«Comme leurs camarades masculins, elles n’en peuvent plus de l’occupation israélienne», dit Rania Madi à Genève.
Dans la région de Bethléem, deUx jeunes femmes munies de fronde. Image: EPA/ABED AL HASHLAMOUN
Keffieh sur le visage et lance-pierre à la main, de plus en plus de jeunes Palestiniennes descendent dans la rue pour affronter les forces israéliennes aux côtés des garçons. Depuis la mi-septembre, date du début des heurts, une dizaine de filles ont été blessées par des balles israéliennes et plusieurs ont été arrêtés en Cisjordanie.
«Ce phénomène n’est pas nouveau, mais son ampleur est inédite», explique Rania Madi, juriste de formation, et représentante du Centre pour les droits des réfugiés palestiniens (BADIL) à Genève, où elle est établie depuis plus de vingt ans. «Les femmes ont toujours été impliquées dans les mouvements de résistance contre Israël. En revanche, elles n’ont jamais été aussi jeunes et aussi nombreuses. On les voit partout, tant avec les jeunes lanceurs de pierre que dans les manifestations. Elles ont en moyenne 20 ans et ne se réclament d’aucun mouvement politique. Comme leurs camarades masculins, elles n’en peuvent plus de l’occupation israélienne.»
Tous égaux dans la lutte
De Gaza à Ramallah leur présence aux côtés des garçons brise un tabou social, se réjouit la Genevoise d’adoption. «On est tous égaux et unis dans la lutte contre l’occupation, il n’y a plus de place pour les règles sociales, ni pour la discrimination».
Sur le terrain, les témoignages des jeunes Palestiniennes abondent dans ce sens. «Il n’y a aucune différence entre un homme et une femme ici. On est tous ensemble pour une chose: défendre la mosquée d’al-Aqsa et soutenir tous ceux qui veulent protéger notre terre», confiait lundi une étudiante de l’Université de Naplouse au micro de Radio France Internationale (RFI). «On vient défendre la Palestine. On est là parce qu’on veut aider les hommes. On participe à ce mouvement à leurs côtés pour montrer que c’est un travail commun», renchérissait une de ses camarades.
Pour Rania Madi, ces jeunes représentent une nouvelle génération. «L’immense majorité d’entre eux sont nés après les Accords d’Oslo (ndlr: en 1993) qui devaient ouvrir la voie à un Etat palestinien. Aujourd’hui, ils ne croient plus dans le processus de paix, ils rejettent l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas, mais ne suivent pas pour autant le Hamas. Ils n’ont ni leader, ni mot d’ordre, ils ont leurs propres codes et s’organisent sur les réseaux sociaux, via Facebook ou Twitter. Ils veulent juste en finir avec les colonies et le barrage militaire israéliens», résume la juriste.
Des pierres aux couteaux
Plus les jours passent, plus les filles sont nombreuses à participer aux émeutes. Un rôle qu’elles revendiquent désormais haut et fort. Samedi à Gaza, des centaines d’étudiantes manifestaient pour revendiquer le droit à prendre une part active dans la contestation anti-israélienne. «Il n’y a pas que les hommes qui peuvent se battre, les femmes aussi veulent participer. Pas seulement avec les mots ou les pierres, mais aussi avec les couteaux et les armes», scandait ce week-end une manifestante devant les caméras de France Télévision.
Certaines sont déjà passées à l’acte. Une jeune femme a été abattue début octobre à Jérusalem après avoir attaqué un juif avec un couteau. Lundi matin, une autre jeune femme a été blessée par balle et interpellée alors qu’elle tentait de poignarder un garde-frontière israélien dans la Ville sainte.