Étiquettes

, ,

par  Trudi KohL,  journaliste. Correspondante exclusive de tak.fr en Allemagne, en Autriche et sur la Costa del Sol.

Le général de Gaulle a-t-il dit que la France était un « pays de race blanche » ? Pour couper court à la polémique lancée par Nadine Morano dans l’émission de Laurent Ruquier « On n’est pas couché », le Général est sorti de son silence. Il a reçu à Colombey-les-Deux-Églises notre journaliste Trudi Kohl pour un entretien exclusif.

Trudi Kohl. Mon Général, vous me recevez aujourd’hui à Colombey-les-Deux-Églises. C’est la première fois que vous vous confiez à la presse depuis près de quarante-cinq ans. Pourquoi sortir aujourd’hui de votre silence ?
Général de Gaulle.
Eh bien, Frau Kohl, la mort me cause un certain ennui. Quand vous avez consacré toute votre vie à l’action en y jetant jusqu’à la moindre de vos forces, sans jamais rien épargner de vous-même ni refuser la moindre inquiétude qu’une telle vie vous présente, le sommeil éternel n’est pas un bon repos. Votre Goethe disait dans son sublime Faust une chose terrible : « Au commencement est, non point le verbe, mais l’action ». Ma vie durant, c’est cette règle de terreur que je me suis efforcé en une constance extraordinaire de suivre. Je ne dis pas qu’au tout début de ma mort, du moins dans ses trente et quarante premières années, elle ne fut pas pour moi comme un soulagement. Puis, la lassitude gagna et fit son œuvre. Promener son spectre dans les couloirs de La Boisserie, monter de temps à autre jusqu’à la Croix de lorraine qu’ils ont construite là-haut en prenant soin de la faire bien hideuse, regagner son sépulcre en attendant que les plus hautes autorités de l’Etat viennent une ou deux fois par an lui gerber dessus : tout cela n’amuse qu’un temps. Le jour arrive, par la force des choses, où l’on ressent au plus profond de soi non seulement combien la mort est fatigante, mais surtout dans quelle exécrable mesure la vie de cadavre est d’un mortel ennui. Ce jour est venu et, sans attendre que les trompettes du Jugement sonnassent, de Gaulle s’est relevé d’entre les morts et il n’est pas content !

Quelle est, mon Général, la raison de votre ire ?
On me fait dire n’importe quoi ! Tenez, l’autre soir une certaine députée au Parlement de Strasbourg, dont j’ignore si elle est véritablement la fille de Dario Moreno, bien qu’une telle circonstance fût assez peu commune au vu des goûts particuliers vers lesquels le grand ténor portait ses préférences, dit à la télévision que j’avais parlé de « race blanche ». Eh oui, vous vous imaginez de Gaulle proférer pareille calembredaine !

Mais, mon Général, je l’imagine très bien. Puisque Alain Peyrefitte, votre ancien ministre, rapporte dans un livre qu’il vous a consacré que vous avez déclaré en 1959 : « C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. »
Ah ! si c’est Peyrefitte qui le dit. Mais Peyrefitte est un galopin. C’est un jeunot qui n’a pas beaucoup d’expérience. Avec le temps, ça lui viendra. Je l’ai nommé ministre parce qu’il était jeune et qu’il était frais émoulu de l’Ecole nationale d’administration que Debré avait créée à la Libération un jour où il aurait mieux fait de rester couché. Je l’ai nommé ministre de l’Information parce qu’il avait de grandes oreilles et que c’est un portefeuille où il faut savoir écouter avant tout. Vous m’apprenez que ses oreilles ne lui servaient à rien. J’en suis fort marri. Mais enfin, je ne vais pas modifier l’idée que je me fais de la France et de son destin spécial, parce que l’un de mes anciens ministres entend des voix ! Peyrefitte se prenant pour Jeanne d’Arc : on n’arrête pas les nouveautés.

Sauf le respect que je vous dois, vous l’avez bien prononcée, cette phrase. Elle ne peut venir que de vous aussi, cette allusion à « Colombey-les-Deux-Mosquées »…
Vous m’enquiquinez à la longue, Madame ! Les Allemands m’enquiquinent d’une manière générale, mais vous particulièrement. J’ai reçu Adenauer ici, mais il savait, lui, se maintenir dans la moyenne allemande de l’enquiquinement : toujours occupé à donner des leçons aux autres sans accepter jamais d’en recevoir une seule. Eh bien, de Gaulle dit non. Que cela concerne l’intégration du pays au traité de l’Atlantique Nord ou encore nos relations avec la Russie et la Chine, j’entends que la voix de la France reste la voix de la France et qu’aucune puissance, fût-elle alliée, vienne nous dicter notre façon de faire.

Mais, mon Général, avouez-le : vous avez bien dit que la France était un « pays de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne » ?
Si cela vous chante que je l’eusse dit, bien évidemment que oui ! Je l’ai dit très certainement dans une conversation privée. C’était en 1959. La France était tout occupée par les événements d’Algérie. J’avais à main droite – mais aussi à main gauche, car il faut rappeler l’attachement viscéral d’une partie somme toute pas négligeable des radicaux et des socialistes, puisque le petit Mitterrand en était, au statu quo en Algérie – des partisans absolument zélés de l’Algérie française. Et, de l’autre côté, j’avais les partisans de la décolonisation. Ce n’était pas sur de Gaulle que l’étau se resserrait : c’était sur le pays ! Peut-être alors ai-je tenu un tel discours pour montrer toute l’absurdité des Tixier-Vignancourt et de leurs affidés qui voulaient tout à la fois maintenir les Algériens dans un statut civique de second ordre et l’Algérie tout entière dans la France. C’était là une position intenable ! Soit on se séparait de l’Algérie dans le cadre de l’Union, un Commonwealth à la française. Soit l’on gardait l’Algérie et, en ce cas, il fallait accorder aux Algériens la citoyenneté pleine et entière. Parce que le principe républicain le réclame et que la France, dans ses aspirations les plus profondes, l’exige. Et si j’ai tenu ce langage, si j’ai rappelé que la plupart des gens que l’on croise et que l’on rencontre dans le pays ont la peau blanche, tandis qu’en Chine, en Inde ou dans l’Afrique sub-saharienne ce n’est pas la monnaie la plus courante qui soit, c’est que je voulais démontrer et, par là-même dénoncer, l’attitude de ceux qui, tout en étant ouvertement racistes, voulaient coûte que coûte l’Algérie française.

Je ne vous suis pas, mon Général. Vous dites qu’Alain Peyrefitte a sorti votre propos de son contexte ?
Je n’en sais rien ! Je ne veux pas accabler Peyrefitte, dont le physique suffisamment disgracieux est, pour lui, un motif suffisant d’accablement. La Providence toujours punit les hommes, soit après qu’ils ont commis leurs forfaits, soit avant qu’ils aient vraiment songé à les accomplir. Qu’une discussion privée que j’ai pu tenir avec l’un ou l’autre de mes ministres et de mes collaborateurs vienne s’égarer et se répandre sur la place publique est, pour moi, un motif d’insatisfaction. Qu’on me fasse dire ce que je n’ai pas dit ni jamais pensé est une cause réelle de tristesse. Trouvez donc, chez de Gaulle, dans ses écrits comme dans ses déclarations publiques, une seule mention de la question des races ! Essayez, vous ne parviendrez à rien ! Parce que de Gaulle, c’est la France et que la France n’est pas raciste. Peut-être, par l’histoire de son peuplement, de son climat et de je-ne-sais-quel aspect que Montesquieu n’aura pas vu, la population française est-elle majoritairement blanche – nous ne sommes ni des Bambaras ni des Peuhls –, mais le pays aurait raison, lui qui n’a jamais trop hésité, de Mazarin à Gambetta, à se pourvoir en étrangers comme hommes d’Etat, de moins regarder la couleur des peaux pour uniquement concentrer son regard vers le courage et la vertu des hommes. Peyrefitte dit ce qu’il veut ! La prochaine fois que je le croise, je lui botterai le cul. La France n’est pas une race. Ce n’est qu’une idée, mais une idée de la grandeur.

Tout cela est très beau, mon Général. Mais cela contrevient aux principes édictés par François Hollande sur le « président normal ».

Le spectre du Général, appelé très certainement en conclave par la compagnie des spectres, ne répond pas à cette dernière question. Un haussement d’épaules est à peine perceptible par un œil novice aux fantômes. De Gaulle s’évanouit dans l’air comme il était venu. Le gardien de La Boisserie réveille notre journaliste : « Madame, il est l’heure. Nous fermons. Il faut partir. »

http://www.tak.fr/race-blanche-de-gaulle-dit-tout