jamais, le symbole de la connerie des hommes : ceux qui dirigent, ceux qui veulent le pouvoir, ceux qui tuent, ceux qui violent et ceux qui font mourir des enfants de trois ans.
On retiendra son prénom, Aylan et cette photo abominable qui d’un seul coup réveille la conscience des dirigeants, des hommes et des femmes. Elle s’ajoutera à la petite Vietnamienne brûlée au Napalm et au petit Juif, la casquette sur la tête, qui lève les bras dans le ghetto de Varsovie.
Votre chroniqueur a eu cette expérience de voir ces événements : la rafle du Vel d’Hiv dans le quartier de Ménilmontant en 1942 comme tout jeune enfant : des petits juifs montaient dans les autobus de Paris, Place Etienne Dolet, les bras en l’air. PERSONNE pour les aider ou rouspéter ! Puis la guerre du Vietnam aux Etats-Unis où j’enseignais dans une grande université. Les dirigeants américains sont restés indifférents : il ne fallait pas perdre la guerre, quitte à massacrer femmes, enfants et vieillards. Là on recommence : faut abattre certains dirigeants et les pays arabes s’arment et multiplient les actions militaires : bombardements surtout qui font fuir des milliers d’innocents.
A quoi va servir cette photo, sinon à émouvoir pendant quelques jours l’humanité. Mais ce petit Aylan est loin d’être le premier à s’être noyé : des centaines sont déjà morts en Méditerranée et on n’en parle pas car les cadavres ont été discrètement enlevés et mis dans des sacs. Aylan a eu cette « chance » de s’être échoué comme un petit dauphin, sur la plage d’une station balnéaire et d’avoir été pris en photo avant d’être déblayé !
A présent que les larmes ont été versées et que les soupirs de désespoir se sont éteints, où allons-nous ? Car il faut l’avouer : il y en a qui ne sont pas mécontents de cette photo. D’abord les combattants de la terreur : ils ont réussi à faire peur au monde. Les journaux qui se roulent dans l’horreur pour faire des ventes. Les dirigeants qui peuvent ainsi détourner l’attention de leur population vers plus grave que leurs propres problèmes.
Un symbole a de nombreuses interprétations : à vous la vôtre !