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Face à la crise migratoire et à l’activisme russe, Berlin se dit prêt à parler avec Damas. D’autres pourraient lui emboîter le pas.
«Il faut parler avec de nombreux acteurs, et cela implique Assad, mais il y en a d’autres», estime Angela Merkel. Image: Illustration/AFP
C’est peut-être le déclic que l’on attendait pour enfin trouver une issue à la guerre qui ravage la Syrie depuis quatre ans et demi. Jeudi, à l’issue du sommet extraordinaire des Vingt-Huit à Bruxelles consacré au drame des réfugiés syriens qui affluent en Europe, Angela Merkel a lâché une de ces phrases qui pourrait faire date. Interrogée sur la manière de résoudre le conflit, elle a affirmé: «Il faut parler avec de nombreux acteurs, et cela implique Assad, mais il y en a d’autres», a-t-elle dit, citant également les alliés de Damas, la Russie et l’Iran.
Très remarquées, ces déclarations constituent un tournant dans l’attitude de la chancelière, jusqu’ici opposée à tout compromis avec le maître de Damas, considéré comme le principal responsable du bain de sang dans lequel son pays est plongé depuis mars 2011.
Cette soudaine conversion à la realpolitik de Berlin ne doit rien au hasard. Elle est le fruit de plusieurs facteurs, dont la crise des réfugiés qui menace la cohésion européenne n’est pas le moindre.Mais l’implication chaque jour plus visible de la Russie dans le conflit syrien est sans doute l’autre raison majeure qui a poussé Berlin à modifier sa position.
La Russie tous azimuts
Il faut dire qu’à quelques jours de l’Assemblée générale de l’ONU au cours de laquelle la Syrie constituera un des sujets majeurs, Moscou fait preuve d’un activisme tous azimuts. En effet, alors que Vladimir Poutine appellera la semaine prochaine à New York à une grande coalition internationale contre l’organisation Etat islamique (Daech), incluant le régime de Bachar el-Assad, Moscou ne cesse de renforcer son aide militaire à ce même régime et a annoncé jeudi des manœuvres de sa flotte au large de la Syrie.
Rencontre Obama-Poutine
Face à cette omniprésence de Moscou, l’annonce jeudi d’une rencontre entre le maître du Kremlin et Barack Obama, lundi à New York, est un indice supplémentaire du rôle incontournable de la Russie dans la résolution du conflit syrien.
Preuve ultime que les choses bougent: le président turc, Recep Tayyip Erdogan, l’un des plus farouches opposants au régime de Damas, a emboîté le pas à la chancelière, affirmant jeudi que Bachar el-Assad pourrait faire partie d’une période de transition de la crise en Syrie.
Enfin, dans une interview au Temps, le chef du DFAE, Didier Burkhalter, a assuré jeudi, avant son départ pour New York, «qu’aucune solution n’est possible en Syrie si l’on ne travaille pas avec l’éventail, le plus large possible, y compris avec des composantes du pouvoir». Pas de doute, Bachar el-Assad est en passe de gagner son pari: rester au centre du jeu. (TDG)