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Gabriel Nedelec 
  • De actes, défi ténors droite

    De la parole aux actes, le défi des ténors de la droite – Boll pour Les Echos

 Depuis la fin de son mandat présidentiel, la droite traîne le reproche de ne pas avoir « fait ». Pour les candidats à la primaire convaincre que leurs mots se traduiront par des actes apparaît d’ores et déjà comme la première des priorités.

« Faire ». Le titre du nouveau livre de François Fillon est court. Mais il suffit à résumer l’un des défis majeurs auxquels sont confrontés nos politiques : convaincre que les mots qu’ils prononcent seront suivis d’actes. Le sujet n’est pas neuf, mais la défiance vis-à-vis de la parole politique a atteint un tel niveau dans l’opinion publique qu’aujourd’hui, tous les candidats de la primaire à droite ont façonné leurs stratégies de campagne en fonction de cette préoccupation.

Il faut dire que l’électorat de droite est resté sur sa faim à l’issue du dernier mandat présidentiel. Beaucoup demandent encore où a été passé le « karcher » promis par Nicolas Sarkozy… Ce discours lui avait permis d’aspirer une partie des voix du Front national, bien vite retournées au bercail lorsque les premières déceptions sont apparues, emportant avec elles des milliers de « Madeleine », du nom de cette électrice convaincue par Nicolas Sarkozy en 2007 et qui, depuis, a cédé aux sirènes de Marine Le Pen.

Fillon jugé encore « capable de faire »

François Fillon, en tant que dernier Premier ministre de la droite, est particulièrement tributaire du bilan de sa famille politique. Ses adversaires ne se privent pas d’interroger, moqueurs : « Il était aux manettes, pourquoi ferait-il demain ce qu’il n’a pas fait hier? » Le député de Paris reconnaît souvent ne pas être allé assez loin sur les réformes, notamment économiques. Pour lui, le défi est donc vital, et sa stratégie cousue de fil blanc. Fin août, il a publié son manifeste « Osons dire, osons faire ». Une autre façon de passer « des paroles aux actes ». Moins d’un mois plus tard, sort donc son livre, « Faire » , en forme de profession de foi. Des enquêtes qualitatives l’ont rassuré en montrant qu’aux yeux du public, il est encore vu comme celui « capable de faire ». Mais pour l’instant, les sondages le placent à la traîne par rapport à Nicolas Sarkozy et Alain Juppé. La magie ne prend pas.

Alain Juppé qui, sous la précédente majorité, s’est chargé de postes généralement épargnés par l’opinion publique, la Défense et les Affaires étrangères, est persuadé que c’est par le souci du détail qu’il rendra sa parole crédible. Ses quatre livres programmatiques, dont le premier est sorti fin août, en sont l’illustration. Pensés comme une « collection », ils donnent l’espace nécessaire pour pouvoir fouiller de fond en comble les quelques thèmes forts de sa campagne : l’éducation, les sujet régaliens, l’économie.

Il va jusqu’à mimer les consultations préalables lors de la préparation d’une loi, en laissant une large places aux témoignages d’acteurs et aux entretiens d’experts. Manière du suggérer qu’une fois aux manettes, il n’y aura plus qu’à faire, la réflexion étant déjà menée. Et si la démarche s’avère trop subtile, le maire de Bordeaux peut sortir son argument massue. Avec son âge, soixante-dix ans, il ne peut se permettre qu’un seul et unique mandat. Or, ce qui empêche les politiques de « faire », c’est l’obsession de la réélection, clame-t-il.

Sarkozy mise sur dynamisme et énergie

Nicolas Sarkozy, lui, ne manque pas une occasion, en privé, de moquer les 70 bougies que son rival a soufflées pendant l’été. Car à l’inverse, l’ancien président assoit sa crédibilité sur son dynamisme et son énergie. Au point de la mettre en scène et en image. Ses photos en maillot de bain, en une de « Paris-Match » cet été, enlaçant une Carla Bruni élancée, répondent clairement au souci d’afficher une forme de vigueur, souffle un sarkozyste.

Bruno Le Maire, le challenger, cherche pour sa part à éluder la question. Pas question d’être mis dans le même sac que les trois précédents, et de payer leur inaction, insiste-t-il. Une posture qu’il a préemptée en s’emparant du thème du renouveau. Inlassablement, il rappelle qu’il n’est élu que depuis 2007, passant sous silence le fait qu’il gravite au sein de cabinets ministériels depuis près de quinze ans. C’est aussi pour cela qu’il défend son absence de la photo de famille-éclair réalisée à La Baule le 13 septembre dernier.

Constat valable à gauche

L’obsession de crédibilité pousse les acteurs, comme les commentateurs, à guetter ses moindres signes. Ainsi, un juppéiste s’est récemment réjoui d’un sondage donnant son champion au coude à coude avec Nicolas Sarkozy auprès des sympathisants du Front national. Le maire de Bordeaux compte pourtant plutôt sur l’électorat du centre pour gagner la primaire. Mais aux yeux de cet élu, les sympathisants du Front jugent essentiellement la crédibilité de la parole et la capacité à faire. La défiance vis-à-vis du politique devient même le prisme à travers lequel il faut penser chaque message. Xavier Bertrand, candidat aux régionales sur le thème du travail, justifie ainsi son discours dur sur les réfugiés : « Les gens n’écoutent tellement plus les politiques qu’il faut parler fort sur le régalien afin d’être entendu sur le social. » Au risque de rater son cœur de cible…

La droite tout entière est donc animée de la volonté de crédibiliser sa parole, mais le constat est également valable à gauche. Preuve en est l’utilisation du 49.3, qui permet d’accélérer les réformes pour montrer, là encore, que l’on « fait ». Simple posture de communication ? Pas seulement, car de part et d’autre de l’échiquier politique, chacun a compris que les Français n’offriront pas éternellement de nouvelles chances aux partis traditionnels. Et que reproduire les erreurs du passé serait prendre le risque de les inciter à « tenter » l’aventure Le Pen.

http://www.lesechos.fr