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Le chef de l’État semblait embarrassé et tendu lors de sa sixième conférence de presse. Dommage, car les enjeux étaient immenses et l’instant grave.

La stratégie de communication de l’Élysée depuis l’arrivée au pouvoir de François Hollande n’a jamais été un modèle. La maladresse qui la caractérise a atteint son comble lundi. Il était judicieux que le président de la République intervînt à un moment particulièrement critique de l’Histoire. Celle-ci en effet s’est tragiquement précipitée en cette fin d’été qui voit la crise du Proche-Orient s’alourdir à la fois sur le terrain, notamment en Syrie, où la pression de Daesh s’accentue, et en Europe, où la menace terroriste connaît un regain. S’ajoute à ce sombre tableau le drame de l’afflux des populations de plus en plus nombreuses qui fuient l’horreur pour trouver dans nos pays un salut aléatoire. Les images diffusées depuis quelques jours ont donné aux Français la mesure de cette réalité tragique. Ils ont désormais la pleine conscience qu’ils sont concernés.
Le chef de l’État devait donc parler. Mais pas comme il l’a fait. Pas dans ce cadre. Ni de cette manière. C’est directement au peuple qu’il devait s’adresser, et non pas par l’intermédiaire de la presse, dans cette scénographie rituelle, familière et froide à la fois. Les événements présents exigeaient par leur caractère exceptionnel une gravité particulière, de l’émotion, de l’empathie. Mais surtout une intervention brève, réduite au sujet essentiel et non pas noyée dans le méli-mélo des problèmes du temps, dans le désordre, du mineur au majeur. Le comble est que ce fut pour ne rien dire.
Un monologue ennuyeux et souvent confus
Car une fois classés le dossier syrien et celui des migrants, le discours présidentiel fut d’une rare insignifiance. Il égrena les sujets sans la moindre annonce importante, esquivant les questions délicates et répétant ce que l’on savait déjà. Totalement muet sur le chômage et sur la jeunesse, c’est-à-dire les deux points forts de sa promesse électorale, absent sur le financement de la baisse des impôts, léger à propos de la conférence sur le climat, évasif quant aux problèmes de la gauche et aux perspectives électorales, il survola d’un air fatigué et sans la bonhomie confiante qu’on lui connaît le paysage politique français. Tout au plus peut-on retirer de ce monologue ennuyeux et souvent confus la conclusion qu’il n’a pas l’intention de réviser les orientations vaguement libérales qu’il a données à sa politique économique et sociale depuis bientôt deux ans. La gauche de la gauche, les syndicats et les écologistes en seront pour leurs frais.
Mais revenons à l’essentiel. Là encore, aucune surprise. Depuis quelques jours, l’Élysée s’était employé à faire diffuser les informations relatives à la position de la France sur le conflit du Proche-Orient et sur la question de l’immigration. Mais au moins les choses sont-elles dites officiellement et avec précision, sous réserve que cette position n’évolue pas dans les mois à venir, tant il est vrai que le talent de fluctuation de François Hollande est immense. Par exemple ne rejoint-il pas aujourd’hui sur certains sujets, notamment celui des quotas, les engagements d’Angela Merkel à laquelle il s’opposait hier ? Observons au passage l’abondance des références positives qu’il a faites hier à la chancelière allemande. Encore faut-il relativiser ce rapprochement. Il n’y a aucune mesure numérique entre leurs engagements respectifs. Mais reconnaissons que la décision française est prise, et qu’elle répond à la fois à la logique et à la morale. Elle ne vaut toutefois qu’en théorie. La distinction entre la revendication du droit d’asile et la revendication humanitaire est bien fragile. Et que dire des difficultés posées par le problème du réaccompagnement des immigrés rejetés ?
Une prudence qui confine à l’embarras
On observe la même prudence, la même réserve de la part du président français, comme si elle était prise à regret, à propos de sa décision concernant l’engagement militaire de la France. Il n’a qu’une valeur relative dans la mesure où non seulement il exclut toute intervention au sol, mais aussi toute intervention qui favoriserait les intérêts du président syrien.
Que François Hollande ait des raisons qui expliquent son embarras, on le conçoit. Certaines sont de son fait : une politique étrangère confuse à beaucoup d’égards, trop souvent gouvernée par l’indifférence à la réalité et par une surévaluation de sa propre puissance et de la puissance de la France, et une politique économique qui a interdit de donner à notre pays les moyens de son ambition. Certaines en revanche ne lui sont pas imputables. Elles tiennent à une série de facteurs qui ont contribué à faire de la question syrienne l’abcès d’un imbroglio où plus d’un acteur a dans le monde sa part de responsabilité. La situation est aujourd’hui trop dramatique pour qu’on s’occupe de ces responsabilités. L’urgence est, pour le monde civilisé, et notamment pour l’Europe, de réunir ses efforts afin d’éviter la tragédie qui le menace. La France ne peut plus faire cavalier seul.
