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Canada, Convention contre les mines antipersonnel, Déclaration universelle des droits de l'homme, de maintien de la paix, Droits de l'homme, l'accord de libre-échange, lutte contre l'apartheid, une terre d'accueil
Un groupe de migrants marche du côté serbe de la frontière, près de Sid, en Croatie. Photo : Antonio Bronic/ReutersLes citoyens canadiens autant que les partis politiques portent un intérêt tout particulier à la place du Canada dans le monde. Mais quelle est donc cette place? A-t-elle changé au cours des dernières années, des dernières décennies?
Il est rare que la politique étrangère du Canada soit un des principaux thèmes d’une campagne électorale fédérale. Cela s’est produit il y a plus de deux décennies, avec l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). C’est le cas cette année, en raison de la crise des migrants et de la présence canadienne au sein de la coalition qui combat le groupe armé État islamique.
Le rôle joué par le Canada sur la scène internationale n’a plus grand-chose à voir avec celui des décennies passées, selon Louise Arbour.
« On n’est plus ça et il faudrait le redevenir », ajoute Mme Arbour, ancienne juge de la Cour suprême du Canada et ex-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU.
Un pays sur le devant de la scène
Historiquement, le Canada a joué un rôle marquant sur la scène internationale, notamment à travers ses engagements multilatéraux et sa direction dans des dossiers des droits de l’homme et de maintien de la paix. Beaucoup l’ont oublié, mais c’est un Canadien, le juriste montréalais John Humphrey, qui a rédigé le premier jet de la Déclaration universelle des droits de l’homme de l’ONU. C’est un Canadien, l’ancien premier ministre Lester B. Pearson, qui est le père de la force de maintien de la paix de l’ONU, les fameux Casques bleus. Ce qui lui a valu le prix Nobel de la paix en 1957.
Le Canada, sous la gouverne du premier ministre Brian Mulroney, a été un leader international de premier plan, notamment dans le dossier de la lutte contre l’apartheid. L’entente sur les pluies acides, l’accord de libre-échange, la Convention contre les mines antipersonnel sont autant de dossiers dans lesquels le Canada a joué un rôle de premier plan. À travers et grâce à l’ONU et d’autres forums multilatéraux, le Canada a pu jouer un rôle qui dépassait largement son poids économique et politique.
Un engagement qui a diminué de moitié
Aujourd’hui les choses ont bien changé. Les chiffres parlent par eux-mêmes. Si en 1990 le Canada consacrait 2,4 % de son PIB à son engagement international (aide au développement et dépenses militaires), aujourd’hui elle n’y consacre plus que 1,2 %, la moitié, selon une toute récente étude du Conseil international du Canada. C’est la pire performance de tous les pays du G7.
Même chose si on compare à un groupe de puissances moyennes comme l’Australie, la Suède, la Norvège. Le Canada arrive bon dernier.
L’OTAN s’attend à ce que ses pays membres dépensent en moyenne 2 % de leur PIB en défense. Ce que n’atteint pas le Canada.
Regardons les Casques bleus. Le Canada contribuait à hauteur de 3000 hommes à la force de maintien de la paix de l’ONU en 1994. Aujourd’hui, nous n’avons plus que 120 Casques bleus sur le terrain sur un total d’un peu plus de 97 000 hommes. Le pays qui revendique la paternité des Casques bleus se retrouve en 63e place parmi les contributeurs de la force de maintien de la paix de l’ONU.
Dans ce contexte, peu d’observateurs se sont montrés étonnés de l’échec de la candidature canadienne au Conseil de sécurité de l’ONU en 2010, lorsque le Canada a perdu au profit du petit Portugal.
Sur le front des relations bilatérales avec notre plus important partenaire commercial, les États-Unis, plusieurs différends sont apparus. Même dans les dossiers aussi importants qu’Israël et l’Ukraine, où pourtant la sensibilité canadienne ressemble fortement à celle des Américains, depuis quelques années le Canada donne l’impression de faire parfois cavalier seul, tant ses positions sont tranchées.
Que promettent les partis?
Les trois partis politiques qui arrivent en tête des sondages de l’élection de cette année n’ont pas encore dévoilé l’ensemble de leurs promesses en matière de politique étrangère. Dans un pays où il n’y a pas eu d’énoncé de politique étrangère depuis 10 ans (Livre blanc) et où 11 ministres des affaires étrangères se sont succédé en 15 ans, des engagements clairs de chacun des partis, qui tiennent compte autant du monde en évolution que de l’histoire, seraient certainement bienvenus.
Les engagements des partis jusqu’à présent
| Parti | Engagements |
|---|---|
| Bloc québécois | – donner une voix diplomatique au Québec – favoriser le multilatéralisme et revenir au leadership d’il y a 40 ans – empêcher le gouvernement du Canada d’envoyer des troupes dans les zones de conflit sans l’assentiment du Parlement |
| Nouveau Parti démocratique | – renforcer la présence canadienne au sein des forces de maintien de la paix – mettre fin à la participation canadienne à l’opération militaire contre le groupe armé État islamique et ne plus participer à des opérations sans le mandat du Conseil de sécurité de l’ONU – faire des efforts pour stopper le flux des armes, de fonds et de capitaux, et lutter contre la pauvreté – accueillir 10 000 réfugiés d’ici la fin de l’année et 9000 par année pendant quatre ans – appuie l’accord sur le nucléaire iranien |
| Parti conservateur | – maintenir son engagement dans la coalition internationale contre le groupe armé État islamique continue. La sécurité est une priorité. – travailler en faveur de la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine continue. Le Canada va continuer à demander des comptes au « régime russe ». – maintenir son implication en faveur de la santé des mères et des enfants, en collaboration avec la fondation Bill et Melinda Gates. – maintenir l’Arctique comme priorité – considère L’Iran comme une menace, malgré l’accord sur le nucléaire. Il continuera d’appuyer les efforts de l’Agence internationale de l’énergie atomique pour surveiller ce pays |
| Parti libéral | – apporter un changement dans les relations canado-américaines, notamment pour mettre de l’avant des objectifs communs en matière de protection de l’environnement – s’attaquer aux changements climatiques – accueillir 25 000 réfugiés sans délai et à verser 100 millions $ aux provinces pour les aider dans l’installation – rétablir la réputation du Canada comme pays juste et ouvert – rapatrier les soldats canadiens de la mission de combat contre le groupe armé État islamique en ne laissant sur le terrain que les conseillers militaires |
| Parti vert | – augmenter la participation aux missions des Casques bleus – faire en sorte que le Canada redevienne un leader international en matière de lutte contre les changements climatiques |