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Par Ludovic Dupin
Si la France fait partie des plus importants consommateurs de diesel au monde, c’est parce que le gouvernement a soutenu ce carburant depuis 50 ans. En particulier, l’émergence du nucléaire dans le pays a poussé les gouvernements à influer sur la consommation de carburants.
Raffinerie D.R
La guerre contre le diesel couve depuis des années en France et elle a fini par exploser avec l’affaire Volkswagen. Elle est menée à la fois par les écologistes qui en dénoncent les émissions de microparticules et par les raffineurs qui se plaignent du déséquilibre du marché français.
Dans l’Hexagone, 65 % du parc automobile tourne au diesel, un record que peu de pays dépassent, comme la Grèce ou l’Irlande. Aujourd’hui, la part du diesel dans les nouvelles immatriculations baisse un peu, mais elle s’élève encore à 57 %. Les 15 centimes moyens de différence entre le litre d’essence et le litre de diesel continuent d’attirer les automobilistes.
D’où vient cet avantage fiscal ? Depuis 50 ans, la France a donné deux importants coups de pouce à ce carburant. Après-guerre, les utilisateurs de poids lourds et de gazole non-routiers (pour les usages agricoles par exemple) ont demandé de l’aide. Ils étaient les seuls à utiliser des motorisations diesel, pour lesquels il n’existait pas d’alternatives (comme aujourd’hui, d’ailleurs).
Le gouvernement octroie alors au diesel un allégement de taxes. Ce n’est toutefois pas cela qui va rendre ce carburant majoritaire puisque, en 1980, il ne représente que 4,5 % des immatriculations.
Des excédents de fioul
Le vrai coup d’accélérateur viendra de l’engagement massif de la France dans le nucléaire, dans un souci d’indépendance énergétique. A partir de la fin des années 1970, le pays construit ses premiers réacteurs. Dès 1980, la France compte 14 réacteurs en activité (sur les 58 qui seront construits au total). Le chauffage électrique s’impose alors largement, au détriment du fioul.
L’outil de raffinage français se retrouve alors avec des excédents de fioul sur les bras. Mais il peut facilement être converti en diesel. Le gouvernement allège donc encore les taxes et incite les constructeurs automobiles français à développer des motorisations diesel plus agréables à conduire et plus performantes. PSA s’emparera de cette question avec succès. Dans le même temps, les entreprises utilisant des flottes diesel seront exonérées de TVA sur leurs achats de carburant.
Mais à force, les achats de diesel vont largement dépasser la capacité de production de l’outil de raffinage français, qui se retrouve en déficit de diesel et en excès d’essence. En effet, la part de chaque carburant que l’on peut extraire du pétrole est limitée. En moyenne, seulement 40 % d’un baril peut être converti en diesel, pas assez pour couvrir la demande française.
Résultat, aujourd’hui la moitié du diesel consommé chaque année en France (40 millions de tonnes) est importée, tandis que les larges surplus d’essence sont exportés, particulièrement en Amérique du Nord et en Afrique, mais la concurrence internationale y est de plus en plus difficile. Ce déséquilibre dure depuis plus de vingt ans.