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Bakchich et compagnie, Hécatombe à la Mecque, manque de sérieux, mauvaise gestion, monarchie wahhabite, un énorme business, une vraie pompe à fric
Plus de 700 morts et 860 blessés. Epouvantable bilan. Des musulmans de Suisse dénoncent un gigantisme exagéré et hors de contrôle.
Il y aurait au moins 717 morts et près de 805 blessés dans une bousculade au hajj où des millions de fidèles se retrouvent. Image: AFP
«Je suis bouleversé. Plus de 700 morts, 860 blessés… C’est épouvantable! Mais je suis aussi en colère. Pourquoi les Saoudiens acceptent-ils deux millions de fidèles s’ils ne peuvent assurer leur sécurité? Le grand pèlerinage à la Mecque est devenu un énorme business. Et la vie des gens, n’a-t-elle donc aucune valeur?» Directeur à Genève de la Fondation pour l’Entre-Connaissance, Hafid Ouardiri est visiblement ébranlé par la gigantesque bousculade qui a endeuillé ce jeudi l’Aïd al-Adha, fête la plus importante de l’islam. Une tragédie qui survient seulement deux semaines après la mort de 109 fidèles dans l’effondrement d’une énorme grue sur le chantier de la Grande Mosquée.
La bousculade s’est produite lors du rituel de la lapidation de Satan, au cours duquel les pèlerins doivent jeter des cailloux vers trois stèles le représentant. La bousculade serait le résultat d’un choc entre une marée humaine quittant l’une des stèles et une foule venant en sens inverse. Mina d’ailleurs la réputation d’être dangereux. Sur les sept accidents majeurs qui ont endeuillé le pèlerinage ces derniers 25 ans, six ont eu lieu à cet endroit. Le dernier, c’était en janvier 2006, quand 364 fidèles y ont péri. Mais en 1990, plus de 1400 musulmans y avaient trouvé la mort.
A qui la faute? Les autorités saoudiennes ont immédiatement été pointées du doigt. Ainsi, Téhéran a dénoncé la «mauvaise gestion» et le «manque de sérieux» de la monarchie wahhabite, la rendant responsable de la mort de 90 citoyens iraniens venus effectuer le hajj. «Ce n’est pas la première fois que l’Iran tente d’exploiter politiquement une faille saoudienne», relativise Hasni Abidi, qui dirige le Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (CERMAM) à Genève.
Les lieux saints sont saturés
«Cela dit, même si les Saoudiens ont fait beaucoup d’efforts ces dernières années pour améliorer les infrastructures, ils peuvent difficilement garantir la sécurité de deux millions de pèlerins convergeant le même jour à Mina, poursuit le chercheur. On est arrivé à saturation, la capacité des lieux saints est clairement dépassée. Ils faut impérativement réduire les quotas attribués à chaque pays, imposer des mesures de sécurité plus strictes et mieux informer les pèlerins. Par exemple, Beaucoup d’aînés ne savent pas qu’ils ont le droit de déléguer quelqu’un d’autre pour la lapidation. Or, quand on est pris dans la foule, il suffit qu’une personne tombe et c’est le drame. Impossible de l’aider à se relever, car on vous marche dessus! La marée humaine n’arrive pas à s’arrêter.»
Pourquoi, dès lors, l’Arabie saoudite ne limite-t-elle pas le nombre de pèlerins? «Mais parce que le hajj est une vraie pompe à fric pour les agences de voyage, les compagnies aériennes, les hôteliers, les guides», se souvient Hasni Abidi. Sans oublier tout ce qu’il faut acheter sur place pour les rituels. Une petite fortune.
Bakchich et compagnie
Hafid Ouardiri, lui, en est revenu carrément écœuré. «Le hajj, ce devrait être l’événement spirituel d’une vie. Pourquoi laisse-t-on des gens venir chaque année, pour pouvoir ensuite s’en vanter auprès des voisins? C’est indécent, ces pèlerins de convenance, qui viennent remplir les caisses, alors que la vraie charité actuellement ce serait plutôt d’aider les réfugiés syriens! Vraiment, nombre de pèlerins n’arrivent pas dans un bon état d’esprit. Beaucoup ont dû payer un bakchich pour obtenir leur visa! Au final, c’est une horde humaine pressée et irrespectueuse. Alors qu’en théorie, on ne devrait pas même écraser une mouche! Je suis dur, je sais, mais il faut dire les choses.»
Pour Hasni Abidi, cette tragédie sera peut-être un tournant. «C’est un véritable test pour le roi Salmane», les monarques saoudiens s’étant autoproclamés «Gardiens des Deux Saintes Mosquées» et «Serviteurs des Lieux saints». Des titres qu’ils savent contestés, puisqu’ils ne sont pas de la lignée du Prophète. (TDG)