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Nicolette de Joncaire

Les règles du Fonds Monétaire International (FMI) interdisent les prêts à un Etat  en défaut de paiement par rapport à un autre Etat. Qu’à cela ne tienne. Jeudi dernier, le FMI annonçait qu’il envisageait  de modifier ces règles pour continuer de soutenir l’Ukraine en dépit d’un défaut possible vis-à-vis de la Russie. La nouvelle a déjà suscité bien des réactions. Et entérine l’obédience du FMI à la politique américaine.

Inutile de s’étonner. Le FMI est familier des retournements qui arrangent ses contributeurs. Fin 2012, il renonçait à trente ans de théorisation sur la libéralisation des flux de capitaux pour s’ajuster au cas de la Grèce. A laquelle il avait consenti des avances équivalentes à une fois et demi celles prêtées à l’ensemble des Etats asiatiques lors de la crise de 1998. L’Ukraine est cette fois traitée avec davantage d’indulgence encore que la Grèce.

Les Etats-Unis détiennent près de 17% des votes au FMI. Ce qui leur donne un  droit de veto, puisque toute décision doit être approuvée à 85% des voix. L’Union européenne en détient 31,14%, mais cette majorité n’a guère de sens sans unité. A cinq, les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) réunissent tout juste 11% des votes, soit même pas de quoi équilibrer la voix américaine.

La grande réforme du FMI adoptée à l’unanimité au G20 en 2010, attend toujours. Censée rééquilibrer (très modestement) le poids des Etats en augmentant la répartition du capital et des droits de vote au bénéfice des grands pays émergents, elle est suspendue à la ratification d’un Congrès américain peu enclin à voir décliner son rôle d’arbitre économique mondial.

Les BRICS ont pris acte. En juillet s’ouvrait la nouvelle banque de développement, basée à Shanghai et dotée d’un capital de 100 milliards de dollars, sur un principe adopté un an auparavant au Brésil. La Chine présidait en juin le lancement de la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (BAII), autre institution financière multilatérale destinée à concurrencer le FMI et la Banque Mondiale. Au grand dam des Américains (et des Japonais), une quinzaine de pays européens (dont la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne, l’Italie et la Suisse) se sont joints au club de ses membres fondateurs.

Les pays émergents voient dans ces institutions une solution à l’échec de leurs tentatives d’accroître leur influence au sein du FMI, institution centrale de l’ordre monétaire instauré par les Etats-Unis et l’Europe. Selon les termes de Vladimir Poutine, elles forment  «un système de mesures qui empêcherait le harcèlement de pays en désaccord avec les décisions des Etats-Unis et de leurs alliés».

A force d’altérer les règles pour détourner les institutions à des fins politiques,  les Etats-Unis perdent en crédibilité. L’ancien secrétaire du Trésor américain Larry Summers ne s’y trompe pas lorsqu’il écrit à ce propos: «La légitimité du leadership américain dépend de notre résistance à la tentation d’en abuser dans la poursuite d’intérêts à courte vue, même lorsque ces intérêts paraissent convaincants».

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